POUR LES LECTURES
X. B. — - L'écriture, l'ornementation des manuscrits, le luxe des reliures sont loin d'égaler dans les Lectionnaires la magnificence que nous avons essayé de décrire en parlant des Kvangéliaires : cela tient à ce que ces recueils, vénérables sans nul doute en raison de la parole divinement inspirée, n'étaient pas tenus en si grand honneur. Toutefois, il est permis de penser que les Lee-
tionnaires reçurent des décorations semblables à celles des Bibles entières ou des Psautiers : on peut citer quelques exemples, ainsi dans la série d'Ehrensberger signalée précédemment, les n°3 3 et 5 (pages 67-68) ; dans la collection des manuscritsdu Grand Séminaire d'Autun un Lectionarium œduense du XIIIe siècle. Il est vrai que dans cette collection, ce sont surtout les missels pléniers des XIVe et XVe siècles qui sont remarquables par leurs miniatures et leurs lettres ornées : le magnifique Sacramentaire du IXe siècle (n° 19 bis), si souvent décrit, n'appartient pas au genre de recueils qui nous occupent.
Résumer le cérémonial des lectures de la messe dans le cours des siècles, c'est parler : i° des ministres auxquels fut confié le soin de les faire ; 20 de la variété et multiplicité des lectures et de la langue dans laquelle elles étaient faites ; 30 de l'endroit de l'église où elles se faisaient, des formules et des rites qui l'accompagnaient. Nous allons traiter brièvement chacun de ces points.
1 . Ministres auxquels furent confiées les lectures de la messe.
L'ordre et la fonction de Lecteur apparaisent au berceau de l'Eglise aussi bien en Orient qu'en Occident. En Orient, il semble que le lectorat soit le seul ordre mineur reconnu, comme on peut s'en rendre compte par le VIIIe livre des Constitutions apostoliques, ch. 22, (voir Migne, P. G., tom. 1, col. 11 18) ; les Canons apostoliques
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can. 42, parlent du lecteur (Awxr*xrrr\<;) et du chantre, ce qui laisse supposer chez les Orientaux deux ordres distincts. Chantres et lecteurs furent effectivement les deux ordres qui subsistèrent en Orient, comme l'atteste le Concile in Tncllo (an. 692). La distinction se rencontre très rarement dans l'Eglise d'Occident : cette Eglise néanmoins connaît les lecteurs. Dès le IIIe siècle, cet ordre est mentionné expressément : le pape saint Corneille, écrivant à l'évèque d'Antioche pour lui exposer l'état du clergé romain, cite les lecteurs dans son énumération (vers 250) (1). En Afrique, les lecteurs sont connus de Tertullien [De Prœscriptioii., 41, P. L., tom. 2, col. 57), de saint Cyprien (voir Les Ev ange H aire s, p. 16. Voir aussi les lettres de ce saint Docteur, P. L. , tom. 4, col. 287, 317, 324; les lettres 24, 33 et34),d'Origène (voir le texte que nous avons cité au début de cet opuscule, p. 9.)
Dès les premiers temps, non seulement le lectorat existe, mais il a une grande importance dans l'Eglise. Saint Cyprien nous dit qu'on attribua aux lecteurs même la lecture et le chant de l'Evangile à la messe.
Cette importance parait, du reste, dans le rit de
leur ordination... Chez les Grecs, l'ordination du
lecteur comporte trois signes de croix et l'impo-
^ sition des mains avec prières, la tradition du livre
0) Eusèbc, //. £"., liv. ri, ch. \ï. — Migne, P. G., tom. 20, col. 622.
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des Epîtres sans formule : les églises séparées ont chargé davantage encore ce cérémonial, ainsi les Maronites ajoutent la tradition de la tunique etdel'étole, les Arméniens ont, avec la tradition du livre, une formule semblable à celle des Latins (i).
En Occident: a. Dans le rit romain. Les Canons d'Hippolyte, document qui nous a conservé la discipline du IIIe siècle, nous disent: « Qui constiiuitur avorfWOT»)ç (c'est le nom que les Grecs donnaient au lecteur) o matas sitvirtatibusdiacom, neque ma nus éî imponatur primo sed evangelium ab episcopo eiporrigatur. » Voir Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 528. Peut-être est-il permis de trouver une allusion à l'ordre du Lecteur dans la phrase suivante de YOrdo Romanus VIII : « Pueri bene psat lentes mUriuutur tu se kola cantorum. Ex hac accipient primant benedictionem ab archidiacono. » (P. L., tom. 78, col. 999.) De nos jours, l'ordination du lecteur, dans l'Eglise Romaine, se fait par la tradition du livre avec la formule : « Accipe, et esto verbi Dei relator, habiturus si fideliter et utiliier impleveris officiant tuant, partent cunt iis qui verbunt Dei bene administrai* erunt ab initio. » Ce livre présenté peut être ou le missel, ou le bréviaire, ou le texte des Saintes Ecritures ; les dernières paroles de la formule sont une allusion manifeste aux fonctions
(1) Voir Assemani, Codex liturgicus ecclesiœ uîiivers., lib. 8. de Ordine. Denzino-er : Ritns Oriental iumt tom. II.
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primitives et à l'importance des lecteurs dans l'Eglise. — 6. Dans le rit gallican. Les anciens Statuts rédigés pour l'église d'Arles, peut-être sous la direction de saint Césaire, au commencement du vr siècle et souvent mentionnés sous la rubrique : « IV concile de Carthage », nous donnent le rite de l'ordination du lecteur ; la ressemblance avec notre Pontifical romain est frappante soit pour la tradition du livre, soit pour la formule prononcée parl'Evèque. — y. Dans le rit ambrosien. D'après les œuvres de saint Ambroise il est difficile de savoir ce qu'était la communauté ecclésiastique, au temps de ce saint Docteur. Le Pontifical du IX* siècle à l'usage de l'église de Milan présente, pour l'ordination des divers ministres, la combinaison des rituels romain et gallican. Au XII" siècle, l'Ordo de Beroldus, un coutumier rédigé par le cérémoniaire de l'église de Milan, énumèreles membres du clergé et parmi ceux-ci on voit figurer seize lecteurs avec leur primicier (i). — 5. Dans le rit Mozarabe. On ne trouve pas de Rituel pour la collation des Ordres mineurs. Cependant, le Concile de Tolède, vers l'an 400, parle des Ostiani et des Lcctores ; les Lecteurs sont mentionnés aussi dans le II concile de Braga, can. 45 ; « Ut non asceurfat in pulpilum LKCTOR, uo/i liccat in pulpiio psallerc aut légère nisi qui a prcsby-
Ci) Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et ds LU:, i , I, col. 1 39 1 - 1 434.
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iero Lectores siint ordiuati. » C'était donc un simple prêtre qui, sans l'intervention de l'évèque, ordonnait ces clercs de rang inférieur, et cette circonstance expliquerait l'absence d'une formule dans le livre destiné à l'usage de l'évèque (1).
Mais, dans les lectures de la messe, quelle part faut-il faire aux lecteurs? Quelle part faut-il réserver aux sous-diacres ? La question ne laisse pas d'être un peu délicate. Car, de bonne heure aussi, les sous-diacres existèrent dans l'Eglise : dès le in* siècle, dans la lettre dont nous avons déjà parlé, le pape saint Corneille les signale comme distincts des lecteurs. Il est vrai que la distinction n'est pas aussi nette et ne se fera que plus tard dans l'Eglise d'Orient. De fait, d'après la discipline actuelle, la lecture de l'Epître à la messe solennelle est réservée au sous-diacre, comme celle de l'Evangile au diacre. A quelle époque cette discipline a-t-elle commencé ? «J'incline à croire, répond le cardinal Bona (2), que c'a été vers le Vif siècle : Amalaire qui écrivait au commencement du IXe siècle, nous dit : Miror quà de re su-mptus sit 7 es us in Ecclesia nostra, ut subdiaconus frequextissime légat lectionem ad missam, cum hoc non reperiatur ex ministerio sibi dato in consecratione commissuni, neque ex litteris cano-
(1) Voir dans les Monumenta Liturgica, tom. V, Liber ordinum édité par D. Ferotin, page 41 et la note.
(2) Rcrzim liturgicayum Lib. II, cap. vi.
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nîcis, neque ex no mine s no. Puis il ajoute à la tin du chapitre : Sedpostquam statut uni est a patribus nostris ut diaconus legeret Evangeliuni, statuerunt ut et subdiaconus legeret Episiolam sive Lectiouem. » Le cardinal Bona après avoir souligné en passant l'expression frequentissime, essaie de se former une opinion et raisonne ainsi : « Amalaire ne dit pas à quelle époque nos pères ont établi ce qui vient d'être dit ; mon sentiment est que les diacres ont commencé à lire l'Evangile avant que les sous-diacres fissent la lecture de l'Hpitre. Un concile de Reims, célébré en S13, parle en ce sens et Anastase dit du pape Benoît III (855-858) qu'il reconstitua un livre, avant lui perdu, dans lequel « se trouvaient les leçons que les sous-diacres, « selon la coutume « more solito », lisent à toutes « les stations des églises ; il y fit ajouter les leçons « grecques et latines que les sous-diacres ont cou- « tume de lire le samedi saint vigile de Pâques et « le samedi veille delà Pentecôte ; il l'enrichit de « gardes d'argent fort convenables et merveil- « leusement travaillées. » D'où il suit que la coutume adoptée par l'église de Rome passa dans la suite aux autres églises. L'auteur du Micrologue confirme cette manière de voir en disant : z Aux « seuls sous-diacres parmi les membres inférieurs « de la hiérarchie, l'Autorité de Rome a accordé « de revêtir les ornements sacrés et de lire l'Epitre « à la messe : cette faculté, ils ont mérité de l'ob- « tenir, non en vertu de leur consécration, mais
LES '.ECTIONNAIRES
Ç)S LES LECTIONXAIRES
« plutôt en vertu d'une concession de l'autorité « ecclésiastique. »
Ce passage du cardinal Bona devait être cité ici dans son entier, non seulement parce qu'il nous renseigne sur le privilège dont jouissent aujourd'hui les sous-diacres, sur son origine comme sur son étendue, mais parce qu'il nous fournit des attestations sur la langue dans laquelle se faisaient parfois les lectures, sur le soin jaloux avec lequel les papes eux-mêmes faisaient orner les recueils. On a prétendu, il est vrai, que saint Grégoire le Grand avait, dans un concile de Rome, décidé d'attribuer au diacre la lecture de l'Evangile à la messe solennelle, au sous-diacre la récitation des psaumes et des attires lectures; mais, avant d'accepter ce sentiment, le commentateur du cardinal Bona désirerait une expression plus claire que cœteras lectiones pour interpréter de l'Epître la décision de ce concile romain, il est étonnant qu'Amalaire et l'auteur du Micrologue ne s'en soient pas émus. Si, de nos jours, le chant de l'Epître à la messe solennelle est réservé au sousdiacre, on ne peut en conclure que les autres lectures de la messe soient interdites au simple lecteur : car, alors, bien des expressions du Pontifical romain dans l'ordination de ce dernier ne se comprendraient plus.
L'Eglise d'orient, dans les premiers temps, accordait aux lecteurs le pouvoir de faire les diverses lectures de la messe ; on lit en effet dans
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un ancien commentateur de saint Denys : « Detnde per lectores divinarum scripturarum, Prophetarunt, Apostoli et Divin i Evangelii lectio fit (1). Mais il parait bien que l'Orient a depuis apporté des restrictions à une faculté aussi étendue: Voici, en effet, ce que nous dit Renaudot dans ses IJturgiarum ortentalium Ritus, tom. II, p. 68, en parlant de la liturgie syriaque : « In orientait ecclesia, non soient lectores vel subdiaconi sacrant Scripturam eu fus multœ sectiones legtintur, publiée légère : idquc vulgo perficitttr a diaconis. In priorunt ordinatione nihil occttrrit quod ad qfficïum illud legendiepistolam, ut apud Latiuos, pertiueat ; inio subdiaconi ad altare vix accedunt. » En somme cela ne va pas contre l'idée qu'Amalaire se fait de la pratique romaine, quand il dit que ce privilège pour les sous-diacres ne paraît pas résulter ex ministerio sibi dato in consecratione ; ni contre la conception qu'en a l'auteur du Micrologue disant : « Cette faculté est plutôt l'effet d'une concession de l'autorité ecclésiastique. Mais l'Orient a restreint la faculté en question, tandis que Rome en a fait une application plus étendue. »
2. Variété et multiplicité des lectures et langue dans laquelle elles étaient faites. — Le lecteur n'a pas à redouter de nous voir revenir ici sur un point de vue qui remplit assez amplement les
(i) Passage cité dans Hona : Rerum TÀturgiccirum Lib. II, cap. vi.
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précédents chapitres ; il voudra bien seulement nous permettre de résumer la pratique de l'Eglise à travers les siècles. « En beaucoup d'églises, dit le cardinal Bona, on faisait précéder la lecture de l'Epitre par quelque passage tiré des prophètes, surtout aux grandes solennités ; le Cornes nous en fournit la preuve : présentement encore certains missels ont des lectures de ce genre pour la veille de Noël et les trois messes de cette solennité ; Raoul de Tongres nous assure qu'il en était ainsi dans le missel romain, avant que les Frères Mineurs n'eussent changé le rit romain. L'église de Milan, ainsi que la liturgie mozarabe, a conservé cette coutume. » Ajoutons pour notre part que le missel romain actuel porte des traces de cette ancienne pratique aux jours des Quatre-Temps et à certaines vigiles. — L'Eglise d'Orient est encore maintenant prodigue de pareilles lectures ; Renaudot atteste qu'on pouvait, à l'époque où il écrivait, en compter jusqu'à cinq : i) lecture tirée de l'Ancien Testament ; 2) lecture des Actes des Apôtres ; 3) lecture des Epitres de saint Paul ; 4) lecture des Epîtres catholiques ; 5) lecture de l'Evangile. En place de la lecture des Actes des Apôtres, on substitua parfois, en Occident comme en Orient, le récit de la vie, des souffrances et du martyre du saint que l'on honorait ; nous en trouvons des exemples dans le Liber contiens publié par D. Morin (voir plus haut p. 31).
Le rit romain voulut qu'en certaines circons-
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tances, les deux langues latine et grecque fussent employées successivement ou du moins pussent l'être au £ré du Pontife. Nous en trouvons l'attestation dans plusieurs des Ordiiies Romani . Ainsi l' Ordo Romanus X, du XII" siècle (i), au samedi saint porte la mention suivante : « La bénédiction du cierge pascal achevée, le sous-diacre, montant à Tambon, commence les lectures sans donner le titre du livre. La leçon terminée, si le Souverain Pontife le juge bon, un sous-diacre grec vient lire la même leçon dans sa langue d'origine. Et l'on procède ainsi pour les douze leçons. » — Dans Y Ordo Romanus A'F(Migne, P. L., tom. 78, col. 1276), pour la seconde messe du jour de Noël, il est dit : « Les laudes terminées, on chante l'Epitre en latin, puis en grec. Le sous-diacre latin attend le sous-diacre grec et tous deux vont ensemble baiser le pied du Pontife (2). »
3. Endroit de l'église oie se faisaient les lectures. — Déjà il a été question de l'ambon dans les Evangéliaires (v. p. 34 et 53) : sur sa notion et sa destination on trouvera d'amples détails dans le dictionnaire & Archéologie chrétienne et de Liturgie,\, col. i33oetsuiv. — « Dès la plus haute antiquité, dit le cardinal Bona, on eut coutume d'y
(1) Migne, P. L. , tom. 78, col. 1014 et ss.
(2) Une même remarque est faite dans Y Ordo Roma>ius XIV (P. L., t. 78, col. io3o), à propos de la solennité du couronnement du Pape : L<iudibits finith, legitur Epistola latina et gk.^ca subsct/ucutcr super pulpitum.
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lire ou chanter l'Epître et l'Evangile ; c'est de là aussi que l'évêque adressait ses homélies ou ses sermons au peuple, qu'on faisait les annonces, etc. En ce qui concerne la lecture de l'Epître,- YOrdo Romanus /veut qu'on fasse une différence avec la lecture de l'Evangile : Le sous-diacre qui doit faire cette lecture monte à l'ambon, mais non pas sur le degré le plus élevé : ce dernier est réservé à celui qui doit lire l'Evangile. »
« Certains ambons, ajoute le cardinal Bona, avaient deux escaliers, l'un tourné vers l'Orient pour la montée, l'autre tourné vers l'Occident pour la descente : parfois le sous-diacre montait par un côté et le diacre par l'autre. »
4. Formules et rites qui 'accompagnaient les lectures. — Nous venons de voir une allusion à l'annonce de la lecture : à certains jours, par exemple le samedi saint, la leçon se lit sans que le lecteur indique le titre du livre : le plus souvent ce titre est indiqué. Nous ne retrouvons ici aucune des cérémonies qui précèdent la lecture de l'Evangile ; Rupert, dans son traité : De divinis q/ficiis, c. 36, nous donne une raison (1) qu'il applique à l'absence d'une bénédiction préalable, mais que nous pouvons aisément étendre à l'absence des
(1) Cette raison est citée dans l'opuscule Les Evangêliaires^ p. 1 12. Cependant Grégoire de Tours : de Miracnlis S. Martini, dit qu'à Milan le lecteur avait coutume de venir, mains, demander à l'évêque l'autorisation de lire.
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autres rites. Le texte lu par le sous-diacre représente la Loi et les Prophètes, enseignement que Dieu a donné sans éclat, comme dans l'ombre, à un peuple particulier, ignoré des autres nations et méconnu par elles. La lecture de l'Epitre terminée, le servant répond au nom de l'assistance : Deo gratias. Dieu soit loué pour le pain de sa doctrine qu'il a daigné nous rompre, pour l'aliment par lequel sa divine Sagesse a voulu rassasier nos âmes affamées. Cette pratique paraît remonter jusqu'à saint Augustin : le saint docteur y fait une allusion au moins indirecte dans un de ses sermons (Serm. 133, alias 33) quand il dit : « In lectione Apostolica gratiœ Domino aguntur de fide G eut i uni. »
La bénédiction, que, d'après le Cérémonial romain, le sous-diacre va recevoir du célébrant après le chant de l'Epitre, parait être un témoignage de soumission et de dépendance envers le représentant de Notre-Seigneur : le prêtre n'y prononce aucune parole, fait seulement un signe de croix et présente sa main à baiser. C'est sans doute un vestige de la pratique signalée par VOrdo Ronicinus XV, quand il nous dit que les deux sous-diacres, grec et latin, vont ensemble baiser le pied du Pontife. Le même Ordo a, dans le passage mentionné, une autre expression qui réclame encore une petite note explicative : « Fin l 'lis laudibus, cantatur Epistola » y est-il dit. Que signifient ces mots : Finitis laudibiis ? Ils sont, dit le
cardinal Bona (i), une allusion à la coutume que. pratiquaient l'Eglise de Rome et les églises de Gaule : la collecte ou oraison terminée, des formules de louanges, des litanies se faisaient entendre : Christits vincit, Christus régnât, Christus imperat. A quoi le chœur répondait : Rex noster ; spes nostra ; gloria nostra. Les liturgies orientales ont joint à ces acclamations des formules souvent assez longues, qui semblent être une préparation de l'auditoire à la lecture subséquente : ainsi la liturgie nestorienne renferme les deux prières qui suivent :
Ad lectioxes : « Sauctus, laudandus , fortis, immortalis, qià in sanctis habitas et requiescît in eis voluntas iita, respice, Domine, propitius esto et miserere nos tri. »
Ad APOSTOLUM : Illumina nobis, Domine et Deus iioster, motus cogitationum nostrarum, ad audieudum et intelligendum auditioues suaves mandatorum tuorum vivificantium et divinorum, et concède nobis per gratiam et misericordiam tuant, ut ex illis colligamus argumentum dilectionis et speiy salutemqice animœ et corpori convenientem, cantemusque tibi gloriam perpétuant indesinenter et semper, omnium Domine (2). »
Fidèles enfants de l'Eglise Romaine, lorsque nous assistons au saint Sacrifice de la Messe et que nous y entendons lire la parole divine de
(1) Rerum liturgicarzim Lib. II, cap. v.
(2) Renaudot, De Liturgiis nestoriants, tora. II, p. S-jg.
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l'Ancien et du Nouveau Testament, puissionsnous être animés de pareilles dispositions : demandons l'intelligence des divins enseignements ; que cette intelligence dirige toutes nos voies dans la pratique de l'amour de Dieu, qu'elle nous conduise heureusement au terme où nous chanterons à jamais les bontés du Seigneur !
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