‹ Les légendes épiquesChapitre 152 sur 163 · Voir ci-dessus la note · texte numérisé non relu

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4. Voir Longnon, p. xxvi, n. 1, et, entre autres documents, cette charte de 964 (ms. 13911, fol. 12 ; cf. Longnon, p. xxvi. n. 3) : « Hilbertus pro remedio animae meae, praesente Adalberto comité et filio ejus Heriberto coram altari s. Mariae in monasteriollumoliarensi, multisadstantibus,legaliter tradidi... S. Heilberti, qui hanc chartam fieri jussit et manu propria firmavit. S. Lantberti, fîlii sui (sur ce fils d'Ybert, voir Longnon, p. XXVI, n. 3, et E. Lemaire, Histoire de Saint-Quentin, p. 303). S. Adalberti comitis. S. Heriberti, filii ejus, etc. » — D'après une charte publiée par Colliette (t. I, p. 165) et citée par M. A. Longnon (p. xxvii, n. 1), Ybert aurait encore été vivant en 988; mais, si Ton se reporte au manuscrit (13911, fol. 17), on voit que la date de cette charte est incertaine : il y a 986 à In marge et 908 dans le texte.

b. Cette vie a été publiée dans les AA. SS. Bolland., t. I de mars, p. 469-480 : puis (éd. partielle) par L. de Heinemann, dans les Mon. Germ. hist., SS., t. XV, 2<' partie, p. 689-692.

ESSAI d'une interprétation NOUVELLE 427

l'an mil ', donnait déjà la même version, bien qu'elle ne nomme que la seule Hersent-. Or, cette tradition, si ancienne qu'elle soit, semble erronée : elle est contredite par un document authentique, d'où il résulte que Saint-Michel-en-Thiérache ne fut pas fondé par Hersent et par Ybert, son mari, mais bien par Albert P'', comte de Vermandois^^

1. Elle est l'œuvre d'un abijé Inimon, qui est soit Immon de Gorze (-j- 1000), soit plutôt Immon de Waulsort (991-995;.

2. Elle raconte que Cadroe, issu d'une illustre famille d'Ecosse, était parti d'Irlande, averti par une vision, sur une barque que la tempête jeta près de Boulogne. De là, il chemina avec treize compagnons jusqu'au monastère de Sainl-Fursi à Péronne. Non loin de là « erat matrona Hersendis nomine, nobilitate et opibus inclyta, sanctae devotionis ardore plena ; et, quia erat sterilis, si quos inveniret sanctae peregrinationis viros, suscipere cogitabat eisque satisfacere ». Ayant appris l'arrivée de Cadroe et de ses compagnons, elle va à leur rencontre et leur offre une église de Saint-Michel, qui se trouvait dans la forêt de Thiérache. Ils s'y établissent et choisissent l'un d'eux, Maccalan, pour les diriger. « Puis, le vœu d'embrasser une règle constante persévérant en eux. Hersent, à

i' leur demande, envoya Maccalan au monastère de Gorze, près de Metz, et Cadroe à celui de Saint-Beuoit-sur-Loire pour s'y former dans la pratique des constitutions monacales. Après leur engagement, cette dame, leur bienfaitrice, les plaça dans l'abbaye de Waulsort, dont Cadroe devint abbé ; Maccalan gouverna Saint-Michel. >' (J'ai emprunté ces quelques lignes de résumé à Colliette, t. I, p. 480 ; cf. dom Lelong, Histoire du diocèse de Laon, p. 155 et p. 598 ; Malleville, Dictionnaire historique de V Aisne, au mot Saint-Michel, etc.).

.3. En effet, si l'on se reporte au Carlulaire de l'abbaye de

'f Saint-Michel-en-Thiérache, publié par Amédée Piette, Vervins,

■ 188.3, p. 22, on y lit un acte, daté de 1153, où Gautier, évêque

de Laon, certifle qu'il a vu un privilège accordé par le comte

Eilherlus, fondateur de la ville et de l'église de Saint-Michel;

428 LA LÉGENDE Oi: MAÔUL DI-: r.AAIIîHAI

De même, la Chronique de Wauhort attribue à son comte Ybert, mari d'Hersent, la fondation du

de plus, on y trouve, à la }). 20, un acte daté de 9o8, où Wel- Irudc, femme du co/ii/c Ei/bpiius, donne des biens à l'abbaye pour son salul et |)oni' le salut de son mari et de ses enfants. Ce comte Eilbertus ne peut être autre que le comte Albert de Vermandois. — Ces données certaines sont, à vrai dire, contredites par une charte (la première du cartulaire), datée de Olb, et attribuée à Tévèque do I^aon, Raoul, où l'on voit un certain Herbert, archidiacre de Laon, céder la chapelle de Saint-Michel, |)Our ((u'un monastère y soit établi, à une dame nommée ïlersent : «... Notum fieri volumus qualiter oratorium in saltu qui dicitur Terascia in honore beati Michaelis archangeli ex antiquo fuerat vili scemate constructum, sed postea prope fundotenus destructum. Processu deinde temporis, quedam malrona nomine Hersendis per assensum Herbert], nostre ecclesiae archidiaconi, cui idem erat oratorium jure bénéficia ro colla tum,... prout melius potuit restaurare libenter studuit. Ubi, causa orationis ad eumdem oratorium confluentibus... populis, laus et honor Dei omnipotentis et venerabilis memoria b. Michaelis archang-eli adeo crevit ul etiara quidam homines Hibernicae regionis mare transnavigantes ad nos causa peregrinationis loca quibus commorari deberent uspiare precurrentes ad predictam matronam angelico ductu, ut credimus, pervenerunt. Sicque audita fama ejusdem oratorii libenti animo illuc pergere disposituni fuit. » Etc. — Mais cet acte est très probablement un faux. Giry donne de nombreuses raisons de le croire. Sans rapporter ses ai^guments d'ordre diplomatique, je transcris celui-ci, qui est une remarque de bon sens : « Le préambule, au lieu d'être comme de coutume le développement d'une idée générale, est le récit de la fondalion du monastère, et, sauf fpiehjues traits qui y ont été ajoutés, il resseml:)le étonnamment au récit de la Vie de saint Cadroc. La fondatrice en particulier y est appelée, comme dans le récit de l'hagiographe, quedam malrona nomine Hersendis, ce qui est étrange mis dans la bouche de l'évèque pour désigner la personne à la prière de la(juelle il donne le privilège. »

ESSAI d'une interprétation NOUVELLE 421)

monastère de femmes de Bucilly ', Déjà la Vie de sailli Cadroe l'attribuait à dame Hersent-. Mais il résulte d'un acte authentique que le véritable fondateur, ici encore, est Albert, comte de Vermandois-^.

On est donc, à Waulsort, à Homblières, à Saint- Michel, à Bucilly, en présence de traditions de moines, qui, par erreur ou à bon escient, confondent Ybert et son suzerain.

Si nous revenons maintenant à la chanson de geste, nous y remarquerons d'abord deux traits singuliers, d'où il résulte, semble-t-il, que le poète connaissait ces traditions erronées de moines et qu'il s'y intéressait.

Pourquoi Ybert y est-il appelé « de Ribemont » ? <( Rien ne s'oppose, écrit M. A. Longnon, à ce que le château de Ribemont, situé sur la rive gauche de l'Oise, à six kilomètres de l'abbaye d'Origny et à neuf kilomètres de ral)baye d'Homblières, ne fût

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