‹ Les légendes épiquesChapitre 89 sur 163 · Rajna, / Reali di Francia, p · texte numérisé non relu

Rajna, / Reali di Francia, p

5. C'est le sujet de son bel article intituler Un' iscrizione nepesina.

6. Tomassetti, arl. cité, p. 635. On y trouvera réunis de noml)reux renseignements sur l'importance de Sutri au moyen à o'e .

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lions fréquentes de ce bourg dans les chansons de g-este ; par là, comme l'a dit M. Rajna en une étude mémorable, s'explique aussi l'inscription de Nepi (à 10 kilomètres de Sutri), où, dès l'an 1131, les chevaliers et les consuls de Nepi, se liant par un serment, employaient cette formule d'exécration : « Turpissimam sustineat mortem ut Galelonem qui suos tradidit socios ' . »

Ces deux poèmes carolingiens, Berta e Milone, Orlandino, que nous venons de rencontrer sur la route des pèlerins, sont écrits comme tant d'autres, en ce jargon hybride que l'on appelle le « franco-italien )). Idiome bizarre, qui jamais ne fut parlé nulle part : comment s'en expliquer la formation? Au jugement de plusieurs critiques-^, elle résulterait du fait que, dans l'Italie du xiii*' siècle, la langue française était à la mode dans les hautes classes de la société. Mais cette opinion ne semble pas fondée : c'est bien au bas peuple que ces poèmes s'adressaient surtout '. Un texte précieux de la tin du xni'' siècle le prouve, en même temps qu'il peint au vif l'un de ces chanteurs de geste d'Italie : juché sur vme haute estrade, le chanteur lance à toute voix des tirades qui célèbrent Charlemagne. Ces tirades sont en vers français, qu il

i. Voir Pio Rajna, dans la Romania, t. XXVI (1887), p. 49.

2. Voyez notamment Gaspary, Geschichte der italienischen Lileralur, t. 1(1885), chapitre V, p. 122.

3. Ce qui n'empêche pas que les grands seigneurs pour qui Nicolas de Vérone composa sa Pharsale et sa Prise de Painpelune aient pu s"v plaire.

236 LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d'iTALIE

émaille de barbarismes : autour de lui, la plèbe charmée [plcheciila, ])oj)cllas, ru U/ us] écoute son Orphée' :

Fontibus irriguam spaliabar forte per urbem Que Tribus a vicis nomen tenet, ocia passu Gastigaas modico, cum celsa in ^de theatri Karoleas acies et ji;allica gesta boantem Gantorem aspicio : pendet plebecula circuni, Auribus arrectis ; illam suus alHcit Orpheus. Ausculto tacitus : Francorum dedita Hnguae Carmina barbarico passim déformât hiatu, Tramite nulla suo, nuHi innitentia peaso Ad libitum volvens. ^'ulg•o tamen illa placebant ; Non Linus hic illum, non hic equaret Apollo...

Ce pauvre hère faisait de son mieux : s'il avait su manier le bel français de Chrétien de Troyes et de Kaoul de Houdenc, il aurait sans doute préféré ce langage ; mais les petites gens qui l'écoutaient ne l'eussent compris ni plus ni moins. Ses auditeurs n'avaient besoin, pour se plaire à ses chants, que de regarder sa mimique, de comprendre en gros la teneur générale du récit, et de savoir que la geste de Charlemagne devait nécessairement être chantée en cette langue mystérieuse, presque hiératique, consacrée par la tradition. Or, de qui pouvait provenir une telle tradition, sinon de plus anciens jongleurs. Français ceux-là et s'adressant à des auditoires composés surtout de Français ? Ces jongleurs et ces audi-

i. Epistole inédite di Lovalo do Lovali, publiées par C. Follio-no dans les Studi medievali, t. 11 (1906), p. 49.

teurs français, où les gens d'Italie ont-ils pu les voir, sinon sur la via francigena perec/rinorum ?

Dans la première branche de la Chevalerie Or/ier^ on raconte comment Ogier refoula les Sarrasins vers Rome et les poursuivit jusqu'à Mon joie :

Dusqu'a Monjoiesi ferrant les mena N"i ot païen qui aine i demorast '.

Dans Amiet Aniile ', le comte Ami, devenu lépreux, s'achemine ^vers Rome, accompagné de deux serfs fidèles, pour y demander asile au pape, son parrain. Ils suivent cette route du Monte Bardone que nous venons de parcourir :

Far Monbardon s'en sont outre passé ; Ne me chaut mais des jornees conter.

Tant ont tuit troi esploitié et erré De Rome virent les murs et les pilers. Droit a Monjoie descent Ami li ber.

Comme on doit l'attendre de poètes qui connaissaient si bien la viaperecf/inoruni, leur Monjoie n'est pas un nom imaginaire : de nombreux textes témoignent que de leur temps on désignait réellement sous ce nom la

1. La Chevalerie Ogier, éd. Barrois, v. 977. Voyez, sur Mo7ijoie, P. Rajna dans l'A /'c/iii'jo slurico délia lelteratura italiana,

art. cité (18S7), p. 48-9.

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