P. xxxv
un « soldat-trouvère » dit M. Philippe Lauer 1 , et G. Paris ajoute : « A cette époque, ceux qui livraient les combats savaient aussi faire les chansons. » Un seul critique s'est permis un doute, et c'est M. Gustave Lanson. Il dit grand bien de Bertolai, mais il met entre parenthèses cette condition à l'estime qu'il lui accorde : «< si jamais Bertolai a vécu 2 . »
Pourquoi cette réserve en présence d'un témoignage formel? Peut-être M. G. Lanson s'est-il rappelé certains Bertolais de l'épopée grecque et de l'épopée latine. Par exemple, au chant VIII de l'Odyssée, quand Ulysse s'assied au foyer d'Alcinoos comme un hôte inconnu, l'aède Démodocos prend sa lyre. Ce qu'il chante, c'est la querelle qui s'éleva dans un festin entre Achille et Ulysse : Ulysse l'entend redire cette aventure de sa propre vie :i ; il se couvre le visage de son large manteau de pourpre et pleure. Le témoignage d'Homère est formel : les hellénistes se croient-ils pourtant tenus de croire que, du vivant même d'Ulysse, un « témoin oculaire » a chanté sa querelle avec Achille? Est-on tenu de croire que Dictys de Crète et Darès de Phrygie ont assisté au siège de Troie? Que l'archevêque Turpin, préparant sa chronique, a pris des notes à Roncevaux? Et le clerc Philomena au siège de Narbonne? En 943 donc, Bertolai
i. Le Règne de Louis IV d'Outre-Mer, 1900, p. xm et p. 275.