‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 111 sur 161 · RÉSUMÉ DE LA LÉGENDE DOGIER · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE LA LÉGENDE DOGIER

a juré de ne laisser nulle trêve au roi tant qu'il n'aura pas tué de sa main le meurtrier de son fils. Ogier obstiné dans son désir de tenir ce serment, Charlemagne traquant son ennemi pour le réduire à l'impuissance, c'est l'histoire mélodramatique et toujours aimée des publics populaires, d'un révolté, d'un bandit sympathique qui, — tel Girard deRoussillon, tel lsembardou Renaud de Montauban, — lutte contre des persécuteurs non moins sympathiques : car Chariot regrette d'avoir tué le fils d' Ogier, souffre de la détresse de son ennemi, voudrait l'apaiser. Qu'il suffise ici de rappeler les traits essentiels de ce beau conte de vendetta : Ogier, recueilli par le roi des Lombards, Désier, qui refuse de le livrera Charlemagne; la bataille rangée que Désier et Ogier livrent à Charlemagne dans les plaines de Lombardie ; puis, la fuite héroïque du rebelle, le long de la voie romaine de Pavie au Mont-Bardon ; le siège de sept ans qu'il soutient dans Castel-Fort, en Toscane, et les beaux vers énergiques qui disent sa misère, quand il ne reste plus de vivants dans son château que lui et son cheval Broiefort :

8349 Quant il vuet moire, par soi le vait chargier, Et le mol in vait par lui afaitier.

Quant veut de l'eue, du puich le va sachier Et chaufe s'eue et met sus le trepier, Et sa farine va li dus tamiser, Pestrir sa paste quant il est rebraeiés ; Chaufe son for, tôt ce li a meslier, Tome son pain et met sor le tablier; Li bers Tenforne, n'i a autre fornier.

A la foïe est li bers quisiniers, Et, quand il vuet ne boivre ne mengier, Sa table met, n'a autre despensier,

Et puis va traire du vin en son celier :

Par lui tôt seul a la table s'asiet.

A Broiefort s'en revient, son destrier,

Fuerre et avainne li done volentiers.

Puis li souslieve trestous les quatre pies ;

Ou il n'a fer, li bers si li asiet,

Si Ta defors bien rivé et ploie...

Gomment ne pas rappeler au passage, même en ce sommaire rapide, la scène prodigieuse de la sortie d' Ogier? Il a décidé de quitter Castel-Fort le soir même; mais son ennemi Chariot, qui a surpris son dessein, Ta conjuré de lui dire tout ce qu'il veut faire, lui promettant en retour de ne pas tirer profit de ce qu'Ogier lui aura confié ; et Ogier lui a avoué qu'il comptait, la nuit venue, se glisser à travers le camp ennemi jusqu'à la tente du meurtrier de son fils et le tuer ; et c'est pourquoi, tandis qu'Ogier vient vers lui dans les ténèbres, l'épée nue, Chariot, fidèle à sa promesse, l'attend couché sur un lit, dans sa tente qu'il n'a pas fait garder, désarmé. Ogier le manque et fuit, poursuivi de nouveau de repaire en repaire jusque dans les marécages de TArno, puis plus loin encore.

« Il est enfin fait prisonnier \ mais non par la force des armes. I/archevêque Turpin, revenant de Rome, le rencontre dormant dans une vallée; malgré son amitié pour lui, le serment prêté à l'empereur l'oblige à s'emparer du rebelle. 11 Je charge de liens pendant son sommeil et ramène à Paris. Charlemagne veut aussitôt le faire périr de la mort la plus cruelle; mais Chariot plaide pour lui, et Turpin propose

i. J'emprunte ce résumé de la fin du roman à Y Histoire poétique de Charlemagne, p. 309.

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