‹ Les légendes épiquesChapitre 108 sur 163 · Aymeri de Nitrhonne, v. 4595; Les Narbonnais, v · texte numérisé non relu

Aymeri de Nitrhonne, v. 4595; Les Narbonnais, v

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légende de Guillaume ' ; et si j"ai soutenu ci-avant que telle légende avait été imaginée par des pèlerins et telle autre pour des pèlerins, on conviendra, j'espère, que j'ai toujours invoqué des faits de localisation plus expressifs. En revanche et pareillement, ma thèse ne sera mise de échec que si l'on y oppose, en dehors des routes des pèlerins, un certain nombre de faits expressifs de localisation de légendes. Mais je renonce à deniander le bénéfice de cette distinction, si légitime soit-elle, entre les légendes vaguement localisées et les légendes précisément localisées en Italie. Comme on va le voir, je n'en ai pas besoin.

Je ne crois pas en effet qu'on puisse songer à m'opposer la chanson de Jehan de Lanson. On y voit les douze pairs, puis Charlemagne, passer les Alpes pour

1. Le poète du Couronnement avait besoin, pour mettre sur ])ied son scénario, de deux inventions. Il lui fallait trouver un motif puissant qui éloignât Guillaume de France dans le temps où son devoir (la nécessité de protéger Tcnfant Louis, si Charlemagne mourait) aurait dû l'y retenir : il a imaginé, de la façon la plus simple et la [)lus banale, que Guillaume avait antérieurement fait le vœu de partir pour un pèlerinage lointain; de là la localisation de l'épisode à Rome fil aurait aussi bien pu le localiser à Saint-Jac({ues de Galice, par exemple). — Pareillement, un poète avait besoin qu'Aimer le Chétif conquît, comme les autres Aymerides, un fief en terre lointaine. Pourquoi a-t-il choisi Venise? Mais pourquoi cet autre a-t-il choisi, pour en faire les fiefs des autres fils d'Aymeri, Andrenas ou Commarcis? En tous ces cas, les poètes semblent avoir localisé leurs fictions à leur fantaisie et sans doute sans attacher eux-mêmes le moindre intérêt a ces localisations ai'bitraires.

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soumettre un rebelle, Jehan, duc de Lanson, de Fouille, de Calahre et de Maroc. Où est Lanson? (Quelque part 'en Galabre. Le poète n'en dit pas davantage. Probablement lui-même n'en savait pas davantage. Le fabuleux château de Lanson et les plaisantes aventures héroï-comiques qu'il raconte, si on lui eût demandé de les transférer de son incertaine Galabre en quelque autre région aussi incertaine, dans les vaux de Morimonde par exemple, en Sessoigiie ou en Bolguerie, il •est probable qu'il s'y fût prêté de bonne grâce : il n'aurait eu à retoucher qu'une dizaine ou une vingtaine de vers.

Si l'on écarte ce roman de Jehan de J.anson, quelles sont donc les autres chansons de geste ou quels sont les épisodes d'autres chansons de geste dont l'action se déroule en Italie, hors des routes de pèlerins ?

Pour avoir des chances de ne rien omettre, j'ai pris soin de relever dans la Table des noms propres que nous devons à M. Ernest Langlois tous les noms de villes, fleuves et monts d'Italie contenus dans les chansons de geste. Cette liste comprend environ 90 noms, que l'on peut classer ainsi :

1° Trente noms environ de lieux qui se trouvent -sur l'une ou l'autre des routes de pèlerinage que nous vivons suivies. J'en donnerai plus loin le relevé.

2° Trente autres noms environ, fournis par les mêmes poèmes où nous lisons ceux de la catégorie précédente, et qui désignent aussi des lieux placés sur ■ces mêmes routes de pèlerinage ou à leurs alentours ; mais je n'ai pas su identifier ces noms, noms de fan-

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taisie. ou noms défigurés par les copistes et les remanieurs, ou noms réels'.

3° Trois noms de villes, Suse, Turin, Sienne, qui se trouvent toutes trois, elles aussi, sur la Via francif/ena pcregrinorum, mais que les poètes ne font que mentionner sans dire s'ils se les représentent comme les étapes d'un itinéraire.

En dehors de ces soixante ou soixante-dix noms qui concernent les routes de pèlerinage, on trouve :

4" Cinq ou six noms qu'on ne sait où placer et qui semblent de fantaisie: Lanson, Cellerne. Mont Caillet, Brun Essart, Valpree, \ alclere.

1. Kn voici la liste. Dans la Chevalerie Ogier, le Brun (ruisseau), Callaie, Casteron, Cerchamble, Coflans sur la mer, Cesser, Fontenelles, Forest Grant, Guillet, Labigant, Malchitra, Maradant, Pennuble, Pierroi, Saint-Aiose, le Plessis Gautier, la Roche au Jaiant, Saint-Garillant, Saint-Malme de Lucques, Tramans, Vei'gelune. — Dans Ami et Amile, Chastel, Chomin, le Garrigant, Tranes. — Dans Aymeri de Narhonne, Bardeline.

— Dans Otinel, Chaste, Montpoiin, Tuela, le Ton, les rivières Soigne et llastie (cf., pour les renvois aux textes, Lauglois, Table des noin^ proprcft contenus dans les chansons de geste).

Rome passa arriéres et Cellerne et Pavie,... Il a tant esploitié qu'il passa en Lombardie.

C'est peut-être Salerne, dit M. Suchier [Romania, t. XXX, p. 134). Oui, si le poète mettait ces noms au hasard de son ignorance. — Mont Caillet : dans Yde et Olive (v. 6942), Yde attaque un personnage nommé Embronchart : Vers « Einhroncharl s'est la bêle adrecie ; En Mont Caillet lenoit grant coinpaig nie ; Niés fil le roi... » — Brun Essarl : {Girard de Roussillon,^[&0).

— Valpree, localité en Lombardie d'après les Enfances Ogier, V. 978. — Valcler, île près de Rome, d'après le même poème, V. 2194.

J. BÉrwEn. — Les légendes épiques, t. II. 19

290 LES CHANSONS DE GESTE ET LES HOUTES d'iTALIE

5" Deux noms, ceux du poème d'Asp remont, qui représentent une localisation précise, et qui sei'aient de nature, s'ils se multipliaient, à contrarier notre explication, Rise et Aspremont.

(\° Il reste onze noms de villes, qui sont parmi les plus grandes d'Italie : Bénévent, Crémone, Espolice (Spolète), Milan, Naples, Otrante, Pise, Ravenne, Salerne, Tarente, Vérone.

Dans ces onze villes, les poètes placent-ils onze chansons de j^este ou épisodes de chansons de geste? Si oui, notre thèse perd toute vraisemblance.

Mais que se passe-t-il à Naples? Rien. Un personnage du roman de Gallen, qui joue un rôle de figurant, est appelé « l'evesque de Naples » (vers 273, 283, 298, 322). Et de même, selon la Chevalei-ie Ogiei\ un jour que Gharlemagne tenait sa cour à Paris,

3495 Messe chanta li evesque de Naples

Por l'apostole qui un poi fut malades.

C'est tout.

Que se passe-t-il à Milan ? Un personnage de Gaydon (p. 193j porte « une cote a armer d'un cendel de Mêlant » ; il est dit dans Raoul de Cambrai, dans Maiigis, dans Auheri le Bourguignon, dans Fierabras, que tel personnage ne ferait pas telle chose « pour tout For de Mêlant » ou « pour l'onnor de Mêlant» ; il est dit aussi d'un personnage de Doon de Mayencc (p. 249) qu'il a occis « de païens

Phis que n'i a de genz a Meullenc n"a Pavie ;

et Charlemagne, dans Gaufrey (p. 18ij, se vante

d'avoir « conquis les terres desiques a Mellant ». C'est tout'.

Que se passe-t-il à Vérone ? Dans Raoul de Cambrai, le poète énumère quarante otages donnés à Raoul par le roi Louis ; lun des quarante s'appelle {v. 787) Savari de Vérone. C'est tout-.

Que se passe-t-il k Spolète ? Dans Raoul de Cambrai (v. 1678), il est dit que jadis un chevalier, mari de dame Marsent, obligé de fuir de France, « en Espolice s'en ala k Gaifier » ; dans le Charroi de Nîmes

1. A moins qu'on ne veuille retenir ici le banal poème anfi'lais intitulé The srf/e of Mclatjne publié par .T. Ilerrtage, The onglish Charleinayne romances, Part II, 1880), composé sur le lard pour servir de prologue à Olinel. Vax ce cas, il conviendra de le ranger dans le même groupe que Jehan de Lanson.

2. Je n'oublie pas les célèbres statues de Roland et d'Olivier qui sont au porche-de la cathédrale de Vérone. Elles sont sans doute du xu'" siècle ; or Vérone n'est pas sur une roule fréquentée par les pèlerins français. Comment comprendre qu'à une si haute époque on ait rendu de tels honneurs à Vérone à ces preux français? M. Fr. Novali a bien voulu me dire (il se réserve d'en exposer bientôt la preuve) que, si les deux statues datent en elTet du xn*^ siècle, l'inscription Durinilarda, qui seule permet de reconnaître en ces guerriers Roland et Olivier, n'est que du xv'' siècle. — Je note en passant que M. d'Ancona [Tradl.zioni carolingie in Ilalia) a dressé un riche catalogue de lieux dits // par/tr/Z/o/jf' d'Orlandn, ou la Tomba d'Orlando, ou / paasi d'Orlando, ou II horijo di lioncisvalle. Je ne crois pas qu'aucune de ces << traditions n, à part celles de Pavie et de Sutri (sur la route des pèlerins), soit attestée avant le xv^ siècle. Le plus ancien témoignage que cite M. d'Ancona pour la Torre d'Orlando à Gaëte est de loll. La singulière sculpture de Spello est k ancienne n, dit-on : mais de quel siècle ?

2Î)2 LES CHANSONS DE (iKSI'E ET LES ROLTES d'iTALIE

(v. 97, V. lOÎ)), il est dit que le roi Gailier de Police a envoyé une lettre à Guillaume Fierebrace pour lui olTrir sa lille et inie part de sa terre ^ ; un Oton d'Espolice est noninu- dans Ai/meri de Narbonnc tantôt comme messaj^er d'Aymeri (v. 1547), tantôt comme prétendant à la main d'Ermanjart (v. 24()2), et dans la Mort Aijmcri (v. 3084) comme un oncle des Aymerides ,; dans Anseis de Carthagc (v. 9347), Gharlemagne, assemblant ses vassaux, (( en Espolice manda le roi Oton >>. Dans Ydc et Olive (v. 7319) paraît un certain Guimart, qui <( d'Yspolite ot la terre en esg'art ». Selon Gai/don (p. 3), Ganelon mande près de lui « en Espolice » son frère Thibaut et l'y arme chevalier. C'est tout.

Ainsi pour les autres villes. J'ai poursuivi l'enquête jusqu'au bout. J'en épargne le résumé au lecteur. Jamais en aucune de ces villes il ne se passe rien.

11 ne se passe quelque chose de relatif à Gharlemagne et à ses compagnons qu'aux lieux dont voici la liste, tovis situés sur les quelques routes battues par les paumiers et les romieux :

1 Le Grand-Saint-Bernard. — 2 Aoste. — 3 Ivrée. — 4 Verceil. — o Montmélian. — 6 Saint-Michel de Maurienne. — 7 L'Hôpital du Mont-Cenis et la Novalèse. — 8 Mortara. — 9 Cozzo -. — 10 Pavie. - — 11 Plaisance. — 12 Borgo sari Donnino. — 13 Imola.

14 Le Monte Bardone. — 15 Fornoue (?). — 16

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