D'Achery, Spicilège, t. II, p. 505 ; Jaffé
Les débuts de son culte n'allèrent pas sans difficultés, par suite d un conflit qui opposa pendant près d'un siècle les évêques d'Autun et les abbés de Vézelay 1 . Dans les dernières années du xi e siècle, Tévêque d'Autun Norgaud frappa d'interdit le pèlerinage de la Madeleine, et il fallut, pour lever cette défense, une bulle du pape Pascal II, qui, vers Fan 1104, recommanda à l'archevêque de Sens, aux évêques de Nevers, d'Autun, de Langres et d'Auxerre de protéger Vézelay contre toutes vexations 2 . Désormais, autorisé par le Saint- Siège, le culte de la Madeleine de Vézelay est consacré, et son sanctuaire devient un des plus illustres de la France. Dès 1110, le légat du pape Richard y assigne rendez-vous. Faut-il rappeler que c'est là, auprès des reliques de la Madeleine, que saint Bernard, à Pâques de l'an 1147, prêcha la croisade devant Louis VII; là que Thomas Becket, en 1166, lança l'excommunication contre le roi d'Angleterre ; là que des milliers de croisés vinrent prendre leur bourdon de pèlerins ; là que Richard Cœur de Lion et Philippe- Auguste se rencontrèrent au moment d'entreprendre le voyage d'outre-mer? Mais nous n'avons pas à descendre si bas dans le cours des temps : seuls les commencements du pèlerinage nous intéressent ici. Pour l'accréditer, les moines de Vézelay
1. Les abbés soutenaient que l'abbaye était un alleu de saint Pierre et se réclamaient de la « liberté romaine » : ingenua liber tas, ingenita ecclesiae nostrae liber tas, ces mots reviennent sans cesse sous la plume de l'auteur de la Chronique de Vézelay, Huon de Poitiers (lequel ne raconte d'ailleurs que les phases récentes de la lutte).
2. Nous ne connaissons cet interdit que par la bulle de Pascal II, qui le lève (Spicilège, t. III, p. 469).
répandirent divers récits de la translation de sainte Marie-Madeleine. Tous appartiennent à la seconde moitié du xi e siècle ou aux premières années du xn° ; c'est dans le même temps qu'apparaissent la chanson primitive de Girard de Roussillon et la Vita Girardis comiiis. Nous sommes enfermés entre ces deux dates : 1050 environ, où naissent les premières légendes sur la Madeleine bourguignonne, 1100 environ, où ce travail légendaire est achevé et où la tradition se fixe. Dans cette courte période de cinquante à soixante années, quatre récits ont été propagés tour à tour par les moines de Vézelay, dans l'ordre que voici :
1° Tout au début, sous l'abbé Geoffroi, donc aux alentours de l'an 1050, ils répandirent un premier écrit 1 où ils se bornent à raconter les plus anciens miracles accomplis auprès de la châsse de Madeleine. Mais cette châsse, comment l'avaient-ils ? Voici leur réponse ; elle montre que jusque-là ce problème ne les avait guère préoccupés : « Beaucoup de gens demandent comment il a pu se faire, puisque sainte Marie-Madeleine vivait en Judée, que son corps ait été apporté d'une région si lointaine jusque dans les Gaules. Il faut leur répondre en peu de mots que rien n'est impossible à Dieu et qu'il accomplit sans peine ce qui lui plaît pour le salut des hommes. Il faut en outre leur donner cette preuve certaine [de l'authenticité de nos reliques] que la plupart de ceux qui en ont douté ou qui nous ont opposé quelque contradiction ont été châtiés par Dieu, sur quoi ils sont venus ici confesser leur incrédulité et ils ont obtenu leur pardon par l'inter-