‹ Les légendes épiquesChapitre 73 sur 163 · BORGO SAN DONNINO · texte numérisé non relu

BORGO SAN DONNINO

d'autre part, quel poète saurait de nos jours, fùt-il très versé en hagiographie, dénicher cette rime ?

Vérification faite, il s'ag^it d'un saint Domninus, qui, lors des dernières persécutions contre les chrétiens, subit le martyre k Julia Fidentia. Ses reliques y étaient conservées dans une église qui fut mise sous son vocable, et par la suite l'ancienne Julia Fidentia prit son nom : Borgo san Donnino ^

Ces faits n'eussent sans doute exercé aucune influence sur les chansons de geste françaises, si Domninus avait reçu le mart^Te à quelques lieues à l'Est ou à l'Ouest de Fidentia ; mais Fidentia s'élevait en plein sur la voie Emilienne, entre Plaisance et Parme ; c'était une étape nécessaire de la route de Rome, soit que l'on gardât la voie Emilienne pour gagner Modène et Bologne, soit que l'on prît la vallée du Taro pour se diriger sur Pontremoli et Lucques. Il y avait là plusieurs hospices pour pèlerins ~.

Dans la chanson dAiol ^, ]\Iacaire de Losanne, guerroyant l'empereur Louis de France, lui envoie un ambassadeur grotesque, Lombard de nation, chargé d'un message insolent. L'empereur le raille et lui rappelle comment jadis son père Charlemagne est venvi châtier les Lombards et quelle humiliation il leur a imposée, à Saint-Domin :

1. Voir Ughelli, Italia sacra, éd. de Venise (1717), t. II, col. 62-77.

2. Ughelli, col. 62. Sui' l'importance de Borg-o san Donnino au moyen âge, voy. L. Schûtte, Der Apenninenpass des Monte Bardone, Berlin, 1901, p. 40-2.

3. Vers 8782 et suiv. ; cf. P. Rajna, art. cité de VArchivio, 1887, p. 44.

208 LES CHANSONS DE GESTK ET LES ROUTKS d'iTALIE

8331 « Amis », disl Teiipercre, « ne sai com tu es prous. A la gent de la tere est coustume a toujors Qu'il sont fol et niusart, estout et vanteour. Mes pères ' lor fist ja une niolt grant paour : Vers François s'aatirent li Lonbar a un jor, Car lor fissent mangier qui ne lu gaires prous. Dolans en f'u mes pères quant en sot le clamor, Et vint a Saint Domin par sa ruiste fieror : Une porte de piere list taillier a un jor ; Lonbars le fist baisier, as grans et as menors, Puis lor fist mangier ras et grans cas surceors ; Encor en ont li oir reprovier et li lour. » Quant li Lonbars Toi, a poi d'ire ne l'ont. « A la foi, enperere, pecié dites et mal Des gens de Lonbardie que a tel tort blâmas : Il sont boin chevalier quant vient as cos dona?\ Martinobles mes pères ne fu mie buinars : S'il vit franc chevalier qui a saint Piere alast Et il ot bêle dame que mes pères amast, Aine ne veïstes home qui plus tost les corbast : Encor en a en France cent chevaliers bastars. J'oï dire mon père, si sai qu'est vei'ilas, Que vous estes mes frères : venés, si me baisas ! » Quant Tentent Tempereres, si le torna a gas...

8859 Venus est al Lonbart, bêlement l'en aresne :

« Va t'en de chi, Lonbart, li cors Deu mal te fâche ! Tant as mangiet compeus de soris et de rates Et tant de le composte, de présure et de râpes, Jument me sambles plaine u asne u porc u vache ...»

Il y a des obscurités dans cette scène dérisoire, manifestement faite d'allusions à un récit épique

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