IMOLA
près d'Imola, Berthe, qui est enceinte, se laisse tomber dans une forêt, au bord dune fontaine :
308 La dame è si grose qe a peine poil aler. A preso de Ymole a une fontane cler Qe ilec estoit fora por la river, Ilec partori li son fîo primer:
Ço fu Uolando, li meltre çivaler.
De même que Jésus, Roland na(|uit pavivre et fugitif. Il ne pleura pas en naissant, comme les autres enfants ; quand on voulut l'emmailloter, il regimba contre les langes : « Celui-là, dit Berthe, sera un homme fier », Bientôt une vision lui apprit qu'elle devrait un jour à ce fds de rentrer dans son pays. Au bout d'un mois, Berthe et Milon se remirent en route. Ils ne menaient pas après eux, comme les riches marchands, des bêtes de somme chargées d'or et d'argent ; ils n'avaient rien à porter, que leur enfant.
D'Imola, ils vont à Sutri (v. 390), c'est-à-dire qu'ils suivent la l'oute décrite par Albert de Stade et ^lathieu de Paris, traversant Forli, Bagno, Arezzo, Castiglione, Viterbe.
Près de Sutri, ils s'arrêtent dans un bois, où Roland grandit. Nous les y retrouverons bientôt, car Gharlemagne viendra les y chercher : c'est le sujet d'un autre poème franco-italien, Orlandino.
Entre ces deux chansons de geste, le manuscrit de Venise intercale les Enfances Ogier ' : Gharlemagne y passe les Alpes pour chasser de Rome les Sarrasins.
1. Cette version dos Enfances Ogier Si été publiée en lOlO.par M. Joachim Reinhold dans la Zeilschrift fur ronianische Philologie.
2li LES CHANSONS DE GESTI'] ET LES ROUTES d'iTALIE
Dans la première branche de la Clicvalerie Qgicr, qui rapporte le même récit, Cliarlemagne ne suit pas la même route que Berthe et Milon ; il ne prend point par Imola, mais par le Monte Bardone :
Karles chevauche et ses granz. oz qui sont ; Passent la terre Toscane et Montbardon ; Aine ne linerent dessi a Sutre vont '.
La route d'imola à Sutri, la route du Monte Bardone à Sutri, ce sont les deux g-rands passages à travers les Apennins. Le poète (ou le compilateur) qui a imaginé le premier de mettre bout k bout ces trois poèmes, Berta e Milone, les Enfances Offier, Orlandino, a imaginé en même temps de répartir ses écrits entre ces deux routes: l'action de Berta e Milone se déroule sur l'une, l'action des Enfances Ogier sur l'autre, et toutes deux trouvent leur dénoûment commun dans Orlandino, localisé à Sutri, c'est-à-dire dans un bourg où se réunissaient, en elîet, les voyageurs qui avaient suivi soit lune, soit l'autre de ces deux routes.
Tandis que Roland grandit à Sutri, et en attendant que Gharlemagne vienne l'y trouver, nous suivrons, nous aussi, l'autre route des roniieux.