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I. — Les Sources

i. Une grande obscurité règne sur l'origine et la forme primitive des Liturgies orientales : il est par conséquent difficile de se renseigner sur les Lectionnaires en usage dans ces églises. La liturgie syriaque semble avoir voulu se recommander de l'apôtre saint Jacques, mais ce fondement paraît assez peu solide. D'après Renaudot (Liturg. orientaliuui collectio), elle aurait été mise par écrit avant saint Cyrille de Jérusalem : « Allatius, dit Tille mont [Méfft. EccL, I, p. 679), a fait une longue dissertation pour prouver que la liturgie qui porte le nom de saint Jacques vient véritablement de lui ; son argumentation se réduit à dire que saint Jacques a composé une liturgie, dont on a

fait celle que nous avons en conservant le fond, mais en retranchant, ajoutant et changeant beaucoup de choses. » De cette liturgie sont nées les diverses liturgies syriaques et la liturgie arménienne. La rareté des manuscrits grecs donne à penser que ce rite a depuis longtemps cessé d'être généralement observé ; en fait il a été supplanté par la liturgie de Constantinople. (Smith, Dictionnaire des Antiq. chrêt., Liturgy, p. 1020.)

Cette dernière liturgie se recommande du nom de saint Chrysostome en même temps que des noms de saint Basile et de saint Jacques : elle paraît se composer en grande partie d'un tableau détaillé des réunions dans lesquelles saint Chrysostome donnait ses homélies. Des altérations lui sont venues par l'influence de l'hérésie nestorienne.

Enfin la liturgie d'Alexandrie s'abrite sous le nom de saint Marc et a plus d'une affinité avec la liturgie éthiopienne et avec la liturgie de Constantinople.

Le seul point sur lequel s'accordent ces diverses liturgies au sujet des Leçons, est qu'on y faisait à l'avant-messe la lecture de l'Epître et de l'Evangile ; mais, suivant Renaudot, l'exécution de ces lectures était loin d'être partout la même ; si la péricooe qu'on expliquait dans l'instruction était tirée de la lecture, il y avait une certaine latitude sur le choix du texte. Les tables, qu'on a pu dresser ultérieurement, ont été faites d'après des

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documents dont les plus anciens remontent au IXe siècle (i).

2. Dans l'Eglise latine, un document important attire l'attention de ceux qui étudient les Lectionnaires, c'est le Cornes (2). La réputation dont il a joui dès la plus haute antiquité, était telle que beaucoup de liturgistes anciens en ont attribué la composition à saint Jérôme. Delà, cette suscription dont on le faisait précéder : Epistola sancti Hieronyiui missa ad Coustantiuw.

Ce sentiment, communément reçu, trouvait un appui dans l'opinion préconçue que personne ne songeait à révoquer en doute à l'époque où le Cornes vitle jour : « Tout ce qui existait de livres d'église, de quelque utilité et en rapport avec les besoins des prêtres, devait émaner de la plume du saint Docteur, ou du moins avoir reçu de sa main des corrections et des perfectionnements, » Voir Ranke Pericopensystem, p. 259, note 2.

Mais la lettre préface étudiée de plus près ne permet pas de faire cette attribution : l'auteur dit qu'il a pris dans les livres saints ce qui lui a paru, plus court, plies utile, mieux en rapport avec chaque solennité, qu'il a rangé ces passages dans

(1) Voir Scrivener : Introduction to the criticisnt of the New Testant. I, p. 80-89 î — et Smith, Dictionary 0/ Christian aniiquities. Lectionarv, p. 905 etss.

Nous avons dit ailleurs quels sont ces documents : Voir les Evangéliaires, p. 24-26.

(2) Sur le Contes, quelques autres détails sont donnés dans les Evangéliaires, p. 38-40.

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un certain ordre. Il commence l'année à la vigile de Noël et marque pour chaque fête les leçons de l'Ancien et du Nouveau Testament (Prophètes, Apôtre, Evangile) ; il ajoute divers passages moraux de l'Ecriture destinés à l'édification, spécialement à l'occasion du Carême. Il faut noter aussi la préférence donnée par l'auteur du Cornes à. la Vulgate, ce qui, dans le cercle de Rome, ne peut s'expliquer avant le milieu du \T siècle. Sur quoi, D. Morin [Revue bénédictine, 1890, p. 416) fait les réflexions suivantes : « Al'époque où parut la lettre attribuée à saint Jérôme, l'usage du Lectionnaire était communément reçu parmi les gens d'Eglise ; — Contes était le nom qu'on lui donnait; — l'auteur de la lettre consent à en rédiger un pour l'usage liturgique à la prière de Constantius ; c'est un évêque s'adressant à un autre évèque ; — l'ordre suivi montre une connexion avecl'ordre liturgique de Rome tel qu'il résulte des deux sacramentaires gélasien et grégorien ; — la leçon prophétique, à l'époque où le Contes a été rédigé, n'est pas encore supprimée, comme elle le sera à Rome au temps de saint Grégoire (1). Dès lors, il faut placer cette rédaction entre 471 et 550, c'est-à-dire entre les origines de la liturgie latine et sa fixation par saint Grégoire le Grand. » Dans ces conditions,

(1) Mgr Duchesne, Origines du Culte, p. 109, pense que la leçon prophétique aura été supprimée à Rome, dès le v* siècle ; elle fut retenue longtemps encore en Gaule, à Milan, en Espagne.

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la paternité du Cornes peut être attribuée à Victor de Capoue qui fut évêque de 541 à 554.

Quelques-uns ont voulu faire remonter la composition du Cornes jusqu'à saint Léon le Grand (440-461). Ranke, dans son ouvrage Pericopensysteiu, p. 254-258, essaie de l'établir par quelques comparaisons entre les leçons assignées dans les recueils et les sermons prononcés par ce pontife ; mais il devrait donner d'autres exemples que ceux empruntés aux fêtes de l'Epiphanie et de la Pentecôte. On est plus heureux, ce semble, dans le rapprochement établi entre le Cornes et un manuscrit du vr siècle, le Codex Fuldensis, qu'on dit avoir été écrit pour l'évèque Victor de Capoue et revu par lui ; les lectures de ce Codex représentent au moinsun tiers du Lectionnaire introduit à Capoue, c'est-à-dire, le recueil des Epîtres qui, chez les Latins, forme souvent un livre à part sous le nom & Apostolus. — Tommasi (Opéra, V, p. 424-426) donne un ordre des leçons apostoliques qui se rapproche en plus d'un point de celui du Codex Fuldensis ; ce Codex nous a conservé le Diatessaron de Tatien sur les Évangiles, tout le Nouveau Testament d'après saint Jérôme, avec diverses pièces intercalées, dont une liste de lectures liturgiques empruntées aux Epîtres de saint Paul pour les différentes fêtes de l'année.

Y a-t-il eu un Lectionnaire grégorien distinct du Sacramentaire de saint Grégoire le Grand? C'est une question difficile à résoudre, mais

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T affirmative paraît avoir quelque probabilité. En tout cas, on peut, parle Sacramentaire grégorien se faire une idée de ce qu'était le Lectionnaire romain au vie siècle, et les recherches faites par D. florin l'ont amené à cette constatation qui projettera quelque lumière sur les documents euxmêmes : « Le lectionnaire de Victor de Capoue est à peu près au lectionnaire grégorien ce qu'est le sacramentaire gélasien au missel grégorien, et ce que le chant milanais est à l'antiphonaire romain. » (Revue Bé/iéd., 1890, p. 416.) A ce point de vue, la constatation faite par le savant bénédictin et la publication dont nous allons parler éclairera le lecteur sur l'état des leçons romaines au VIe siècle.

Si rapidement qu'il pût être propagé, le Cornes ne paraissait pas avoir laissé beaucoup de traces, en France notamment. Alcuin, dans la préface du Cornes ab Albino emendatus , dit avoir rédigé son recueil d'après le Sacramentaire de saint Grégoire. « Nobis cura fuit Jmnc (Codicem) emendatc atque distincte transcribere . . . Expleto sauèprœfato libello, dignum et necessariuni duximus in cake illius, iectiones quasdani... ab aliis eruditis viri's in vigiliis Paschœ vel i/i Feriis atque in aliis quibusque ecclesiasticis officiis institutas, diligenter assumeudo transcr ibère... qtcas prœdictus vir peritissimus , imitando ac sequendo libellum Papœ Gregorii Sacramentorum o/uisit (1)... » Les

(1) Voir plus haut, page 18.

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documents faisaient défaut et l'on ne pouvait que relever certaines différences dans l'ordre des leçons sans y remédier. Ainsi Amalaire (de Eccl. officiis, livre III, ch. 40. P. L., tom. 105) atteste que le Lectionnaire communément suivi de son temps était en désaccord avec l'ordre de l'Antiphonaire grégorien.

L'Espagne nous a conservé des traces du Lectionnaire romain au VIe siècle. Dans un manuscrit que l'abbaye de Silos conserva longtemps et dont la Bibliothèque Nationale de Paris a fait l'acquisition, n° 21 71, D. Morin a reconnu un Codex du XIe siècle, les particularités qu'il y relève dans l'ordre des péricopes l'amènent à cette conclusion : « Le manuscrit a du être à l'usage de l'église de Tolède au milieu du vn° siècle » : il répond aux desiderata des conciles de Braga et de Tolède (1), tenus dans le courant du VIe siècle et requérant l'uniformité pour les lectures ; il porte des traces d'une discipline antérieure à celle du VIe siècle en Espagne. (Voir la note de la page 64, à propos des samedis de Carême.)

II. — Distribution des lectures, chez les Grecs et dans les églises d'Orient.

Continuateur d'Ammonius qui au 111° siècle avait divisé les Evangiles en sections, Euthalius,

(1) D. Morin : préface du Liber Çomicus publié par ses soins, p. x-xi, et références à la Patrologie latine de Migne, t. 84, col. 566 et 365.

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diacre d'Alexandrie au v* siècle, étendit cette division aux Actes des Apôtres et aux Epîtres : il partagea chaque livre en lectures ou leçons (ovarrvtoxîeiç) correspondant sans doute aux sections qu'on lisait dans les églises. Ainsi, danslesActesdes Apôtres, il compte seize lectures : dans les Epitres catholiques, dix (savoir : deux pour l'Epître de saint Jacques, deux pour la première de saint Pierre, une pour la seconde de saint Pierre, deux pour la première de saint Jean, deux pour les deux autres de saint Jean et une pour l'Epître de saint Jude) ; dans les Epîtres de saint Paul, trente et une lectures: ce qui donne un total de 57 (à savoir 52 ou 53 pour les dimanches de l'année et les quatre autres pour les fêtes de Noël, Pâques, Ascension et Pentecôte). — (Voir Vigouroux, Dict. de la Bible, tom. II, col. 2056, etMigne, P. G., tom. 85, col. 627-790.) — Suivant les temps et les lieux, ces lectures subirent de grandes modifications : celles qui ont prévalu dans l'Eglise grecque sont marquées dans un grand nombre de Codices, soit par le copiste lui-même, soit par une main postérieure qui a écrit tantôt dans le texte, tantôt à la marge, les mots (apx*li «px ou Dtp) pour le commencement, cîao;, 11k ou t£, pour la fin. D'autres manuscrits ont une table de lectures de toute l'année owaçotptov, souvent aussi une table des jours de fêtes ;j.7//OAoyiov.

Les lignes suivantes peuvent donner une idée de la différence entre les usages dans la liturgie

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orientale. Pour ne parler que de l'avant-messe ; l'Epître, dans la liturgie de saint Chrysostome, est précédée d'une antienne qui l'abrège ; en Orient, I'ocicgotoXoç est quelquefois remplacé par un passage des'Actes ou de l'Apocalypse, mais jamais par un passage de l'Ancien Testament comme cela se pratique dans les églises occidentales ; quelquefois aussi, en place de l'Epitre on trouve plusieurs leçons. La liturgie de saint Basile a d'abord une lecture tirée de saint Paul, puis le jcofloXexov, c'est-àdire une lecture tirée des Epîtres catholiques, enfin une lecture des Actes : chacune de ces lectures est suivie par une prière appropriée. On chante ensuite un Psaume et on lit l'Evangile. Les liturgies syriaque et éthiopienne ont jusqu'à cinq leçons (i).

III. Distribution des lectures dans l'Eglise d'Occident au VP siècle, d'après le Liber Comicus publié par D . Morin.

L'année commence au premier dimanche de l'Avent : comme dans le Sacramentaire Gélasien, il y a cinq dimanches avant Noël.

Lectures de l'Ancien Testament en premier lieu.

i. Isa., il, 1-5 ; iv, 2-3. Montagne du Seigneur.

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