‹ Les légendes épiquesChapitre 42 sur 163 · Brindisi · texte numérisé non relu

Brindisi

On sait, surtout par les beaux travaux de M. Pio Rajna, que les romans français du cycle de Charlemagne furent importés de bonne heure en Italie, qu'ils s'y répandirent nombreux et qu'ils y formaient au xni^ siècle « une part notable du patrimoine idéal de tous, nobles et vilains » K

On sait aussi quef s'ils y pénétrèrent, ce fut principalement grâce à l'affluence des pèlerins venant de

1. P. Rajna, Z-'onomas/Jca italiana e Vepopea carolingia [Bomania, t. XVIII, p. 65).

J. BÉDiER. — Les légendes épiques, t. II. 10

146 LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d'iTALIE

France. « Les jongleurs, écrit M. P. Meyer ', accompagnaient volontiers les pèlerins. Ils abondaient dans tous les lieux consacrés : au Pu\ -Notre-Dame, à Saint- Gilles, à Saint-Jacques de Galice. Ils fréquentaient la voie de Rome et y faisaient de nombreuses stations. C'est par eux que les héros carolingiens et arthuriens devinrent populaires en Italie, dès la première moitié du XII'' siècle, et c'est d'Italie, en compensation, qu'ils rapportèrent les notions géographiques plus ou moins exactes qu'ils firent entrer en divers poèmes, par exemple dans Offier et dans le Couronnement de Louis. »

Je voudrais rechercher s'ils n'en ont pas rapporté en outre des légendes et si ijlusieurs chansons de geste françaises ne se sont pas formées sur ces routes d'Italie, aux étapes des pèlerins.

Il est inutile de marquer l'ancienneté et la célébrité du pèlerinage au tombeau de saint Pierre ~. Dès l'époque carolingienne, les routes qui y menaient

1. De Vexpansion de la langue française en Italie pendanl le moyen âge [Atti del congresso internazionale di scienze storiche, Roma, 1903. Eslratlo dal vol. IV, p. 7).

2. Sur les plus anciens pèlerins francs, voir Joseph Zettinger, Die Berichte ûber Rompilger ans deni Frankenreiche his zuni Jahre 800, Rome, 1900. Sur les pèlerins anglais, voir Julius Jung, dans les Miliheilungen des Instilules fur ôsterreichische Geschichtsforschung, t. XXV (1904), p. 16. Voir aussi les deux précieux mémoires de M. Pio Rajna : Per la data délia Vita nuova e non per essa soltanto [Giornale slorico délia

commencent à se couvrir d'hôtelleries pour les pèlerins et plusieurs d'entre elles deviendront de riches maisons relig-ieuses, du Monte Bardone à Lucques, à Altopascio, chef d'un ordre dhospitaliers analogue k celui de Saint-Jean de Jérusalem, et ainsi de suite jusqu'à Rome ; la via Cornelia, qui conduisait du Tibre au tombeau de l'apôtre, était bordée par les scholae pere(/rinorurn, autour desquelles se groupaient les diverses colonies étrangères : schola Francorum, largement dotée par Charlemagne, schola Langoharcloriim, schola Frisonum, schola Saxoniun '. Rome était, avec Compostelle et Jérusalem, lun des trois « pèlerinages majeurs ^ «, et les pèlerins qui allaient à Jérusalem tâchaient à l'ordinaire de faire coup double et de passer par Rome, à l'aller ou au retour. Au xn" et au XIII* siècles, surtout dans les mois d'été, les longs cortèges de « romieux » et de « paumiers » devaient parfois couvrir les routes. Dans une de nos chansons de geste ^, le roi des Lombards voit au loin s'avancer vers Pavie une riche troupe de cavaliers :

letteratura italiana, t. VI, 1885, p. 113), et Uniscrizione nepesina del 1131 (Archivio slorico ilaliano, t. XVIII, 1887, p. 329).

1. Sur ces scholae, voir l'Histoire de Rome au moyen âge de Gregorovius (que je citerai, ici et ailleurs, d'après la traduction italienne, Storia délia città di Roma nel medio evo, Rome, 1900), t. I, p. 636. M. Ph. Lauer a publié un plan de la Cité Léonine dans son mémoire intitulé : Le poème de la Destruction de Rome et les origines de la Cité Léonine {Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par l'Ecole française de Rome, t. XIX, 1899).

Page 1