Ouvr. cité, p
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bien plus qu'à celle de son cheval, et surtout aux quelques phrases que Ton va lire, où il commente l'entrée d'Ogier au monastère :
Qui igitur in conffictu militari semper fugae ignarus fuerat, mundum fugere decrevit, et qui nobilissimi régis Francorum vexillum ferre consueverai, fugii ad vexillum crucis, bajulans crucem Domini in processionibus dierum dominicorum.
Qui hostibus visibilibus terribilis fuerat in acie ordinata, tanquam par Rollando, aut certe major, factus est terribilis hostibus invisibilibus. Miles igitur gloriosus, quo praesente exercitus Karoli victoriam semper consecutus est, factus est miles Christi Meldis, pro lorica militari colobio monachi indutus. Suspensum est generosi ducis scutum in monasterio Meldensi, reservata sunt arma bellatoris incliti, cujus jussione equus laborem insolitum subiit, vehens lapides ad repara tionem ecclesiae illius qui est lapis justitiae.
Il suffit d'avoir lu quelques vies de saints pour en reconnaître ici le ton et le tour. Neckam ne voulait découper dans une Vie de saint Ogier qu'un récit relatif à son cheval ; mais il a donné son coup de ciseaux trop haut et trop bas, en sorte que le caractère hagiographique de son récit est reconnaissable ; il ajoute, ce qui achève de prouver qu'il transcrivait un écrit émané de Saint- Faron 1 , que le roi, reconnaissant à Ogier de sa prouesse, fit présent à ce monastère de quatre riches domaines.
Il est donc avéré que les moines de Saint-Faron, non contents de leur antique Conversio Othgerii militis, avaient composé en outre à sa louange une autre Vie plus
\. Comme l'a remarqué avec raison M. Rajna, dans la Romania, t. XX1IÏ, p. 55.
fabuleuse, où ils prolongeaient sa vie jusqu'au temps de Louis le Pieux et l'égalaient à Roland : et cet écrit hagiographique est la source d'Alexandre Neckam. Mais cette source à son tour, puisqu'elle contenait la légende épique du vieux cheval retrouvé, ne faisait sans doute, selon l'expression de M. Pio Rajna, que reverser les eaux venues d'un poème français plus ancien, et il a dû exister une chanson française du Moniage Ogier ^ comme il existe une chanson française du Moniage Guillaume.
De deux choses l'une : ou bien cette chanson du Moniage Ogier a vraiment existé, et c'est cette chanson qu'ont pareillement exploitée les moines de Meaux et l'auteur de la Chevalerie Ogier] .ou bien elle n'a pas existé : l'histoire du vieux moine qui retrouve son cheval de guerre est une légende de cloître, prise par les moines de Meaux à d'autres textes latins, et l'auteur de la Chevalerie Ogier a exploité ce document issu du monastère de Meaux.
Qu'on choisisse l'une ou l'autre de ces deux explications, il n'importe : elles nous montrent l'une et l'autre, une fois de plus, les légendes épiques passant et repassant, par un mouvement perpétuel de va-et-vient, des moines aux jongleurs, des jongleurs aux moines.
Pour passer des moines de Saint-Faron aux jongleurs, la légende d'Ogier ne devait pas avoir à faire long voyage. Les jongleurs devaient chanter d'Ogier, les jours de foire, aux portes de l'abbaye. Je n'en veux d'autre preuve que le mausolée même d'Ogier.
Ce monument, en effet, pourquoi l'a-t-on édifié ? Mabillon le croyait à peu près contemporain de la mort d'Ogier, en vertu d'un raisonnement peu archéologique.
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mais qui n'en a pas moins sa force. Il l'expose dans les Acta Sanctorum, il le répète dans ses Annales, en ces termes : « Non video quid Faronianos tum movisset [au XI e ou au xir" siècle] ut hominibus jampridem vita functis et ex hominum paene memoria fugientibus sumptuosum monumentum, cui fere simile pro tempore vix invenias, paraverint. » Nous, qui, par des preuves archéologiques, savons aujourd'hui que le mausolée est de la fin du xn c siècle, nous sommes tenus pourtant de répondre à la question de bon sens posée par Mabillon : trois siècles après la mort d'Ogier, pourquoi les moines de Saint-Faron lui ont-ils dressé un mausolée? qui a pu en faire les frais?
— La famille! répond M. Riezler 1 , qui sait que le monument date de la fin du xu c siècle. Comme s'il se fût trouvé en France, à la fin du xu e siècle, plus de deux ou trois familles en état de faire remonter leur généalogie jusqu'au temps de Charlemagne ! — A moins, ajoute d'ailleurs M. Riezler, que ce monument ait été élevé par les moines de Saint-Faron, « par reconnaissance des donations qu'ils tenaient d'Ogier. » A trois siècles de distance de ces donations, ce témoignage dispendieux de reconnaissance serait en vérité chose méritoire ! A mon sens, l'explication est autre. Que l'on veuille bien considérer la dépense d'argent importante que représente une telle bâtisse, et surtout la hardiesse que suppose une telle nouveauté : un monument élevé dans une église à un héros de roman ; ne faut-il pas qu'au jour où les moines consentirent cette dépense et risquèrent