‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 138 sur 152 · Nom qui ne se retrouve nulle part ailleurs · texte numérisé non relu

Nom qui ne se retrouve nulle part ailleurs

2° Dans Aliscans, Vivien est le fils d'une sœur de Guillaume, comme Ton voit par le v. 34. Guillaume et Guibourc sont considérés comme son père et sa mère adoptifs. Ils l'ont élevé dans leur maison, et, si ces vers sont authentiques, dès l'enfance :

783 « Je vos nouri par molt grant chiereté, a Et ma moillier au gent cors henoré.

h Biaus sire niés, tant vos avoit amé ! c Set ans tos pleins geûs a son costé.

784 Quant jou a Termes vos oi armes doné, Par vostre amor i furent adoubé

Cent chevaliers tout d'armes conraé 1 . . . »

Il se peut que les vers 783 a, b, c, soient interpolés, car ils manquent dans certains manuscrits; mais il résulte des autres que Vivien, avant son adoubement, fut le nourri de Guillaume et de Guibourc. Il résulte en outre de maints passages que Guillaume considère son neveu comme un fils, que Vivien considère Guillaume comme un père (voir les vers 123-5, 755-8, 767-774, 805, etc.), et son dernier adieu au moment où il expire s'adresse à Guibourc (v. 860, cf. v. 1896) :

860 Puis bat sa coupe, si laissa le parler, Mais que Guiborc li rova saluer;

ce qui signifie apparemment que son père et sa mère sont morts. Guillaume, au moment de recevoir la confession de l'enfant, le dit d'ailleurs clairement :

1. Je cite d'après l'édition de Halle; cf. sur l'état de la tradition manuscrite pour ce passage, Cloetta, p. 74, n. 1.

APPENDICE

827 « Je sui tes oncles, n'i as or plus prochain, Fors Damedieu, le verai soverain » ;

et, sans doute, le père et la mère de Vivien sont morts depuis des années, car jamais la pensée de Vivien ni de personne ne va vers eux 4. — Remarquons de plus deux traits. Le poète d' Aliscans nomme à plusieurs reprises un personnage qu'il appelle Guichart V enfant (v. 320, v. 1814) ou Guichart le meschin (v. 325), qui est sans doute pour lui, comme dans Foucon de Candie et d'autres textes, un frère cadet de Vivien; mais le poète ne le dit pas, se bornant à le mentionner parmi les membres du « fier lignage » que les Sarrasins ont faits prisonniers. — En outre, il introduit souvent dans l'action les fils d'Aymeri, et ce sont les mêmes que dans les autres chansons : mais il en est un qui manque, Garin d'Anseùne. Ce n'est point accident et hasard; car il est une scène au moins où l'absence de ce personnage ne peut s'expliquer par un oubli : celle où le poète rassemble à Laon, autour du roi Louis, les Aymerides. Il les y rassemble tous, sauf Aimer le Ghétif ; mais il a soin de donner un alibi à Aimer et d'excuser son absence (v. 2601-3). De Garin d'Anseûne seul, nulles nouvelles. Le poète le tient-il pour mort? ou bien ignore-t-il son existence ? Bornons-nous pour l'instant à constater que le nom de Garin d'Anseûne ne se lit nulle part dans Aliscans 2, et qu'Aymeri n'y a que six fils ou du moins n'y a jamais que six fils présents à ses côtés :

5970 Mais au rescorre poignent vint mil Persant, Et d'autre part François li combatant, Et Aimeris et tôt si .VI. enfant 3.

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