I. — HISTORIQUE
Suivant la légende, les ibis d'Egypte s’introduisaient de l'eau dans l’anus au moyen de leur bec.
Sans insister sur ces précurseurs, il est certain que l’antiquité utilise l'absorption par la voie rectale. Après Hippocrate, Galien reconnaît la valeur alimentaire des clystères. Celse et Oribase les prescrivent. Au vi‘ siècle, Actius recommande déjà de battre un œuf cru dans un clystère pour les malades qui ne peuvent supporter l'alimentation par voie buccale.
Les médecins arabes, héritiers de la tradition gréco-romaine, ont étendu encore les indications des lavements alimentaires. Avensoar et Avicenne les utilisent et les étudient avec soin. Une longue controverse, dont les échos se prolongèrent jusqu'à nos jours, divise le monde musulman sur la question de savoir si le lavement rompt ou ne rompt pas le jeûne.
Si le moyen-âge délaissa un peu le lavement alimentaire, la Renaissance le remit en honneur. Guy de Chauliac ne sortait jamais sans porter avec lui une bourse de clystère. Ambroise-Paré entreprend des recherches favorables à l’alimentation rectale.
Vers la même époque, Bartholin, Mercuriali, Tulpius, Peyer, Bresavola, Albrecht arrivent à des conclusions analogues. Hildanus et Tiengius alimentent avec succès des femmes enceintes par des clystères de laitet de jaunes d'œufs.
Le xvir' etle xvur° siècles furent chez nous la grande époque du lavement. Le roi lui-même et la dauphine donnaient l’exemple. C’est l’âge où Ninon de Lenclos prenait six clystères par jour et où les échos de la « clystomanie » régnante parvenaient jusqu’au prétoire : Tiennette Boyaux réclame à maître François Bourgeois, chanoine de Troyes, le payement des 2.190 clystères qu’elle lui a administrés en deux ans... |
Régnier de Graaf publie à cette époque un bon Traité des Clystères, où il rapporte les discussions de ses contemporains. Nombre d’entre eux conseillaient d'administrer les lavements alimentaïres en grande abondance et sous pression, « afin que, dépassant le gros intestin, ils saient utilement absorbés par l'intestin grêle ». Au siècle suivant, Helvétius donne dans un in-quarto la « méthode pour guérir toutes sortes de fièvres sans rien prendre par la bouche ».
Mais déjà la réaction contre l’abus du clystère bat son plein et il faut attendre 1834 pour trouver un travail intéressant. C’est à cette date que Nasse publie les résultats favorables de ses importantes recherches. Il ajoute de l’acide chlorhydrique aux lavements alimentaires et laisse macérer au préa-