La Chevalerie Ogier, éd. Barrois, v
144 LES CHANSONS DE GESTE ET LES ROUTES d'iTAUE
De cha Monjeu fu Kalles herbe rgiés.
Il vit le graille et le noif et le giel Et le grant roce contremont vers le ciel :
c E ! Deus, dit Kalles, et car me consilliés De cest passage dont je sui esmaiés, Car je n'i voi ne voie ne sentier Par ou je voise ne puisse repairier. *> Deus ama Kalle et si l'avoit mult chier, Si li envoie un message mult fier :
Par mi les Loges 4 vient uns cers eslaissiés, Blans corne nois, par mi Monjeu se fiert, Et dist li rois : « Or après, chevalier !
Vés le message que Deus a envoie ! »
François l'entendent, aine ne furent si lié ; Après le cerf aquellent lor sentier.
Mongieu passa li rois qui France tient, Aine n'i perdi serjant ne chevalier, Ne mul ne mule, palefroi ne somier ; Huit jors i mist a passer toz entiers.
Tôt droit Aûste est Kalles herbergiés, Dusc'a la Cambre alerent li princier.
Li rois herberge de la outre Mongis ; Grans sunt les os qui le règne ont porpris.
Li jogleor ont lor vieles pris, Grant joie mainnent devant le fil Pépin :
Li rois fu liés, si ot beû du vin.
Le Mont Saint-Bernard, Aoste et la Cambre, c'est-àdire Caméra au nord d'Ivrée entre Settimo et Bard 2 r voilà un premier itinéraire bien dessiné.
1. Je crois bien faire d'écrire Loges par une majuscule. Ce sont sans doute ces Logiae dont nous parle, entre autres chroniqueurs, Jacques d'Acqui.
2. Cf. Theodor Mûller, Zur Géographie der à lier en chansons de geste (diss. de Gôttingen), 1903, p. 12.
Mais Tentrée principale des pèlerins était par le Mont Cenis et par le val de Suse. Là se dressait sur leur voie Thôpital du Mont Cenis, dépendance de l'abbaye de la Novalese : nous viendrons bientôt y recueillir des légendes.
Tous les chemins mènent à Rome, dit le proverbe ; mais je n'aurai garde de conduire le lecteur par tous les chemins. Si les légendes carolingiennes que nous rencontrerons en Italie aux époques anciennes se distribuaient entre toutes sortes de villes et de régions, il serait possible sans doute de relier entre elles et avec Rome, par des tracés ingénieux, ces villes et ces régions. Mais, si j ai besoin d'efforts d'ingéniosité en ce sens, ce sera un indice sûr que ma thèse est fausse ; et ce sera au contraire un indice qu'elle est peut-être juste et que maintes légendes se sont en effet formées sous l'influence du pèlerinage de Rome, si nous constatons que les légendes carolingiennes viennent se placer d'ellesmêmes sur la route vraie, non pas sur des chemins détournés, accidentels et qui allongent, ni à quelques lieues à gauche ou à droite de la route, mais sur la chaussée même par où se faisaient normalement les plus grands passages de pèlerins. Pour déterminer en gros la route la plus fréquentée, il suffit de regarder dans le Corpus inscriptionum latinarum le tracé des voies romaines 1 . Que l'on vienne du Mont Cenis par Suse et Turin, ou du Grand-Saint-Bernard par lvrée, la route passe par Pavie et Plaisance et l'on suit la voie
1. T. V*du Corpus (Liguria et Transpadana) et t. IX (Viae publicae Italiae mediae et inferioris).
J. Bbdibr. — Les légendes épiques, t. II. 10
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Emilienne parModèneet Imola, pour franchir les Apennins vers Bagno ; on rejoint à Arezzo la voie Cassienne, qui conduit à Rome par Viterbe et Sutri.
Une partie seulement de ce trajet peut varier sans que la route en soit allongée ou rendue plus difficile : c'est si Ton préfère abandonner la voie Emilienne avant Parme pour franchir les Apennins au col de la Cisa et gagner Pontremoli, Lucques, Sienne, Viterbe.
Ces itinéraires suivent à l'ordinaire des voies romaines. A vrai dire, ce sont des routes éternelles. Il y a intérêt pourtant à connaître quelles étaient les stations où s'arrêtaient de préférence les voyageurs du moyen âge.
Nous possédons, pour la période qui nous occupe, de nombreuses descriptions de cette double route. Il suffira à notre dessein de nous servir de celles-ci :
1° De l'itinéraire de Sigeric, archevêque de Canterbury (-J* 994), qui va de Borna usque ad mare, c'est-àdire jusqu'à la Manche, en passant par le Grand-Saint- Bernard { ;
2° de l'itinéraire, donné par les Gesta Henrici II et Ricardi 2 , que suivit Philippe- Auguste en 1191 à son retour de la Terre-Sainte ;
1. Mémorial* of Dunstan, éd. Stubbs, 1874, p. 391 ss. ; Konrad Miller, Die âltesten Weltkarten, t. III (1895;, Stuttgart, p. 156 ss. Voyez surtout, pour le commentaire de ce texte, Julius Jung, Das Itinerar des Erzbischofs Sigeric von Canterbury und die Strasse von Rom nach Lucca dans les Mittheilungen des Instituées fur ôslerreichischeGeschichlsforschung, t. XXV, 1904, p. i, et G. Grôber, Romanisches aus mittelalterlichen Kinerarien dans les Bausteine zur romanischen Philologie, Festgabe fur Ad. Mussafia, Halle, 1905, p. 513.
2. Recueil des historiens des Gaules, t. XVIII, p. 541 , et Mon. Germ. hist. y SS., t. XXVII, p. 131.
Itinéraire < ai
3° de l'itinéraire, décrit sous forme de dialogue entre deux clercs, qu'Albert, abbé de Stade (près de Brème), mort après 12S6, a inséré dans ses Annales Stadenses* . On y marque les stations d'un voyage de Stade à Rome par la Belgique et la France avec retour par le Tyrol ;
4° de l'itinéraire, en forme de carte, qui se trouve dans six manuscrits de la chronique de Mathieu de Paris (-J* 1259). C'est un itinéraire à l'usage des pèlerins qui vont de l'Angleterre à Rome et au Saint-Sépulcre. Il ne décrit pas une route unique, mais, pour certaines régions, les divers parcours possibles 2 .
Il sera suffisant, pour l'instant, de reproduire ici, à partir de Lyon, les stations indiquées par l'itinéraire d'Albert de Stade et par l'itinéraire dit de Mathieu de Paris, en tant qu'ils se bornent à décrire la route qui va par Plaisance, Bagno, Arezzo.
Itinéraire d'Albert, abbé de Stade.
Itinéraire
dit
de Mathieu de Paris.
Distances
en
kilomètres.
Liim sur Rone.
Liun.
Àyri (Heirieux) .
Tur d'espine.
Tur de Pin.
1. Mon. Germ. hist., SS., t. XVI, p. 337. On y donne çà et là le choix entre diverses routes.
2. Il a été publié d'abord en fac-similé par Jomard, Les monuments de la géographie ; puis, de façon plus satisfaisante, par K. Miller, Mappae Mundi, Die âltesten Weltkarten, III (1895), p. 84 ss. Il n'y a aucune raison d'en attribuer la composition à Mathieu de Paris (voy. à cet égard une note de M. P. Meyer dans la Romania, t. XIX, p. 303). La critique de ce texte a été faite excellemment par Ludwig, Untersuchung ûber die Reise- und Marschgeschwindigkeit im XII. und XIII. Jahrhundert, Berlin, 1897, p. i22-9.
La Kebele (la Chapelle).
Mons Catus 1 .
Ake bêle*.
Mon Milian.
Aypere (Epierre).
Chambre (La Chambre).
Ermelium (Hermillon) 3 .
Civitas Mauriana.
San-Michel.
Furneaus.
Termenion.
Land (Lanslebourg).
Mons Sinisius.
Secutia.
Avilian (Avigliana).
Turing.
Salugri (Saluggia).
Lavur (Livomo).
Chamberi.
Egue bêle.
S. Michel (en Maurienne).
Terminum, pour ce que ci termine le val de Mauriene.
L'ospital en pé du mont.
Mont Cenis, ke passe ki va en Lumbardie.
Su se.
Avellane.
Torins, la prime cité de Lunbardie.
Vercellis (Verceil).
Verzeus.
Morters (Mortara).
Papia.
Pavie.
Placentia.
Plesence.
Bur san Domin.
Burg saint Domin 4 .
Parma.
Parme.
Regium (Reggio).
Rege.
Mutina.
Modene.