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Ilistorin Longohardorum, liv. IV, p

LA NOVALESE 177

camp, et y torture la traîtresse : « Voilà, lui dit-il, le mari que tu as mérité. » Que Paul Diacre, au viii'^ siècle, ait pu prendre ce récit sauvage dans la tradition épique des Lombards, je l'admets. Pour le chroniqueur de la Novalese, au xi*^ siècle, c'eût été plus malaisé. Aussi Ta-t-il simplement copié de l'Histoire de Paul Diacre, comme le prouvent quelques coïncidences verbales entre les deux textes. Il s'est borné à feindre que la traîtresse était la fille du prince assiégé, et non sa femme, par respect pour la reine Anza, femme de Désier, et bienfaitrice des églises de Brescia ; et H adoucir le dénouement, par respect pour Charlemagne, bienfaiteur de 1 abbaye de la Xovalese.

Dès lors, étant assuré qu'il était un lecteur de Paul Diacre et qu'il lui a emprunté cette légende violente, est-il téméraire de supposer qu'il a imaginé, à l'imitation des récits barbares de Paul Diacre, les anecdotes relatives à Adelchis? 11 se le représente comme un géant, de la façon la plus banale du monde : son Adelchis manie une massue monstrueuse, comme Rainoart au tinel ou comme Hercule ; il est un mangeur formidable, comme Guillaume d'Orange, comme Ogier, comme Hercule encore, comme Gargantua, et d'ailleurs comme tous les néants. La légrende des bracelets à la pointe de la lance a plus de caractère, et c'est avec raison qu on l'a rapprochée du plus ancien fragment conservé de la poésie épique de Germanie : le chant de Hildebrant ^ Mais c'est ici un de ces thèmes épiques cpii, une fois inventés, circulent par

1. Rajna, /. /. ; Cipolla, p. 190, n. 1. J. BÉDiEH. — Les légendes épiques, t. II. 12

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les pays : et les bracelets de la lance d'Adelcliis rappellent aussi bien les deniers (jue les barons llérupés attachèrent au bout de leurs lances.

En résumé, les légendes caroling'iennes de la Novalese ne supposent pas nécessairement, à mon sens, l'exploitation de chants épiques lombards. Elles ne supposent pas davantage, il va sans dire, l'exploitation de chansons de geste françaises.

Elles supposent seulement que le chroniqueur du XI" siècle, excité par la lecture du Wallhariiis et de V Histoire de Paul Diacre, a voulu composer quelques narrations du même tour et du même ton.

Mais avançons plus loin sur la strata francigena, vers Mortara et vers Pavie. Là encore nous trouverons des légendes relatives à Désier et à la conquête de la Lombardie par Gharlemagne ; mais là, plus nettement qu'à la Novalese, il apparaîtra qu'elles sont d'origine livresque ; nous l'avons supposé à la Novalese, sans pouvoir le prouver; là, il sera possible de le prouver, ce qui sera pour donner plus d'apparence à notre explication de la Chronique de la Novalese. Et, ce qui nous intéresse bien plus encore, là, nous verrons des légendes, fondées sur des textes de chroniques latines, se mêler par surcroît à des récits de chansons de geste, soit qu'elles s'inspirent de ces récits français, soit qu'elles les aient suscités.

On vénérait à Mortara, sous les noms de saint Ami et de saint Amile, deux compagnons qui sont

rOreste et le Pylade, l'Athis et le Prophilias des chansons de geste. Les travaux sur la lég'ende d'Ami et Amile sont très nombreux, et souvent 1 on y lit que Mortara est une petite ville de Lombardie; mais jamais, que je sache, on n'y trouve posée cette question : pourquoi les relig-ieux de cette petite ville lombarde honoraient-ils de leur culte les héros d'une chanson de geste française? ni celle-ci : comment les jong-leurs de la France du Nord savaient-ils que leurs héros étaient tenus pour des saints dans une bourgade de Lombardie ? Nulle part on n'y lit cette remarque bien simple que Mortara est située sur la route de Turin à Pavie, à 12G kilomètres de Turin, k 64 kilomètres de Pavie, en plein sur le chemin des « romieux » i.

Hors les murs, à peu de distance de Mortara, s'élève une antique église, jadis abbaye, de Saint-Albin. C'est là que se livra en 1849 la bataille de Mortara entre Sardes et Autrichiens ; c'est là, s'il faut en croire une inscription placée en 1542 dans l'église, que Charlemagne aurait combattu Désier, roi des Lombards '-. On conservait encore dans cette église au xv!!!*" siècle la tradition que les corps de saint Ami et de saint Amile y avaient reposé : leurs précieuses reliques.

t. Pourtant M. Pio Rajna, à qui rien n'échappe, a écrit cette note dans un de ses beaux articles intitulés Contributi alla storia delVepopea [Romania, t. XXVI, p. 50, n. 3) : « Si consideri che Mortara era ancor essa sulla Via Francesca. "

2. Amato Amati, Dizionario corografico delVItalia, au mot Mortara.

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disait-on, avaient été vendues à vil prix ; mais on y vo3'ait « des restes de leurs tombeaux et de leurs statues en costumes de chevaliers K

Bien des témoig-nag'es prouvent que ces tombes ont été vénérées pendant des siècles: le dire de Jean d'Outremeuse, par exemple ^, ou celui de Fazio degli Uberti :

Giuati a Mortara udimmo dire appieno, Ghe par gli molli morti il nome prese, Quando ç;\ï dui compagni venner meno ^.

Mais, longtemps avant, Godefroy de Viterbe (mort en 1191), décrivant une bataille légendaire que Charlemaarne V aurait livrée à Désier, fait mourir dans cette bataille les bienheureux Ami et Amile, et sait nous dire que Mortara était de son tenues une importante station de pèlerins :

Pro nece niultorum, quae facta fuit, populorum, Dicitur iilorum Mortaria nomen agrorum

Quae peregrinorum stat modo grande forum.

1. Acia sai}c[oruni des Bollandisles, l. VI d'octobre (12 octobre), p. 125 : « Ac perquirentes si quid memoriae aut monumenti horum virorum (Amici et Amelii) ibi (Morlariao) reliquum esset, cognovimus arcarum etiamnum mauere vestig'ia, et eorum imagines militari corporis habitu; praeterea Mortariensesa majoribusaccepissequod eorum corpora fuerinl in ecclesia S. Albini; quodque ab improbo quodam sardonio pretio tradita sint Casalensibus; quanquam apud Casalenses nuUam rei memoriam reperi. »

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