‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 107 sur 152 · Lire, sans doute, deus · texte numérisé non relu

Lire, sans doute, deus

à Yézénobre, Vicenobrium, entre Alais et le gué du Gardon ; La Charniaite à La Calmette, Calmeta, une lieue avant les carrières de Barutel en venant d' Alais V. Ces deux localités sont comme les autres sur la voie Regordane de Nîmes à Gergovie. Aucun doute n'est possible à leur sujet: leur identification est démontrée par leur site sur cette voie et par Tordre où la chanson les énumère. » Les vers 1033, 1048, 975, indiquent le passage du Gardon à Ners, au point que traversent la route nationale n° 106 et la voie ferrée. Areste (v, 855) est Alais ; Nocene (v. 1056) doit sans doute être lu Noceire et désigne probablement Nozière. Quant à Bremarle (v. 1043) et à Lavardi (v. 1057), ce sont sans doute des noms altérés ; mais la carrière désignée semble être celle de Barutel, à deux lieues de Nîmes, d'où les Romains tirèrent la pierre des monuments de Nîmes'2.

Si l'on relève la série de ces données, on voit que la route est ainsi décrite : 1 Paris, — 2 Clermont- Ferrand, — 3 Brioude, — 4 Le Puy, — 5 Regordane3,

1. Voyez le Dictionnaire des Postes et la carte de F Etat-Major.

2. Je dois à M. Lot l'identification cT Areste ; à M. E. Bondurand la remarque sur Barutel et cette remarque sur Nocene : a Nocene (lire Noceire ou Nocerie) est Nozières, à mi-chemin d'Alais à Nîmes, dans les chartes Noderiae (1218), Nuzeriae (1237), Nozeriae (1384), etc. Cf. le Dictionnaire topographique du Gard, de Germer-Durand. »

3. Ricordane, Ricordene est mentionné dans un autre poème de notre cycle, Les Narbonnais (éd. Suchier, v. 1750, v. 5508). Sur cette forêt, sise entre Portes et Genolhac, et dont il est question dans divers documents du xie au xvie siècle, voyez E. Bondurand dans la Revue du Midi, 1900, p. 929; cf. Annales du Midi, 1901, p. 240.

LA VIA TOLOSANA

— 6 Alais, — 7 Vézénobre, — 8 La Calmette, — 9 Le Gardon, — 10 Nozère, — 11 Nîmes, — 12 Saint- Gilles.

Puisque les poètes du moyen âge ne disposaient ni de cartes ni de Guides, il faut que l'auteur premier de ce récit ait lui-même suivi cette route par lui décrite sans une erreur, ou bien qu'il ait pris des notes sous la dictée de quelqu'un qui l'avait suivie.

Mais, dira-t-on, le nom d'Alais 1 ne se trouve que dans le manuscrit de Boulogne (C) ; le nom de La Galmetté ne se trouve que dans le manuscrit 1448 (D) : a-t-on le droit de mettre ainsi bout à bout des données dispersées dans des manuscrits de familles différentes? — On pourrait, en effet, et par de bonnes raisons, contester ce droit à un éditeur du Charroi de Nîmes ; mais je ne tiens pas à l'opinion que ces noms devaient se trouver tous dans le texte original du Charroi. De deux choses l'une : ou bien ils s'y trouvaient tous, et, ne les rencontrant plus que dispersés dans les diverses familles de manuscrits, nous constatons par là l'indifférence, des remanieurs et des scribes à l'égard de la Via Aegidiana, ce qui nous autorise à supposer que le poème original devait être bien plus riche encore en données topographiques ; ou bien, au con^ traire, ce sont des remanieurs qui ont ajouté à l'itinéraire primitif celui-ci Alais, cet autre Nozière, cet autre La Galmetté; mais, puisqu'ils ont su mettre ces localités à leur vraie place, nous sommes tenus de croire

i. Remarquer le calembour : Dusc'a Areste ne se sont aresté : plaisanterie de voyageur.

qu'eux aussi, à leur tour, comme le premier auteur du Charroi, ils avaient parcouru cette route ; car je ne crois pas faire injure à mon lecteur si je lui demande : Sauriez- vous, sans le secours d'aucun livre, ajouter à l'itinéraire de nos poètes, entre le Puy et Alais, ou entre Alais et Nîmes, une seule station à la place qui convient ?

De même que le premier auteur du Moniage Guillaume avait de ses yeux vu Gellone, de même le premier auteur du Charroi de Nîmes avait donc de ses yeux vu la voie romaine de Gergovie à Nîmes. Mais s'il Fa exactement décrite, ce ne fut point par goût de la précision géographique et comme étant l'itinéraire normal de son héros : Guillaume, en effet, ne devrait pas normalement passer par le Puy ; y passant, il allonge sa route. Brioude, le Puy, ce sont des stations de pèlerinage, et, si Guillaume s'y arrête, c'est en pèlerin. Il le marque au début de son discours :

« Tôt le chemin de saint Gille tenez, »

et ce vers fait écho à un autre passage du Charroi (v. 549), où il apparaît bien que le poète a conçu son héros comme un pèlerin armé. « Pourquoi, demande le roi à Guillaume, me demandez-vous ce fief étrange,, la terre des Sarrasins, que vous voulez conquérir ? ». Il répond : « C'est un vœu que j'ai fait à Dieu et à saint Gilles » :

559 « Ne savez pas por coi vos vuel laissier ? Ce fu au tens a feste saint Michiel :

LA VIA TOLOSANA

Fui a Saint Gille, reving- par Montpellier; Herberja moi uns cortois chevalier... »

«Là, poursuit-il, je vis les Sarrasins ravager le pays :

581 « Tote la terre vi plaine d'aversiers, Viles ardoir et violer mostiers, Chapeles fondre et auteus peçoier, Mameles tortre as courtoises moilliers.

Dedenz mon cuer m'en prist molt granz pitiez Molt tendrement plorai des elz del chief : La plevi ge le Glorieus del ciel Et a saint Gile, dont venoie proier, Qu'en cele terre ge lor iroie aidier A tant de gent com porroie baillier. »

C'est donc la destinée même de Guillaume qui est déterminée par un vœu de pèlerin, et ce vœu domine les poèmes qui décrivent ses guerres en terre sarrasine.

Revenons, après Guillaume, vers quelques-unes des villes où il a séjourné.

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