Voy. éd. Tarbé, pages 164 et suiv
que vous l'avez tué à tort, vous viendrez avec nous dans Vienne. » Mais l'enfant Aymeri veut que le roi soit tué sur le corps du sanglier :
Dist Aymeris : « Beaus oncles, car l'oci ! Pran en la teste tout maintenant issi, Si remaindra la guerre et li estri. »
Or, voici que par un brusque et beau revirement, Girard s'humilie devant son adversaire sans défense :
« Ne place a Deu », Girars li respondi, « Que rois de France soit ja par moi ocis. Ses hom serai, s'il a de moi merci :
De lui tendrai ma terre et mon païs. »
Quand Charlemagne entend que Girard, au moment même où il le tient désarmé, lui demande son pardon, lui aussi il s'attendrit. Alors, tour à tour, tous les rebelles s'agenouillent devant leur prisonnier, qui est leur seigneur : Girard de Vienne et Renier de Gennes, puis Milon de Pouilie et Hernaut de Beaulande, puis Olivier. Seul l'enfant Aymeri reste debout à l'écart, et tarde à faire hommage. « Que faites-vous, vassal? demande l'empereur. Voulez-vous continuer la guerre ? — Non, dit Aymeri ; puisque mes oncles et mon père se sont laissé prendre par vous comme des oiseaux à la glu, je ne puis que me rendre, comme ils ont fait ; je vous servirai comme eux ; mais j'agirai envers vous selon que vous agirez envers moi. »
Jamais Aymeri ne démentira cette attitude ; toujours il répétera à l'empereur :
LES RÉCITS GROUPE D AYMERI
« Tant com vodroiz je serai vostre amis, Et qant vodroiz, par le cors saint Denis, Je reserai de vostre amor eschis *. »
Ainsi feront les fils qui doivent sortir de lui : ils seront tous des vassaux fidèles, mais prompts à exiger du roi réciprocité d'estime et de services.
Aymeri de Nar bonne.
Le « gentil clerc » Bertrand de Bar-sur-Aube, qui avait décrit de la sorte dans Girard de Vienne les enfances d' Aymeri est peut-être le même poète qui a conté plus avant l'histoire du jeune héros dans la chanson à' Ay meri de Narbonne 2.
Charlemagne revient de Roncevaux. Les douze pairs sont morts ; il les pleure. Sur sa route se dressent soudain les tours d'une ville sarrasine, Narbonne. Il veut la prendre et la donner à l'un des compagnons