Fcirster, p. 5 et p
4. M. Fôrster en a publié pour la première fois le texte (p. 32).
J. BÉDiER. — Les légendes épiques, t. II. . 15
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reçoit une grande somme d'argent en échang-e du soulier que le saint Vou lui a donné ; il en dépense une part pour un I)on repas qu'il olfre aux pauvres de Lucques ; le reste, il le leur donne pour l'amour de Dieu :
Por nul avoir ne voet astre encombrés, ^ Ne ne voet estre des chieus desiretés. Puis prent congié et si s'en est aies. iVlout le convoie la gent de la cité, Et, quant il l'ont perdu et adiré, Baisent la terre par ou il est passé.
Et chieus s'en va, a Dieu a son pensé.
Le soir venu, il trouve dans un palais des païens, qui, après l'avoir fait vieller longtemps, lui ordonnent de renier le vrai Dieu. Il le confesse au contraire et reçoit le martyre :
De ceste chose se vous ne m'en créés, Li cors en gist a Rome la cité En cler argent et en or esmeré.
Saint Genès est ce comédien romain [miinus, histrio 1), qui, au temps de Dioclétien, tourna en dérision snr la scène, parce que son rôle le voulait ainsi, les mvstères des chrétiens; mais qui, soudain illuminé par la vérité du christianisme, la confessa sur le théâtre même : et chacun retrouve dans sa mémoire le Saint Genest de Rotrou.
Or, en ce « mime » et en cet « histrion », les jon-
d. Fôrster, p. 20 et suivantes.
fleurs de France avaient reconnu lun des leurs, et saint Genès devint, avec saint Julien, lun de leurs patrons. D'autre part (ce fait a aussi été remarqué par M. Fôrster), plusieurs églises du pays de Lucques étaient placées sous Tinvocation de ce saint.
Si l'on cherche à interpréter ces données et à les classer chronolog-iquement. Tordre de succession qui semble d'abord le plus naturel est celui-ci : 1° A l'origine (que cette forme de la légende soit née en Toscane ou en France), le héros était un jongleur dont le nom n'était pas indiqué. 2° Puis, on l'identifia avec saint Genès : et qui peut avoir eu le premier l'idée de cette identification, sinon un jongleur de France qui tenait déjà ce saint pour l'un des patrons de sa corporation ? 3° Cette légende fut portée (ou rapportée) à Lucques, où elle induisit les clercs de ce diocèse à placer certaines églises du voisinage sous le vocable de san Genesio '.
Si naturelle que semble cette interprétation, il est difficile de s'y arrêter. En effet, la plus considérable de ceséglises, et de laquelle dépendaient à la fin duKii** siècte trente-cinq autres églises, était importante déjà au viii^ siècle, et dès le vm** siècle, elle était placée sous le vocable de san Genesio 2.
1. On peut réduire ces deux étapes de la légende à une seule, si l'on suppose que le héros du récit a été dès lorioine saint Genès, et que son nom esl par la suite tombé de quelques formes du récit.
2. Julius Jung, art. cité, p. 4 et p. 64. Dès 735, une assemblée d'évèques se tient à San Genesio, pour juger un conflit entre les évêcliés d'Arrezo et de Sienne. En 763, l'évèque
228 LES CHANSONS DE GESTE El' LES ROLTES Ij' ITALIE
Au VTir siècle, il est probable que le Santo Vollo n'était pas encore à Lucques ; au viii'' siècle, il est certain (|u»> la légende du Jongleur de Lucques n'existait pas encore.
Or il y avait une église de Saint-Genès sur la Via francigena pererjrinorutn : dans \ Itinéraire de Sigeric de Gantorbéry, la quatrième station avant Lucques (à p'^artir de Rome) est Sai nf -Denis, SainZ-Denis de Bonrepasi dans l'Itinéraire de Philippe-Aug'uste, localité qvie M. Grôber ' identifie de façon certaine avec San Genesio, paroisse de San Miniato, sur une colline entourée par l'Eisa et l'Evola.
Dira-t-on que nous sommes ici en présence de deux ordres de faits sans connexion historique : d'une part, le culte de saint Genès implanté dans le diocèse de Lucques, — d'autre part, dans le Nord de la France, en Picardie ou en Champagne aussi bien, la fantaisie d'vm jongleur qui aura identifié le ménestrel innomé de Lucques avec saint Genès, sans savoir que ce saint
Peredeo de Lucques y nomme recteur le prêtre Ratperto. En 931, Pierre, évêque de Luccjues, charge un certain Rodiland d'un ministère religieux « in ecclesia saneti Genesii et sancti Johannis Baptistae in vico Wallari pi'ope llumenElsac >> — Les BoUandistes (AA. SS., t. V d'août, p. 1191) parlent d'une auti'e église de San Genesio in pago Luccnsi à Bargecchia, qui est un lieu de pèlerinage pour les épileptiques. << E un villagio situa to sopra un colle a cavalière délia strada che conduce a Genova, davanti alla pianura littoranea di Viareggio, da cui distu 7 chilometri a greco » (Amato Amati, Dizionario corof/rnfico). J'ignore à (juelle époque lut l'ondée celte église.