‹ Les légendes épiquesChapitre 144 sur 163 · Herbert d'Hirson, Bernard de RethcL · texte numérisé non relu

Herbert d'Hirson, Bernard de RethcL

0. Aalais, prétendue sœur de Louis IV ; Ybert de Ribemont, prétendu fils d'Herbert.

396 l-A I.IÔC.KMJE \)K UAOIL DE CAMIiRAl

tx)i non moins chimérique, et ]3ar là, ce qu ils ont Iranslornié, ce sont les ressorts mêmes de l'action, les passions, les caractères. Ne serait-ce pas qu'ils n'ont rien transformé ? Et que le poème du x*^ siècle n'a jamais existé?

Si nous réservons en elTet, pour nous en expliquer bientôt, ces deux noms propres, Aalais, Ybert de Bibemont, — tout ce qu'il va d'historique dans Raoul de Cambrai tient dans les quatres lignes de Flodoard qui retracent l'ag-ression de Raoul, fils de Raoul de Gouy, contre les fils d Herbert, la mort de ce Raoul et le chagrin du l'oi Louis ; et il suffit de parcourir les trois ou quatre pages de Flodoard qui précèdent et (|ui suivent ce texte pour y trouver en outre quatre autres noms utilisés par le romancier : les îîoms de deux fils d'Herbert, Wedon, Herbert ; les noms de deux comparses, Bernard de Rethel, Ernaut de Douai. Certes, nous le savions avant d'entreprendre cette discussion ; mais, pour l'avoir faite, nous savons en outre que le poème de Raoul de Cambrai n'est qu'un farrago de bévues historiques. Tout s'y passe comme s'il n'avait pas été composé d'abord par un témoin oculaire, mais comme si, cent cinquante ou deux cents ans plus tard, quelqu'un, qui ne savait rien de 1 histoire vraie du x'^ siècle, avait ramassé dans les Annales de Flodoard quelques noms propres et quelques faits.

Ce quelqu'un, — il va sans dire, mais je le redis, — ne saurait être un jongleur peu cultivé, un romancier en quête d'un sujet de roman. Qui pouvaitil être ?

ESSAI d'une interpkétation nolvelle 397

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Essai d'une interprétation nolvelle.

Remarquons d'abord que l'action du roman se déroule sur un territoii'e fort limité et qui semble familier au conteur et à son public. Elle est localisée principalement à Cambrai et entre Cambrai et Saint- Quentin. Si l'on se place sur les bords de l'Oise, à Orig-ny-Sainte-Benoîte, où est le centre de l'action, et que l'on trace autour d'Origny une circonférence de cinquante kilomètres de rayon, tous les lieux mentionnés par le poète se trouvent compris sur le petit territoire ainsi circonscrit : Cambrai, l'Arrouaise, Clary, Péronne, Saint-Quentin, Roj^e, Nesle, Ham, Ribemont, Hirson, Laon. Agrandissez le cercle de quelques kilomètres ou de quelques lieues encore, vous y ferez entrer Arras, Douai, Chimay, Rethel, Soissons. Ainsi l'imprécision historique fait contraste dans le roman avec la précision géog-raphique. Ces <( remanieurs » qui auraient altéré si gravement les données historiques de leur modèle en auraient en même temps respecté la topographie ; à deux siècles et demi des événements, la légende de Raoul de Cambrai semble encore enracinée à Cambrai ; ajoutons que le remaniement si tardif que nous avons, autant qu'on peut en juger par les caractères linguistiques, a été rimé dans la région même où ont vécu les personnages du roman,

C'en est assez pour nous inviter à chercher à Cambrai et autour de Cambrai les points de formation de la légende.

398 LA LKGKNUE DE IlAOUL DK CAINinRAI

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