Fôrster, p. 20 ss
christianisme, il la confessa sur le théâtre même : et chacun retrouve dans sa mémoire le Saint Genest de Rotrou.
Or en ce « mime » et en cet « histrion » les jongleurs de France avaient reconnu l'un des leurs, et saint Genès devint, avec saint Julien, l'un de leurs patrons. D'autre part (ce fait a aussi été remarqué par M. Forster), plusieurs églises du pays de Lucques étaient placées sous l'invocation de ce saint.
Si Ton cherche à interpréter ces données et à les classer chronologiquement, Tordre de succession qui semble d'abord le plus naturel est celui-ci : 1° A l'origine (que cette forme de la légende soit née en Toscane ou en France), le héros était un jongleur dont le nom n'était pas indiqué. 2° Puis, on l'identifia avec saint Genès : et qui peut avoir eu l'idée de cette identification, sinon un jongleur de France qui tenait déjà ce saint pour l'un des patrons de sa corporation ? 3° Cette légende fut portée (ou reportée) à Lucques, où elle induisit les clercs de cet évêché à placer certaines églises du voisinage sous le vocable de san Genesio 1 .
Si naturelle que semble cette interprétation, il est difficile de s'y arrêter. En effet, la plus considérable de ces églises, et de qui dépendaient à la fin du xu* siècle trente-cinq autres églises, était' importante déjà au vni c siècle, et dès le vm e siècle, elle était placée sous le vocable de san Genesio 2 .
1 . On peut réduire ces deux étapes à une seule, si Ton suppose que le héros du récit a été dès l'origine saint Genès, et que son nom est tombé par la suite de quelques formes du récit.
2. Julius Jung, art. cité, p. 4 et p. 64. Dès 745, une assemblée
Au vin 6 siècle, il est probable que le Sanio Volto n'était pas encore à Lucques ; au vin e siècle, il est certain que la légende du Jongleur de Lucques n'existait pas encore.
Or il y avait une église de Saint-Genès sur la Via francigena peregrinorum : dans l'itinéraire de Sigeric de Canterbury, la quatrième station avant Lucques (à partir de Rome) est Saint-Denis, Saint-Denis de Bonrepast sur l'itinéraire de Philippe- Auguste, que M. Grober ! identifie de façon certaine avec San Genesio, paroisse de San Mi niât o, sur une colline entourée paï l'Eisa et l'Evola.
Dira-t-on que nous sommes ici en présence de deux ordres de faits sans connexion historique : d'une part le culte de saint Genès implanté dans le diocèse de Lucques; d'autre part, dans le Nord de la France, en Picardie ou en Champagne aussi bien, la fantaisie d'un jongleur qui identifie le ménestrel innomé de Lucques avec saint Genès, sans savoir que ce saint est particulièrement vénéré dans le voisinage de Lucques?
d'évêques se tient à San Genesio pour juger un conflit entre les évêchés d'Arezzo et de Sienne. En 763, révoque Peredeo de Lucques y nomme recteur le prêtre Ratperto. En 931, Pierre, évèque de Lucques, charge un certain Rodiland d'un ministère religieux « in ecclesia » S. Genesii et S. Johannis Baplistae in vico Wallari propre flumen Elsae ». — Les Bollandistes (AA. SS., t. V d'août, p. 119) parlent d'une autre église de San Genesio in pago Lucensi à Bargecchia, qui est un lieu de pèlerinage pour les épileptiques. « E un villagio situato sopra un colle a cavalière délia strada che conduce a Genova, davanti alla pianura littoranea di Viareggio, da cui dista 7 chilometri a greco » ( Amato Amati, Dizionario corografico). J'ignore à quelle époque fut fondée cette église.