L'hospice du mont Genis et l'abbaye de la Novalese
Du lac du Mont Cenis sort un torrent, la Ginischia, qui descend vers la Doire. Sur un mamelon de la montagne qui ferme vers le Nord-Ouest la vallée de ce torrent, à six kilomètres en amont de Suse, s'élevait le monastère de la Novalese. Il avait été fondé en 726, sous le vocable de saint Pierre, par un riche Franc, nommé Abbon. Les rois carolingiens le protégèrent ; Gharlemagne notamment, comme le montre un acte daté de 789. Gharlemagne, qui passa par là en 773, lors de son expédition contre les Lombards, et qui entretint des relations amicales avec l'abbé Frodoin, a dû séjourner au monastère, plusieurs fois peut-être. Au commencement du x*^ siècle, les Sarrasins avant envahi le Piémont, les moines de la Novalese s'enfuirent à Turin ; soutenus par le marquis Adalbert et par ses successeurs, ils fondèrent vers 925 un monastère à Brème en Lomelline, au confluent de la Sesia et du Pô ; puis, après l'expulsion des Sarrasins, ils reprirent possession de la Novalese, la restaurèrent
leurs d'en douter. La seule difficulté est que Moriene {Maurigenna dans Grégoire de Tours, Maurienna plus tard) ne devrait pas, selon l'usage du poète du Roland, figurer à l'assonance dans une laisse en a...e. Mais Garin le Lorrain, où la Maurienne (Savoie) est certainement désignée, a les vais de Mauriane (I, 73), et de même Girart de Roussillon : les vais de Mauriana (ms. de Paris, v. 1661). Il résulte de là que de bonne heure Maurigenna était devenu Mauriana.
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vers l'an mil, mais sans abandonner Brème, et un même abbé rég'issait les deux maisons. Parmi leurs possessions, les moines de Brème et de la Novalese comptaient l'hospice du Mont Cenis.
C'est Louis le Pieux qui, entre 814 et 82S, avait fondé cet hospice, en exécution d'un vœu; il y avait établi une église sous le vocable de Notre-Dame et l'avait richement doté au profit des pèlerins et des pauvres du Christ'. 11 l'avait donné aux moines de la Novalese, par'un acte du 14 février 825. Lothaire P'' le leur reprit, leur donnant une autre église en échange -'; mais, peu satisfaits de cette compensation, ils s'efforcèrent par la suite de recouvrer la précieuse « domus elemosinaria ». La lutte qu'ils soutinrent, à coups de documents falsifiés, trouva son épilogue dans des actes de 1202 et de 1207, qui les confirmèrent dans cette possession. Il est probable que, à l'époque qui nous intéresse, au xi*^ et au xii° siècles, ils occupaient l'hospice '^ Soit par l'exploitation de cette maison, soit par leurs possessions le long de la publica stra-
1. Ces quelques renseignements sont extraits de la préface mise par M. Bethmann au Chronicon Novaliciense {Mon. Germ. hist., SS., t. VII), et de la préface du bel ouvrage de M. Carlo Cipolla, Monumenta Novaliciensia vetustiora, Istitulo storico italiano, fontiper la storia iVItalia, Rome, 2 vol., 1898 et 1901.
2. L'acte est perdu, mais il est résumé dans un diplôme de Lothaire P'', du 14 février 825 (Cipolla, t. I, p. 71 et p. 73).
3. Voir Cipolla, ouvr. cité, t. I, préface, p. xv, et t. II, au Glossaire, sous Domus elemosinaria.
IGO LKS CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d'iTALIE
/ci ^ c'est donc eux qui avaient la haute main siu- les passages de pèlerins.
L'histoire de leur monastère est retracée dans une chronique riche en légendes et ancienne ; le Chronicon Novaliciense a été composé au xr siècle, dans la seconde moitié du xi'' siècle probablement, et par un seul auteur ^.
Parmi toutes les fables que cet auteur accumula, il en est deux qui intéressent l'histoire des fictions épiques : la légende de Waltharius et celle de Charlemagne conquérant la Lombardie.
Au temps où écrivait le chroniqueur, on vénérait à la Novalese, comme un héros et presque comme un saint, un certain Waltharius. On montrait, aux environs, une colonne de marbre qu'il avait brisée en la frappant deux fois de son couteau : c'était la Percussio ou la Ferita Waltharii '^ ; tel le perron de sartaigne, fendu par Roland, que l'on montrait à Roncevaux. On voyait aussi, aux abords du monastère, in summitate cujusdani rupis, un sépulcre que Waltharius, disait-on, avait taillé de ses propres mains, pour luimême et pour son petit-fils Rataldus. Pendant lin-