II. — Dans les Eglises d'Occident
1 . Liturgie Romaine et Liturgie Gallicane. — Avant de signaler les particularités qui, sous le rapport des lectures, distinguent le rite romain des autres rites, il est bon de noter les indications que ces derniers nous fournissent en faveur de celui auquel ils empruntent leur origine. S'il fallait en croire certains auteurs, il y aurait peu à glaner dans ce champ. Ainsi l'auteur de l'article « Péricope » dans Realencyclopàdie de Hertzog, après avoir constaté bien des obscurités sur l'état des péricopes au temps du pape saint Grégoire, ajoute que les commentateurs du moyen âge comme Amalaire, Rupert, Honorius d'Autun,etc, ne donnent aucun éclaircissement authentique sur l'emploi et l'extension des lectures.
Il y a sans doute plus d'une réserve à faire sur cette appréciation. L'auteur n'a pas mentionné Alcuin auquel il rend cette justice d'utiliser le Cornes ab Albino éditas comme source de ren-
(1) Voir Smith, Dictionary of Christian antiquities, art. Lectionary, p. 955 et (SS).
LES LECTIONNAIRES |<j
seignements ; c'est déjà quelque chose. Il ne pouvait d'ailleurs méconnaître le grand rôle ioué par Alcuin (ou Albinus 735-804) dans l'étude de la Liturgie et le soin apporté par cet auteur pour la conservation des traditions anciennes. A ce titre, son Lectionnaire, Cornes ab Albino ex Caroli ' Imperatoris prœcepto e nie nda tus (manuscrit du Xe siècle, conservé à la bibliothèque de Chartres n° 32), publié dans les œuvres du H. Tommasi, tome V, p. 297-313, mérite d'attirer l'attention. Il est suivi d'un appendice ou supplément dans lequel l'auteur revise le recueil précédent pour le mettre en harmonie avec la liturgie de son temps. Le lectionnaire compte 242 titres ou lectures, et l'appendice, 65 ; il est adapté au système grégorien et nous présente ainsi l'état liturgique de la fin du vme siècle (1).
Un travail de comparaison entre ce document et le Cornes édité par D. Morin, nous permettra de nous rendre compte et de la pratique romaine, et des particularités soit mozarabes, soit gallicanes. Les lectures pour l'Avent, dans le Lectionnaire d'Alcuin, sont reportées à la fin de l'année liturgique. A Noël, même lecture d'Isaïe pour la station dç Sainte-Marie, mais deux autres stations sont signalées, Sainte-Marie de nouveau et Saint- Pierre avec un passage de l'Epitre à Tite : Apparaît gratia et le début de l'Epitre aux Hébreux.
Ci) Voir Diciioun. d? Archéologie chrétienne et de Liturgie, I, col. 1073.
I H LECTIONNAIKES A
Dans l'octave de Noël, mêmes fêtes de saint Etienne et de saint Jean ; les saints Innocents figurent immédiatement après avec le passage de l'Apocalypse Vidi supra montem Sion. La fête de saint Sylvestre figure avec un passage de l'Epître aux Hébreux : Pliwes facti sunt sacerdotes ou YEcce sacerdos du livre de la Sagesse. Vient la fête de l'Epiphanie avec le Surge illumiiiare du prophète Isaïe, mais cette fête, autrement appelée Thêophanie, est suivie de cinq dimanches pendant lesquels on lit un passage des Epîtres de saint Paul (Romains, ire à Timothée, Hébreux, Romains et Romains ou Timothée). Figurent dans cette période les fêtes de saint Félix (Epître aux Hébreux), de saint Marcel (Sagesse), de saint Sébastien (Hébreux), de sainte Agnès (ire aux Corinthiens), delaPrésentationdeNotre-Seigneur au temple (Malachie), de sainte Agathe (Sagesse), de saint Valentin (Sagesse) et de l'Annonciation (Isaïe).
En insérant ici les dimanches de Septuagésime, Sexagésime, Quinquagésime, postérieurs au temps de saint Grégoire, Alcuin se conforme aux additions faites avant lui ; les épîtres de ces dimanches sont celles que nous récitons encore aujourd'hui. Il faut en dire autant de celles du mercredi des Cendres (empruntée au prophète Joël), du vendredi suivant (passage d'Isaïe), du i"r dimanche de Carême et des deux jours qui suivent ; remarquer qu' Alcuin indique les stations de Rome,
LES LECTIONNAIRF.S : |
les mêmes que mentionne notre Missel romain. — Dans cette rubrique : Feria IV mensis primi etcetteautre : Sabbato in XII lectiones, nous devons voir une allusion aux Quatre-temps, suivant la remarque faite par Tommasi qui s'appuie sur le vénérable Bède ; en réalité on compte deux leçons le mercredi et six le samedi, de sorte que pour parfaire le nombre douze, il faut joindre ensemble la leçon du vendredi et les trois péricopes évangéliques du mercredi, vendredi et samedi. Nous trouvons dans YOrdo Romanus IX (Migne, P. L., tom. 78, col. 1005 et ss.) une autre explication de la rubrique : in duodecim tertiomens. Cette expression indique non pas douze lectures mais douze lecteurs différents : « Pivpter XII lectores dicuntur non propter XII varietates /cet ion uni. » — Il en sera de même pour les Lectiones mensis quarti, après le dimanche de la Pentecôte ; pour les Lectiones mensis sept imi après la sixième semaine qui suit la saint Laurent ; pour les Lectiones mensis decimi, entre le 3* et le 4e dimanche de l'Avent. Ainsi Alcuin connaît les Ouatre-Temps, il les place aux mêmes époques que nous ; il y mentionne à peu près les mêmes leçons que porte notre missel romain ; les seules exceptions sont au mercredi de la Pentecôte où il donne une pericope de l'Exode et des Rois, au lieu du livre des Actes ; à la leçon du samedi des Ouatre-Temps de septembre, au lieu de Daniel, Alcuin donne en cinquième lieu un passage de
l'Exode (prière de Moïse). Enfin dans le recueil d'Alcuin comme dans notre missel, aux Quatre- Temps de décembre, les leçons de l'Ancien Testament sont toutes empruntées à Isaïe, sauf la cinquième du samedi où revient le passage de Daniel tel qu'on l'a vu aux Ier et 4" mois.
La présence d'une lecture à Ydiferia Sa est une autre preuve des additions qu'admet Alcuin : l'office pour ces jours fut composé par saint Grégoire II (715-731). Les dimanches de Carême ont des dénominations spéciales : Dominica in trigesima, in vicesima pour le 3e et le 4% ainsi appelés sans doute parce qu'ils se rapprochaient du trentième, du vingtièmejour avant Pâques ; le ier est désigné par la simple mention Dominica in quadragesima, le 2 e est appelé Dominica prima mensis primi, parce qu'il suivait immédiatement les Quatre-Temps du premier mois ; notre dimanche des Rameaux s'appelle Dominica indtilgentiœ ; la lecture du Nouveau Testament pour chacun de ces dimanches n'est pas, comme dans le Cornes Aç. Tolède, empruntée aux Epîtres catholiques, mais aux Epîtres de saint Paul, et, sauf pour ledeuxième dimanche où le passage de la première auxThessaloniciens varie (chap. v au lieu de chap. iv), les lectures sont déjà celles que nous avons actuellement dans l'Eglise Romaine. Alcuin donne une lecture pour chaque jour de la semaine, avec indication de la station romaine (sauf pour le jeudi) ; à part ce même jour du jeudi, les lectures sont
LES LECTIOXNAIRES 53
encore identiques aux nôtres : nouvelle preuve qu'Alcuin fait ses emprunts à la liturgie de Rome. Nous trouvons, pour les trois premiers jours de la semaine sainte, deux lectures toutes deux tirées de l'AncienTestament (Sagesse ou Prophètes) ; pour le vendredi saint, les deux mêmes que de nos jours ; pour le samedi saint, six leçons seulement de l'Ancien Testament, savoir de notre missel la première, la 4 , la S', la 1 1", une autre tirée du chap. LV d'Isaïe, et la dernière de Daniel telle qu'on la trouve aux samedis des Quatre- Temps. Les dimanches après la Pentecôte sont distribués en plusieurs groupes dont les points de séparation sont les fêtes des saints Pierre et Paul, de saint Laurent et de saint Michel ; dans le premier groupe, quatre dimanches pour lesquels Alcuin indique un passage de la première Epitre aux Corinthiens, de l'Epître aux Romains, de la première Epitre de saint Pierre, et première de saint Jean ; dans le second groupe, cinq dimanches après la fête des saints Pierre et Paul, la lecture est empruntée à l'Epitre aux Romains ; dans le troisième groupe, six dimanches après la fête de saint Laurent, lectures tirées de la i' Epitre aux Corinthiens, des EpitresauxGalates et aux Ephésiens ; dans le quatrième groupe, six dimanches après la fête de saint Michel, les lectures continuent l'Epitre aux Ephésiens, prennent ensuite celles aux Philippiens et aux Colossiens. Ainsi les écrits de saint Paul remplissent la ma-
54 LES LECTIOXNAIRES
jeure partie des lectures dominicales depuis la Pentecôte jusqu'à l'Avent. Pendant les dimanches de l'Avent, les lectures sont tirées du prophète Isaïe, sauf pour la semaine qui précède immédiatement Noël où figure l'invitation à la joie : Gaudete in Domino empruntée à saint Paul, Epître aux Philippiens.
Entre ces lectures dominicales, Alcuin intercale quelques leçons de fériés, d'autres pouvant servir aux fêtes des Saints, d'autres enfin pour les fêtes spéciales, peu nombreuses d'ailleurs, au calendrier romain. On voit se succéder les noms de saint Philippe et saint Jacques, saint Pancrace, les saints Gervais et Protais, les saints Jean et Paul, la vigile et la fête de saint Jean-Baptiste, vigile et fête de saint Pierre et saint Paul, octave des saints Apôtres, saint Laurent, les saints Corneille et Cyprien, la Décollation de saint Jean-Baptiste, une fête en l'honneur de sainte Marie (la Nativité) , la dédicace de la basilique du saint Ange (saint Michel), la vigile et la fête de tous les Saints, la vigile et la fête de saint Martin, les fêtes de sainte Cécile, de saint Clément, la vigile et la fête de saint André. Suivent des leçons pour les ordinations, pour la dédicace, etc.. pour diverses circonstances, neuf leçons enfin pour les jours où aucune leçon n'est assignée.
On voit ainsi plus d'une ressemblance avec le recueil des lectures dont l'église de Tolède se servait au VIIe siècle, et d'autre part des particula-
LES LBCTTONN AIRES S5
rites qui dénotent une certaine liberté à côté du désir de se rapprocher de Rome. Comme la remarque en a été faite, l'ensemble du Lectionnaire d'Alcuin présente un vieux: rite romain des lectures. Le liturgiste carlovingien ajoute un appendice pour mettre le recueil au courant d'une revision grégorienne opérée par les soins de Charlemagne pour donner des lectures à des jours où précédemment il n'y avait pas de service ; par exemple, les fériés delà semaine de la Nativité, le mercredi de la Théophanie, le jeudi de la Quinquagésime, les veilles de Pâques et de la Pentecôte, les mercredis des semaines après Pâques, l'Invention de la sainte Croix, et certaines circonstances particulières. Le fond même des leçons et le choix des passages scripturaires sont purement grégoriens, suivant la remarque de Tommasi : imîtando ac sequemio libella m Papœ Gregorii sacramentorum (i). Il y a néanmoins dans cet appendice une physionomie gallicane. Amalaire (7850), élève d'Alcuin, fournit, dans ses œuvres liturgiques, quelques indications relatives aux lectures ; on y trouve une confirmation de celles qui ont été relevées dans le Lectionnaire d'Alcuin, les lectures qu'il signale dans son De ofjîciis ecclesiasticis sont sensiblement les mêmes que celles du Missel actuel ; à propos des Quatre- Temps, il décrit les six ou douze lectures de la
(1) Cf. Tommasi dans l'édition qu'il a donnée du manuscrit de Chartres. Opéra, tom. V, p. 3 14-3 18.
56 LES LECTIONrNTAIRES
messe. Ainsi, au IXe siècle, la Gaule était d'accord avec Rome pour les lectures de la Bible dans la liturgie (i).
2. Liturgie ambrosienue. — La même harmonie, dans l'ensemble, règne à cette époque et sous le même point de vue entre la liturgie de Milan et celle de Rome. Il importe d'ailleurs de le remarquer : quand on parle de liturgie ambrosienne, aussi bien que de gallicane ou même romaine, on ne veut point désigner des liturgies aussi différentes que peuvent l'être la liturgie orientale et la liturofie occidentale, mais on entend des rites apparentés qui ont une même origine et des points communs, qui se sont ensuite librement développés et adaptés aux coutumes des pays où ils se sont implantés (2).
Si l'on demande aux écrits de saint Ambroise quelques renseignements sur les lectures, on constate qu'au temps de ce saint Docteur les trois lectures se font à l'avant-messe et dans l'ordre suivant : Prophètes, Apôtre, Evangile (P. L., t. 15, col. 1443) ' le mot Prophètes implique tout l'Ancien Testament. Dans le discours qu'il adresse à l'empereur, au sujet de l'affaire de la synagogue et de la destruction du temple des Valentiniens, saint Ambroise fait appel successivement à la leçon prophétique et à l'évangile du jour : «Voilà,
(1) Dictionnaire d' Archéologie chrétienne et de Liturgie, I, col. 1Z2S.
(2) Sur cette distinction, voir /es Evangéliaires, p. 3;.
dit-il, ce que nous avons tiré de la leçon prophétique, voyons encore ce que nous fournit la lecture de l'Evangile. » Et le discours a lieu immédiatement avant l'oblation. (P. L., tom. 16. Lettre 41.)
On ne peut dire que cette lecture prophétique soit tombée en désuétude à Milan dans les siècles qui ont suivi, bien qu'elle ne se trouve pas dans les manuscrits : ainsi le Sacramentaire de Bergame ( 1 ), manuscrit des X -XIe siècles contenant les oraisons, préfaces, épitres, évangiles, n'en fait pas mention. Mais il faut remarquer que cette lecture, différente des autres, se faisait par un clerc inférieur et dans un livre séparé.
Quant aux Epitres (ou à F Apôtre), Tommasi (V. p. 424) et, après lui, Georgi, t. III, Liturg. Rom. Pontifie, en ont publié une liste incomplète, qui paraît avoir été à l'usage de l'église de Milan : le mauvais état du manuscrit que Tommasi avait à sa disposition ne lui a pas permis de tout lire ; voici les particularités de ce document très ancien :
Veille de Noël, chap. 8 de l'Epître aux Romains : mission de Jésus pour la justification.
Noël, chap. 4 de l'Epitre aux Calâtes : Jésus nous a délivrés de la servitude de la loi.
(1) Document qui se trouve à la Bibliothèque de San! Alessaudro in Colonna à Bergame — I.a leçon prophétique manque aussi dans bon nombre d'autres documents. Diclionn. fP Archéologie chrétienne et de Liturgie, tom. I, col. 140^ et précédemment col. 1 37 5— 1
Saint Etienne, chap. 3 de la deuxième àTimothée : bienfaits de la Sainte Ecriture.
Les SS. Innocents, chap. 3 de la ire aux Cor. : L'Apôtre veut les traiter comme des enfants.
Saint Jacques, chap. 2 de l'Epître aux Galates: Saint Paul défend son apostolat en présence de saint Pierre, saint Jacques et saint Jean.
Saint Jean, chap. 10 de l'Epître aux Romains : Israël réprouvé par sa faute.
ier janvier, chap. 8 de la iro aux Cor. : Instruction sur l'usage des viandes offertes aux idoles.
Veille de l'Epiphanie, chap. 4 de la 2me aux Cor. : Pour qui l'Evangile reste-t-il accessible ?
Epiphanie, chap. 2 de l'Epître à Tite : La manifestation de Jésus nous porte à la sainteté.
Ici une indication à peine lisible semble se rapporter à la fête de saint Sébastien : suivent les fêtes de sainte Agnès, de saint Vincent, de sainte Agathe ; une fête en l'honneur de sainte Marie, sans doute la fête de la Purification, qu'en certaines églises on célébrait seulement le 1 1 ou le 15 février.
Dimanche de la Sexagésime, chap. 6 de la 2" aux Cor. : Saint Paul y exhorte les chrétiens à éviter le commerce avec les infidèles.
Dimanche de la Quadragésime, ch. 6 de la 2' aux Cor. : Le même passage que nous lisons aujourd'hui : exhortation à profiter du temps favorable .
Les dimanches 3e, 4" et 50 du Carême renferment
LES LECTIONXAIRES 5<)
des exhortations analogues, empruntées à l'Epître aux Galates, ir aux Corinthiens, aux Romains. La lecture du Jeudi Saint est la même que la nôtre : le passage de l'Epître aux Corinthiens où saint Paul parle de la dernière Cène.
A Pâques et durant la semaine qui suit, les enseignements, toujours empruntés à saint Paul, inculquent l'idée de rénovation, de combats pour la cause du Seigneur, de reconnaissance pour sa miséricorde, de joie dans le Seigneur.
Le jour de l'Ascension, la lecture empruntée à l'Epître aux Ephésiens est une exhortation à l'unité. Il y a aussi une lecture pour la Litanie, une autre pour la veille, puis pour le jour de la Pentecôte. Suit une énumération de fêtes: S. Eleuthère, S. Georges, S. Victor, S. Pancrace, vS. Vit, les SS. Gervais et Protais, la vigile de S. Jean-Baptiste, la Nativité du même S. Jean- Baptiste, les SS. Apôtres Pierre et Paul, S. Thomas apôtre (qu'on célébrait le 3 juillet), les SS. Xabor et Félix, S. Apollinaire, S. Nazaire, les vSS. Machabées, S. Sixte, S. Laurent, S. Hippolyte, S. Mammas, S. Genesius, Décollation de S. Jean-Baptiste, S. Cyprien, S6 Euphémie, SS. Corne et Damien, S. Martin, S. Antonin, S. Romain, S. André.
Comme on le voit, la plupart de ces noms appartiennent au Calendrier romain : la liturgie ambrosienne les mentionne, mais en leur consacrant une lecture différente.
ÔO LES LECTIONNAIRES
LalistedeTommasise termine par les dimanches de l'Avent qui sont au nombre de six, et ont des lectures spéciales toujours empruntées à saint Paul : c'est du reste le caractère de ce document d'avoir exclusivement des passages du Grand Apôtre.
3. Liturgies mozarabe et celtique. — En ce qui concerne la liturgie mozarabe, nous n'avons rien à ajouter ici : Le Cornes à l'usage de l'église de Tolède nous a montré que l'Espagne eut dès le VIIe siècle des points de contact avec Rome dans ses lectures, ce qui ne nous empêche pas de penser que, durant les siècles suivants, elle usa des libertés laissées pour introduire certaines particularités. Sur l'état de la liturgie celtique, un passage de l'Histoire ecclésiastique du vénérable Bède nous renseigne suffisamment : le chef de la mission envoyée de Rome par le pape saint Grégoire le Grand, saint Augustin de Cantorbéry, crut devoir consulter le Souverain Pontife sur certaines coutumes pour la célébration de la messe et il en reçut cette réponse : « De ce que vous avez remarqué dans les coutumes, soit de l'église romaine, soit de l'église gallicane, faites un choix judicieux, voyez ce qui peut plaire davantage au Dieu tout-puissant, et donnez-le comme règle à cette église d'Angleterre qui est encore jeune dans la foi (1). » L'église d'Angleterre se flatte
(1) Migne, P. L., tom. q5, col. 58-59.
LES LECTIONNAIRES 6l
d'avoir fidèlement conservé le Lectionnaire établi d'après ces principes, l'homiliaire du vénérable Bède n'accuse pas de grandes divergences entre ses lectures et les lectures romaines, et le Book oj Common P rayer porte les traces de cet antique accord dans l'ensemble (i).
(i) Voir Les Evangéliaires, p. 12 3.