I. Brindisi
Un tremblement de terre a achevé de détruire en 1858 les restes d'un vaste pavement en mosaïque qui se trouvait dans la nef de la cathédrale de Brindisi. Mais nous connaissons cet ouvrage par des descriptions et par des dessins ^
L'un de ses sujets représentait des scènes de la Chanson de Roland : « Derrière un guerrier à pied, voici venir large vesqle torpin, la mitre à deux cornes
firent. Plusieurs y a desdits monumens que l'on ne peut veoir (lodens, car il/, sont trop couvers. La cité de Paula est soubz la seignorie de Venise. » — « Ce tournoyement, écrit M. A. Longnon (Index au mot Pola), n'est autre chose qu'un amphithéâtre romain que Spon visita en 1675. Le savant antiquaire rapporte qu'on l'appelait VOrlandine ou Maison Roland et en donne la description suivante : « Il est à peu près de la grandeur de celui de Rome et tout bâti de belles pierres distrie, à trois rangs de fenêtres l'une sur l'autre, et il y en a soixante et douze de chaque rang. L'enceinte en est fort entière ; mais il u'y paraît aucuns degrés et l'on prétend qu'ils étaient de bois», etc. — Cf. un témoignage du xv« siècle, rapporté par M. A. dAncona ( Tradizioni caroUngie in Ilalia, p. 422) sur une «colonne de Roland» aux abords de Pola : «Quae quidem columna Charrus et Orlandus dicitur, quoniam in illa est Orlandi forma sculpta ensem manu tenentis in signum justitiae quae ibi exercetur. Nam ad illam ligantur et fustigantur aliquando scelesti homines. »
1. On peut voir au Cabinet des estampes (Gb 63) le dessin qu'en fit relever Millin en 1812. Cf. II.-W. Schullz, Denkmâler der Kunst rlea Mittelallers, Dresde, 1860, p. 305, Emile Berteaux, L'Art dans le midi de l'Italie, 1903, p. 492-3, fig. 216, et P. Rajna, dans la Romania, t. XXVI (1897;. p. 56-61.
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sur la tête, la crosse dessinée sur son écu et sur la housse de sa monture, lépée au liane. L'archevêque se retourne vers Roland, qui, à cheval derrière lui, sonne son olifant. Derrière, des cadavres gisent côte à côte ; un ange vole au-dessus d'eux, rollant apporte «ur ses épaules le corps de son ami ; plus loin, alvier est étendu sur le sol et Rollant se penche vers lui, -appuyé sur son épée, avec son olifant pendu derrière le dos. Plus loin encore, une scène qui devait prendre place avant les précédentes : Rollant à cheval conduisant par la bride le cheval d'Olivier (lvir) blessé. Enfin, la mêlée des chrétiens et des infidèles. Les paladins ont l'écu triangulaire ; les Sarrasins la targe ronde K »
On lisait sur ce pavement la date 1178 et le nom <le Guillaume, l'archevêque, qui commanda le travail. Cet archevêque Guillaume était un Français. Cette ■circonstance et le fait qu'une dynastie normande dominait alors dans la région ne suffisent peut-être pas à -expliquer le choix d'un tel sujet et l'idée qua eue le mosaïste apulien d'éérire les noms héroïques en langue <roïl.
« 11 faut se rappeler, écrit H. -W. Scliultz, que c'est ît Brindisi que venaient continuellement prendre la •mer ceux qui allaient en Palestine combattre les mêmes ennemis que Roland et Olivier avaient combattus'^. »
t. Emile Berteaux, l. laiid.
2. L. laud. — M. Rajna [Romanin, l. XXVI, p. 61) déclare «-coite explication très plausible.
Divers romans caroling'iens ont pour héros un peisonnage dont le nom revêt des formes multiples : Ilospinel, Ostinel, Otinel, Otunel, Otuel, Otes, Otonel,, etc. •. Son histoire a presque autant de variantes que son nom ; mais, sous ses formes diverses, c'est toujours celle d'un jeune prince sarrasin, vaillant et chevaleresque, qu'ilUunine un jour la grâce céleste : ik reçoit le baptême et désormais le bon « convers » se bat aux côtés des pairs de Charlemagne, comme leur plus digne émule et leur plus tendre ami. Il est donc un double de Fiei'abras. Il a dû apparaître d'assez bonne heure dans l'épopée française, car le Pseiido- Philomena, composé vers 1175, lui confie un rôle ' D'ailleurs la chanson française qui porte son nom • n'a pas dû être composée longtemps après cette date.
t. Sur le rapport de ces formes, voy. H. Treutler, Die Otinelsage iin Mittelaller (fasc. V des Englische Studien), 1882^ p. 148, et surtout M. Pio Rajna dans la Romania, l. XVIII,.
2. Il est dit dans la chanson d'Otinel (v. 243' qu'il est le neveu de Fernagu de Nazze, et le Pseudo-Philomenâ (éd. Schneegans, p. 66, 1. 847) nomme auprès l'un de l'autre Hospinellus et Fernegaiulus, rex Nazzarae. Cette remarque est de M. P. Rajna, l. laud.
3. Éd. Guessard et II. Miehelant {Anciens poètes de ht France, 1859). Voyez la Bibliographie des chansons de geste de L. Gautier; voyez, en outre, les quelques pages de M. P. Rajna que nous venons dindiipier et un mémoire de M. F. Gabotlo, Les légendes carolingiennes dans le Chronicon ymag-inis mundi de Fraie Jacopo d'Acqui Revue des langues romanes, 4*^ série, t. VII, 1894, p. 259j.
270 LKS CHANSONS l)K OnSTK Kl' lAlS HOL'TKS d'iTAI.IK
Une très rapide analyse de ce poème suffira ici.
Charlemogne est revenu d'Espagne, où il a pris Pampelune. Il médite d'y retourner pour combattre le roi Garsile (variante : Marsile). Il rassemble ses barons à Paris et leur demande conseil. Tandis qu'il tient sa cour, im païen, Otinel, se présente devant lui, chargé d'un message insolent. Celui qui l'envoie, c'est précisément le roi Garsile, qui vient de prendre et de saccager Rome. Il mande à Charlemagne (on l'a déjà deviné) d'abjurer la foi chrétienne et de devenir son vassal : à ces conditions, il daignera lui laisser l'Angleterre et la Normandie : « Si d'ailleurs, ajoute le messager, Charlemagne et ses Français A'culent rencontrer Garsile, ils le trouveront en Lombardie avec trois cent mille Sarrasins, dans une grande et forte cité qu'ils viennent de fonder :
191 (( I^aieii l'apelent la cité dWlillie '. Entre .n. eves est tVemee et bâtie :
L'une a nom Soigne et l'autre a nom Hastie. Diex ne fist home qui lor tolisl navie Ne lor chatel ne lor grant manantie.
Se la vient Karle a la barbe llorie Et il i voile commencer estoutie, La verra on qui avra belle amie Au bien ferir de l'espee forbie ; Mes vos, viellart, la ne vendrez vos mie Par mon conseil, que n'i perdez la vie. Par vos n'ert mes fêle chevalerie, Ne hante route, ne fort targe partie.