Arrondissement de Muret, canton de Cazères
4. C'est, après Rome, la ville du monde où l'on a retrouvé le plus de bustes romains. Voyez Léon Joulin^ Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres- Tolosanes (Comptes rendus de V Académie des Inscriptions, 4 899, p. 596-604) .
driers, saint Vidian. Chaque année, une fête villageoise commémore son martyre, car on raconte qu'il fut tué là, au temps jadis, par les Sarrasins, sous un arbre, près d'une fontaine. Le bourg- et son saint seraient aujourd'hui sans gloire si, en 1885, M. Antoine Thomas n'avait assisté à cette fête patronale et n'y avait trouvé l'occasion d'une savante et ingénieuse étude. 1 .
Tous les ans donc, le dimanche de la Trinité, les jeunes gens du bourg se costument, les uns en Sarrasins : turban blanc et rouge à ganses d'argent, plastron vert orné d'un croissant jaune, ceinture de soie écarlate et pantalon bleu à bouffantes ; les autres, en chevaliers chrétiens : ils portent la cuirasse et des casques chargés d'une croix d'argent sur le timbre. Tous sont armés de lances et chaque camp a son étendard : c'est, pour les chrétiens, une bannière bleue ornée de limage de saint Vidian ; pour les Maures, unjdrapeau mi-parti de vert et d'orangé avec des croissants argentés. Ils assistent tous à la grand'messe, chrétiens et mécréants, fort dévotement, puis ils escortent le clergé qui, chantant l'hymne de saint Vidian, porte en procession son buste en bois doré. Le cortège s'achemine vers la fontaine miraculeuse où le saint mourut. « Pendant cette marche solennelle, les bonnes âmes voient perler des gouttes de sueur sur le buste doré du martyr. Parvenu sous les
1. Vivien d'Aliscans et la légende de saint Vidian, dans les Études romanes dédiées à G. Paris, 1891, p. 121-135. (Cf. G. Paris dans la Ro mania, t. XXII, 1893, p. 142-5).
ombrages de la source, le célébrant y lave l'image du chevalier en mémoire de ses blessures, et les deux armées se déploient face à face dans un champ dont on a loué la récolte pour l'année. Aussitôt commencent des évolutions guerrières : les flammes rouges, noires, blanches et bleues flottent au vent, les cuirasses étincellent, les vestes orange, les turbans rouges resplendissent dans la verdure, et les chevaux de ferme, affranchis pour un jour de leurs serviles corvées, représentent du mieux qu'ils peuvent les fines montures des infidèles et les destriers des paladins »
Ce tournoi rustique, qui se termine, comme il sied, par la capture du drapeau des Maures, est un souvenir, le dernier sans doute qui survive dans les traditions populaires, de nos héros narbonnais, car la légende de saint Vidian n'est autre que celle de Vivien.
Pour la résumer en quelques mots, d'après l'office du saint, le père de Vidian fut fait prisonnier par les Sarrasins et gardé en captivité dans une ville.de Galice, qui s'appelait Lucerna (c'est la Luiserne sor mer des chansons de geste 2). Pour sa rançon, les Sarrasins exigèrent qu'il leur livrât Vidian. L'enfant fut livré, mais ne fut pas mis à mort; les Sarrasins le vendirent à une marchande qui l'éleva comme son fils
1. D'après une description de M. Ernest Roschach (Foix et Comminges, 1862), citée par M. A. Thomas.
2. La version en prose des [ Enfances Vivien (éd. Wahlund p. 272) place, elle aussi, entre autres textes, Luiserne en Galice : « Le grant chemin de saint Jacques chevauchent les granz ostz de France et tant vont que ils voient Luiserne a senestre main. »
LA VIA TOLOSANA
adoptif. Venu à l'âge d'homme, il débarqua à Lucerna et la détruisit. — Plus tard, les Sarrasins ayant envahi le Midi de la France, Vidian leur livre bataille et les poursuit jusqu'à un endroit qui dicitur Al Campestres, in episcopatu qui dicitur hodie Convenarum] (et cet Al Campestres semble modelé sur Larchant ou les Archanz). Blessé, Vidian descend de cheval à Martres, près d'une fontaine, pour étancher le sang qui coule de sa plaie. Il est tué là par les Sarrasins. Aujourd'hui encore, par un miracle de Dieu, les pierres qui entourent la fontaine gardent la couleur de son sang.
Le lecteur a reconnu les données de deux chansons de geste : les Enfances Vivien et Aliscans.
L'important est de déterminer vers quelle époque on a extrait de ces chansons de geste un office de saint. M. Antoine Thomas ne connaissait que deux écrits, tous deux récents, où fût racontée la Vie de saint Vidian : un récit édifiant imprimé en 1769, un office du Propre des saints du diocèse de Bieux publié en 1764; et il admettait, sans s'expliquer un fait aussi singulier, que la légende de ce saint ne se serait formée qu'au xvme siècle. « C'est sans doute, a-t-il écrit, aux environs de 1764 qu'on a imaginé d'adapter au patron de Martres-Tolosanes, qui n'avait pour ainsi dire point d'histoire, l'histoire légendaire des exploits de Vivien, neveu de Guillaume d'Orange ». Mais M. Louis Saltet2 a retrouvé