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Cliarlemai4'ne

BORGO SAN DONMNO 209

perdu, que les auditeurs d'Aiol connaissaient. On y voit du moins que le poète plaçait exactement Saint- Domin sur le chemin de ceux qui « a saint Piere aloient » ; on y voit aussi que Ion montrait à Saint- Domin une porte de pierre, bâtie, disait-on, par Charlemag-ne ; et si l'on considère combien de légendes carolingiennes se sont nichées dans de vieilles ruines romaines, on peut supposer que cette porte était un reste de Julia Fidentia. Charlemagne. disait-on, avait forcé les Lombards à baiser ce monument de son triomphe, et à manger en outre des mets immondes : cette légende en rappelle d'autres, familières aux chanteurs de geste, et par exemple l'historiette du Lombard qui va, armé de pied en cap, « assaillir la limace K » On sait quel rôle comique les Lombards jouent presque toujours dans l'épopée française -. Où a pu se former ce blason populaire, sinon de préférence dans les grandes foires de France, fréquentées par les marchands et les chang-eurs lombards, ou bien, comme il résulte ici de la localisation à Saint-Domin, sur les routes de pèlerinage ? et pourquoi ce blason a-t-il pénétré dans les chansons de geste, sinon parce

1. Voyez Fr. Novati, // Lombardo e la lumaca, dans le Giornale storico delta letleratura ifaliana, t. XXII, p. 333-53 (article reproduit, avec additions, dans AUraverso il inedio evo, 1903, p. 139). On trouvera dans cette belle étude des références aux textes français qui raillent la couai-dise des Lombards.

2. Voyez aussi R. Renier^ Ricerche sulla leggenda di Uggicri il Danese in Francia dans les Memorie délia R. Accademia di scienze di Torino, 2*^ série, t. 41 (1891), p. 419.

J. BÉDiER. — Les légendes épiques, t. II. 14

210 Li;S CHANSONS Dli; C.ESTI:: ET LES KOUTES d'iTALIE

que les chansons de geste s'adressaient à l'ordinaire soit à des pèlerins, soit au public des foires?

L'obscur patron de Borgo san Donnino étant demeuré un inconnu pour tout le reste de la chrétienté, quelle surprise de le voir, dans un roman français, dans la chanson d'Asprenionf, guider en personne ïost de Gharlemagne et protéger Roland dans» la mêlée ! C'est au moment où va s'engager, dans les monts de Calabre, la bataille décisive entre Agolant et Charles :

Par nii un tertre vienent troi chevalier :

D'une monteigne les virent abaissier ;

Blanches lor amies et blans sont li destrier.

Il ne linerent jusqu'au conroi premier

Dont ( Jgiers fu maistres confanonniers,

llolanz G lui, ques ot a jostissier... '

.111. chevaliers vienenl esperonnant

Dune monteigne, dou costé d'un pendant.

Issi com vont les conrois trespassant.

Il ne parolent, qu'il n'est qui lor damant ;

Aus premerains an sont venuz errant.

Ogiers parole hautement en oiant :

« Com avez non, vasax au cheval grant ?

Ne vos conois, por ce sel vos demant.

Estez iluec ; ne venez en avant. »

Cil li respondent : « Atrempe ton talant.

Jorge m'apelent la ou je suis menant » -.

Les deux compagnons de saint Georges sont saint

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