‹ Les légendes épiquesChapitre 103 sur 163 · Le fragment publié par M. Langlois porte ici Munpounc · texte numérisé non relu

Le fragment publié par M. Langlois porte ici Munpounc

veilles à l'envi de Durendal, de Hauteclere et de Courtain.

Og"ier est fait prisonnier, et c'est le principal épisode de cette guerre. Gomme Guillaume au Gourt Nez dans le Moniage Guillaume, Ogier assiste impuissant aux combats soutenus pour le délivrer, jusqu'au jour où, dans une grande bataille sous les murs d'Atilie, il parvient à s'échapper de sa prison. Sa venue sur le champ du combat décide de la victoire. Le roi païen Garsile est tué par Otinel. Atilie est prise et l'on y célèbre les noces de Belissent avec Otinel, qui désormais régnera sur ce pays.

Il nous importerait d'identifier Atilie : qu'est-ce ? li'auteur s'en est tenu aux rares renseignements topographiques contenus dans les citations qui précèdent : il doit les avoir pris dans un plus ancien poème ; il ne s'y intéresse pas, il les altère'. Du moins on a vu que Gharlemagne et ses compagnons vont chercher Atilie en Lombardie : ils passent par le Mont Saint-Bernard, par Ivrée et par Verceil : ils franchissent le Pô sur des barques au-dessous de Verceil; puis ils montent les derniers contreforts du massif du Montferrat; puis ils voient Atilie.

Si Ton suit cet itinéraire sur la carte, on peut voir

1. Les vers où l'ère del Ton est mentionnée sont faux. P. Paris [Histoire littéraire, t. XXVI, p. 273) et .M. P. Rajna [art. cité, p. 39) y reconnaissent le Tanaro, ce qui me semble fort incertain. Qu'est-ce que Hastie (v. 192)? Monpoiin est-il, comme le veut M. P. Rajna, un Pavone qui se trouve à quelque distance d'Alexandrie ? C'est aussi peu probable.

J. BÉDiER. — Les légendes épiques, t. II. 18

274 LES CHANSONS Di: GESTI': ET LES ROUTES d'iTALIE

qu'il est très coiTect, et il nous mène au cœur du Mont ferrât :

IMunllcrant niunteiit, si voient Alilie.

C'est aussi au cn3ur du Montferrat, et plus précisément à Tortone et aux lieux qui avoisinent Tortone, que nous conduit vin autre narrateur de Ihistoire d'Otinel, le chroniqueur Jacques d'Acqui. Dans son Chronicoii ymaginis mundi *, composé vers 1290, il donne une variante de notre légende : de son récit, riche en épisodes, je rapporterai seulement les traits utiles à mon dessein.

C'est, comme la chanson à'Olinel, le récit d'une grande expédition de Charlemag-ue en Lombardie. Charlemagne y descend pour combattre le roi païen Marchus, qui domine dans la région. Marchus, au dire de Jacques d'Acqui, résidait dans une grande cité nommée Alylia, située au-dessus de Serravalle, dans un endroit qui s'appelle aujourd'hui Plebis de inverno : le château qui dominait Atylia s'appelait alors Casfrum /nontis Miliantis^ et s'appelle aujourd'hui Procipianum. Au-dessous d' Atylia était une autre cité, alors nommée Alha Spetia ou Alha Pelra, aujourd'hui Terfona... Et bien d'autres lieux sont énumérés, que Jacques d'Acqui désigne pareillement

1. Publié par G. Avogadro, dans les Monuinenln hislorip? patriœ, SS., t. III, col. i;i03-G.

2. Dans ce Castrum montis Miliantis, Jacques d'Acqui place la légende de la captivité de Charlemagne; Albert de Stade, comme nous avons vu, identifieec château, à tort ou à raison, avec Montmélian en Savoie.

SUR LA ROUTE DE GÊNES 27o

par deux noms, l'un fabuleux et donné pour ancien, l'autre réel et donné pour récent. Il poursuit en ces termes :

« Or Roland, gi'and guerrier, neveu de Charlemag^ne, combattit contre Flambador, le fils de Marcus. Dans cette lutte tomba et fut fait prisonnier un jeune géant païen, nommé Otlonellus, de la cité d'Atylia. Il fut instruit dans la foi chrétienne par Roland, et, baptisé, devint son compagnon et même entra dans sa parenté, car Roland lui donna sa sœur, nommée Bellissant,el Ottonellus fut mis au nombre des douze pairs. Après quoi eut lieu une grande bataille des chrétiens et des païens, à mi-route entre Crémone et Brixia en Lombardie, et à cette bataille se trouvaient Roland et Oclonellus de Attilya. Là, dans la fureur du combat, Roland et Octonellus se rencontrèrent, sans se reconnaître, et luttèrent furieusement l'un contre l'autre. Roland frappa Octonellus, qui s'écria : « Ou lu es le diable, toi qui m'as ainsi blessé, ou tu es Roland. » Roland le reconnut à sa voix, le releva et l'emporta à la ville voisine.

« Il ne guérit pas. Sa femme Bellissant vint le rejoindre; mais il mourut sans avoir pu lui, parler. Bellissant mourut aussitôt de douleur et tous deux furent enterrés ensemble dans une belle tombe en la ville de... (le nom a été laissé en blanc dans le manuscrit), entre Brixia et Crémone... P]nfîn Gharlemagne s'empara d'Atylie. L'ayant détruite, il conduisit l'armée des chrétiens à Alba Spetia ou Alba Petra (Tortone) et l'assiégea avec une double armée : l'une qui attaquait en plaine et l'autre par le mont uhi dicilur Scholcha. C'est en souvenir de ce siège que fut fondée par Roland une église : ecclesia prima qiias dicitur iisque modo Sancta Maria de Scholcha et ostium ad mensuram Roland i. C'est ainsi que fut prise Alba Spetia et que tous les païens furent chassés de Lombardie. »

27(3 LES CHANSONS DK GRSI'i: ET LES UOIJTES d'iTALIE

On voit dès le premier i-egard les ditlerences qui séparent les récits de Jacques d'Acqui et du poète français; mais, du premier regard aussi, on voit les ressemblances : Ottonel est, comme Otinel, un g-uerrier païen qui se convertit et qui désormais combat dans les troupes de Gharlemagne; il devient un ami de Roland, comme Otinel; et si Otinel épouse Belisseiit, cousine de Roland, Ottonel épouse Bellissant, sœur de Roland. L'action se déroule dans les deux textes autour d'Atilie. Or Atilie est sur l'emplacement de Serravalle et de Precipiano près de Tortone, selon le chroniqueur Jacques d'Acqui, et, selon le poète français, c'est une ville de Lombardie, plus spécialement du Montferrat, qu'on a quelques raisons d'identifier avec Tortone.

Pour se rendre compte du rapport de ces deux récits, il convient de remarquer un fait singulier, celui-ci ; des textes nombreux nous indiquent que le nom d'Atilie a été appliqué pendant plusieurs siècles tantôt à Tortone, tantôt à Serravalle, situé à vingtquatre kilomètres de là.

Voici, rangés dans l'ordre chronologique, quelquesuns de ces textes :

1" Atilie ==- Tortone. Galvano Fiamma, chroniqueur du XIV* siècle, écrit dans sa Politia novella ' .• « Tertona, que secundum Sycarcluin priiis dicta fuit Altilia, in ripa fîuminis Scrivie apud S. Precipianum fundatur. » La source à laquelle il se réfère ici est un chapitre (perdu) de la Chronique de Sicard, évêque de

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