Cameracum christianiim, p. ix
ESSAI d'une interprétation NOUVELLE 405
extendit '. » Un privilèg-e du pape Alexandre III confirme en 1180 cette foire, ou plutôt ces foires: car il y avait foire deux fois l'an, le 11 août, jour de la déposition de saint Géri, le 18 novembre, jour de son élévation.
Des jongleurs les fréquentaient. Nous pourrions le supposer sans g-rand risque. Mais ce n'est pas une conjecture. Ils les fréquentaient si rég'ulièrement et en si grand nomijre qu'ils finirent par former une sorte de confrérie, peut-être affiliée, comme à Fécamp ou à Beauvais, par certains liens aux ecclésiastiques du lieu, car les chanoines de Saint-Géri célébraient (du moins au xv'' siècle) une fête spéciale, dénommée la Fête des jongleurs : « In solemnitate beatissimi Gaug-erici pro fesio nuncupato Joculatoruni, quod fit feria V post octavum Paschae*. »
Or, le jongleur qui a rimé Raoul de Cambrai (ou celui dont il remaniait le poème) avait fréquenté cette foire et l'église elle-inême. Non seulement il sait et s'adresse à un public qui sait que Raoul est « enterré au mostier » :
1. Acta sanctonini des BoUanclistes, 11 août, p. 687. Cf. une interpolation relative à ces foires dans la Vita II [SS . rer. nierov., t. III, p. 657).
2 Acta sanctoru/n, ibidem. On y lit une lettre d'un secrétaire de l'archevêque de Cambrai, datée du 8 août 1734. Il dit avoir trouvé la mention de cette fête, ignoice des plus anciens rituels, dans un ordinaire écrit de plusieurs mains au xV siècle. Il ajoute : << De joculatoribus nihil haheo certi quod proferam ».
i06 LA LKGKNDK DE RAOUL DK CAMBRAI
M'2l Sa sepouture .sevcut bien li auquaut ;
mais encore il se rend exactement compte des titres et qualités des ecclésiastiques de Saint-Géri :
3545 Li saige clerc i font le Dieu mestier. 3718 L'evesque chante la messe hautement. 3808 La messe escoutent de l'evesque Renier.
11 sait, comme on voit, que le « niostier Saint- Géri » n'est pas une abbaye proprement dite, mais plutôt un chapitre, une réunion de clercs séculiers [li saige clerc) vivant en commun, un collèg-e de prêtres prébendes par l'évêque de Cambrai.
D'autre part, Aalais, avons-nous dit, est un personnage historique. Gomment le savons-nous, Flodoard (on ne saurait en être surpris) ne l'ayant pas nommée ? Si nous savons qu'elle a vécu, c'est par deux documents provenant d'églises de Cambrai. Une liste des bienfaiteurs du chapitre del'ég-lise cathédrale de Cambrai, dressée vers 1190^, dit :
« Alaidis comitissa dédit nobis dimidiam partem de Hairi ^ et alteram dimidiam ad custodiam ecclesie nostre.»
L'autre document nous intéresse plus directement encore. L'évêque de Cambrai, Liébert, mort avant