‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation de chansons de gesteChapitre 9 sur 161 · P. Meyer, Romania, t. VII, p · texte numérisé non relu

P. Meyer, Romania, t. VII, p

traits que les récits de la chanson renouvelée auront en commun avec la Vie latine devront être considérés comme appartenant originairement au poème primitif, d'où ils seront passés à la fois dans la Vie latine et dans le poème renouvelé. » Attachons-nous donc, avec plus d'application que nos devanciers, à l'examen de ces traits communs : cet effort nous conduira peut-être à une représentation nouvelle de ce que pouvait être le poème primitif.

a) La topographie de la légende.

Considérons les renseignements topographiques que nous donnent le moine et le poète. Les remarques qui vont suivre sembleront d'abord futiles en leur minutie ; on reconnaîtra bientôt, j'espère, qu'elles ne le sont pas.

D'après la chanson renouvelée (§§ 126, 132, etc.), l'une des grandes batailles de Girard contre Charles, celle où se produit le miracle des gonfanons embrasés, eut lieu « dans les plaines de Valbeton » ; d'après la Vita, au même endroit (in valle videlicet Betun) ; mais le moine précise : il ajoute que ce lieu se trouve « entre la montagne de Vézelay et le village de Pierre-Perthuis, » lequel se voit sur toutes les cartes à une lieue au sud de Vézelay. D'autre part, comme on ne voit sur aucune carte aux environs de Vézelay aucun nom qui ressemble à Valbeton, on pouvait croire (et un savant allemand a même échafaudé sur cette opinion tout un système) que cette localisation de Valbeton auprès de Vézelay était le fait du moine 1 ; elle ne serait pas pri-

1. Pourtant, la chanson (§ 141) marque déjà que Valbeton est dans le voisinage d'Avallon, donc de Vézelay.

Environs de Chàtillon-s.-Seine et de Vézelay.

{Mon ami, M. Lucien Gallois, a bien voulu dresser pour moi cette carte, ainsi que les autres cartes que ion trouvera dans cet ouvrage. Je lui en exprime ici ma reconnaissance.)

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mitive, mais récente et tendancieuse. Par malheur, on a fini par retrouver ce très authentique Valbeton. M. Léon Mirot l a découvert, dans un terrier de l'hospice de Yézelay, datant de la première moitié du xix* siècle, « la mention de certains biens sis au climat c'est-à-dire au lieu dit de V au bouton, du finale de Saint-Pèresous-Vézelav. L'atlas cadastral de cette dernière commune permet de préciser davantage : le climat de Vaubouton y est indiqué sur la rive gauche de la Cure, dans la section de Foissy ». En outre, « non loin de Vaubouton, le cadastre mentionne un autre lieu dit, le Charnier, déjà indiqué sous ce nom en 1579, et où Ton met fréquemment à jour des sarcophages dont il subsiste encore des débris à Foissy. » Il suit de là que le poète primitif, en plaçant la bataille et le miracle des gonfanons embrasés non pas dans un lieu imaginaire, mais à Saint-Père-sous- Vézelay, entendait bien placer ces événements au pied même de la montagne où son héros devait un jour élever un monastère. Il suit de là, en outre, que ce premier poète utilisait un dépôt de sarcophages, qu'il avait dû voir de ses yeux*.

Ces faits acquis, voici un petit problème singulier. La chanson de geste dit (§ 126, etc.) que dans la plaine

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