Nous en parlerons plus loin
3. Je pourrais analyser bien d'autres textes d'origine italienne où Ton voit pareillement des chroniqueurs recourir à des sources historiques authentiques pour y enchâsser des légendes de chansons de geste : Le Panthéon de Godefroy de Viterbe, par
J. Bbdier. — Les légendes épiques ,1.11. 13
194 LES CHANSONS DE GESTE ET LES R0UTE8 D'iTALIE
textes légendaires procèdent de la Vita Hadriani, n'y at-il pas apparence que l'histoire légendaire d'Ogier procède, elle aussi, de la Vita Hadriani*!
Pour résumer ce qui précède en une sorte de tableau synoptiq le (voyez la page ci-contre), si nous représentons par quelques noms propres la substance de chaque texte, on trouve ceci.
Toutes les chroniques qui racontent des légendes sur Désier recourent k la Vita Hadriani; aux mêmes pages de cette Vita Hadriani où il est parlé de Désier se lit tout ce que les chansons de geste nous rapportent de véridique sur Ogier, et je demande : n'y a-t-il pas apparence que c'est là que les poètes ont appris au xi c siècle le nom d'Ogier? Supposition absurde, si Ton se figure des jongleurs du Nord de la France qui liraient au fond de la Picardie ou de la Champagne la Vita Hadriani pour y chercher un sujet de roman ; mais supposition moins téméraire, si Ton se représente des jongleurs français qui hantent la route des pèlerins entre Mortara et Pavie, qui chantent à Mortara la chanson des saints Ami et Amile, et qui recueillent sur Désier et sur son satellite Ogiar quelques données de la bouche des moines ' de Saint- Albin de Mortara ou des prêtres des églises de Pavie, tous clercs intéressés à lire et à exploiter la Vita Hadriani et qui, nous l'avons vu, la lisent et l'exploitent
exemple (Muratori, Rerum italicarum scriptores, t. Vil, p. 406), ou le Manipulus florum (Muratori, t. XI, p. 600} qui combine le texte de Godefroy de Viterbe avec la Vita SS. Amici et Amelii : ou le Chronlcon Brixianum (Muratori, t. XIV, p. 850), qui raconte lui aussi la bataille de Mortara, et qui connaît la chanson de geste franco-italienne de la Prise de Pampelune. Mais je veux m'en tenir ici aux chroniqueurs qui se fondent sur la Vila Hadriani.
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en effet. Et si Ton songe enfin que, pour expliquer la formation des légendes d'Adelchis et d'Ogier, on n a le choix qu'entre cette explication et la théorie des « cantilènes lombardes » et des « cantilènes romanes » du vm e siècle, notre supposition, j'imagine, paraîtra moins téméraire encore.
Nous quittons Pavie, non sans y avoir regardé au passage une relique de Roland : un grand fragment de rocher qu'on y montrait dès le xm e siècle au pied des murailles, et que son bras avait lancé *.