‹ Les légendes épiquesChapitre 88 sur 163 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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convoque à sa cour les bourgeois de Sutri, le « capitaine des enfants » décide d'y aller, lui aussi, et de s'asseoir à la table de l'empereur; mais, comme il est en haillons, ses petits compagnons, qui le voudraient mieux vêtu et qui n'ont pas d'argent pour lui acheter des habits, déchirent les leurs, en rassemblent les lambeaux et l'en accoutrent ' . En ce costume bigarré, Roland s'assied, malgré les sergents, à la table de Charlemagne, mange et boit largement, mais met en réserve de la chair et du pain. « Pour qui? lui demande l'empereur. — C'est pour mon père et pour ma mère », répond-il ; puis, emportant son butin, et vainement suivi par les hommes de Charles, il fuit jusqu'à la caverne, où Milon et Berthe s'effraient de l'aventure. Ils s'efforcent le lendemain de retenir leur enfant; mais il leur échappe, s'assied de nouveau à la table royale; et les barons s'émerveillent de sa beauté et de sa fierté :

Un lion semble o un drag:on marin.

Comme la veille, il s'esquive, emportant des vivres ; il dépiste ceux qui le poursuivent et rejoint ses parents. On devine la fin et comment, le troisième jour, Charlemagne, l'ayant suivi jusqu'à la caverne, reconnaît les exilés et leur jDardonne pour l'amour de leur enfant, qui sera, un jour, dit-il, « le faucon de la chrétienté ».

1. Telle devait être primitivement la marche de cet épisode, diversement altéré dans les récits que nous avons. Voyez P. Rajna, /. laucl.

23 i LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d'iTALIE

L'osf se remet en route vers la France :

Davant Karlon pnr le çaniin feré \'ait lioland sor li palatVo feltré.

On montre encore à Sutri une grotte naturelle, qu'on appelle la Groita d'Orlando '. Aux environs, sur la route de Sutri à Vetralla, une chênaie conserve le nom de Roland - ; on voit aussi à Sutri les ruines du palais où Charlemag'ne vit pour la première fois son neveu •^.

Pourquoi cette lég-ende est-elle localisée à Sutri ? « C'est peut-être, écrivait en 1872 M. Pio Rajna, qu'une tradition populaire s'était formée là. Dieu sait comment '•. .» Depuis, M. Pio Rajna a ravi à Dieu son secret, g-ràce à cette simple remarque que Sutri était une étape du pèlerinage de Rome^.

Par là, par le fait que Sutri était, selon l'expression d'un historien de la campagne romaine, \a.sfazione principalissima délia via Cassia*', s'expliquent les men-

1. D'Ancona, Tradizioni caroUngie in Italia [Atti délia Accadeinia dei Lincei, 1889, p. 424 ; tradition rapportée d'après un ouvrag-e que je n'ai pu me procurer : c( Castellano, Stato ponti- /ico, p. 257 ))).

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