‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 120 sur 161 · Ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

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cette innovation, un long succès eût déjà habitué les esprits, autour de leur église, à associer leur Ogier et TOgier des jongleurs? S'ils ont dédié ce monument non pas au moine Ogier, mais au preux Ogier, s'ils ont entouré sa tombe de héros de chansons de geste, s'ils se sont procuré ces grandia ossa que Montaigne admira, s'ils ont encombré leur sacristie d'un écu d'Ogier et de son espadon gigantesque, c'est que, bien avant la construction de ce monument, les jongleurs, d'accord avec eux, célébraient le bon Danois autour de son sanctuaire. Sans quoi; si l'Ogier des chansons de geste n'avait pas été mieux connu à Meaux qu'Engelier le Gascon ou qu'Anseïs de Carthage, comment se représenter Tétonnement de l'architecte et des tailleurs de pierre quand on leur commanda cet étrange monument? et Tébahissement des dévots qui fréquentaient l'église, au jour où il y virent pour la première fois, en pierres toutes neuves, le preux Olivier et la belle Aude aux longues tresses ?

Si les moines ont construit ce mausolée, sans risque d'un scandale, c'est qu'ils avaient su se former un public habitué à entendre aux portes de leur monastère une Chevalerie Ogier plus archaïque que celle que nous avons et un Moniage Ogier. C'est un de ces monuments qu'on ne construit qu'après fortune faite : et ils l'ont bâti pour attirer à leur église de nouveaux visiteurs.

Plus tard, quand les chansons de geste furent passées démode et qu' Ogier ne fut plus rien que le valet de trèfle, saint Fiacre et la Becnaude supplantèrent Ogier et leur rendirent les mêmes services. Mais la légende d'Ogier était plus belle *.

1. J'interprète le surnom de « Danois » attribué à Ogier comme

OGIER ET LE MOTNE DE SÀINT-GÀLL 311

Ogier le Danois et le Moine de Saint-Gall.

Tous ceux qui ont parlé de la Chevalerie Ogier ont parlé en même temps du Moine de Saint-Gall. Je me conformerai à cette tradition.

Le moine de Saint-Gall * composa entre 884 et 887 et dédia à Charles le Gros son De Gestis Caroli Magni 2 . C'est un recueil d'anecdotes, parfois niaises (l'histoire du rat et de Tévêque), parfois tendancieuses (l'histoire des larmes de Charlemagne à la vue des barques normandes), souvent instructives et pittoresques. L'auteur en tenait un certain nombre de son maître, le moine Werimbertus, et du père de celui-ci, Adalbertus ; Adalbertus avait servi dans sa jeunesse sous le duc Gérold, beau-frère de Charlemagne ; vieux, il aimait à raconter ces historiettes au futur Moine de Saint-Gall, alors tout enfant 3 . Voici celle qui nous intéresse 4 :

l'a fait M. Becker dans le Literaturblatt [art. cité) et dans son livre intitulé Die Heldensa'ge (1906, p. 84) . c'est un emprunt à la Chanson de Roland, où Ogier a de Danemarche » était un comparse sans histoire. De même pour Girard « de Roussillon ».

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