‹ Les Lavements Nutritifs Dans L'Alimentation Extra-BuccaleChapitre 18 sur 28 · SERGE · texte numérisé non relu

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Gros, inspiré par Tournier, est plus optimiste et, sans proposer des chiffres, admet que « l’homme malade qu’on nourrit par le rectum, restant presque tout le temps couché.…., peut sûrement vivre très bien et pendant longtemps dans ces conditions ». L’expérimentation clinique nous a appris, d'autre part, à ne pas trop compter sur des résultats constants dans la nutrition rectale : l’amaigrissement est presque constant chez les malades alimentés par cette voie. En admettant que les chiffres de Linossier (1907) soient trop faibles et que les progrès réalisés depuis dans la composition du lavement permettent un meilleur rendement, il ne semble pas possible de fournir ainsi en moyenne à l'individu plus des deux tiers de sa ration d'entretien.

Mais la question est plus complexe et l'équilibre nutritif n’exige pas seulement un certain nombre de calories. Le problème est d'ordre qualitatif autant que quantitatif : il n’est pas indifférent à notre organisme que ces calories lui soient fournies par tel groupe d’aliments plutôt que par tel autre. Bien plus, il ne suffit pas de fournir au moteur l'énergie, il faut encore réparer son usure. C’est la grande question des « albumines plastiques », déjà soulevée par Liebig, et sans doute aussi des lipoïdes et des hydrocarbonés plastiques.

Les divers groupes d'aliments ne sont que partiellement interchangeables : ils ont leur rôle propre à jouer et notre ration alimentaire doit contenir une

proportion minima de chacun d’eux (sans parler des

role

vitamines et des substances minérales, dont on commence seulement à deviner toute l'importance), C'est ainsi, par exemple, qu’un minimum de graisse est nécessaire non seulement à la réparation plastique des tissus (acides gras), mais aussi à l’utilisation économique et non toxique de l’albumine (Maignon). Quel est ce minimum ? On est parvenu pour certaines substances à le déterminer : pour les matières albuminoïdes, il ne serait pas inférieur, chez l’homme, à o gr. 95 par kilogramme de sujet et par jour.

La ration alimentaire rectale répond-elle à ces données et se trouve-t-elle en mesure de satisfaire à la fois aux besoins plastiques et aux besoins énergétiques de l’organisme ? Encore une fois, nous ne le pensons pas. Dans l’état actuel de nos connaissarces, la nutrition rectale peut parfois satisfaire à des besoins énergétiques réduits ; elle ne paraît pas suffire complètement à nos besoins plastiques.

Des trois groupes d’aliments. seuls les sucres sont bien absorbés. Nous avons vu que les graisses ne le sont à peu près pas. Quant aux malières albuminoïdes, « la quantité quotidiennement absorbée estle plus souvent inférieure à 30 grammespar jour, et il est problable que cette albumine ne joue qu’un rôle thermogène et de contribue pas à la réparation de l'organisme » (Linossier). Les acides aminés ont, il est vrai, changé la face de la question et paraissent susceptibles de satisfaire à nos besoins plastiques.

Mais l’industrie n'est pas encore parvenue à les pro-

duire de façon suffisamment économique :le problème n’est que virtuellement résolu...

Au total, le déficit porte surtout sur les graisses et particulièrement sur les albumines. Nous pouvons done conclure nettement que jusqu'ici l'alimentation rectale ne se suffit pas à elle-même. Elle ne fournit pas à l'organisme une ration d'entretien complète et doit être associée à d’autres modes d'alimentation extra-buccale…

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