‹ Les légendes épiques; recherches sur la formation des chansons de gesteChapitre 61 sur 152 · Romania · texte numérisé non relu

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3. Il supprime la « branche V »; mais pour la branche I, il accepte le système (sauf qu'il ne croit pas aux conjurations qui auraient suivi l'avènement de Louis le Pieux) ; — il l'accepte pour la branche II (sauf qu'il ne croit pas que le Gontier historique y soit le prototype de Guillaume) ; — pour la branche III, il substitue aux identifications proposées d'autres identifications (il remplace Louis d'Outre-Mer par Charles de Lorraine, etc.) ; — pour la branche IV, il accepte le système en le précisant et en le renforçant. — Dans le même temps que le

J. Bédier. — Les légendes épiques. J6

M. Ph.-Aug. Becker a le premier renoncé à la division en cinq branches. Il s'en tient à croire que le Couronnement de Louis est formé de deux éléments : un poème dont le héros empruntait certains traits de sa -figure à Guillaume Fièrebrace, comte de Poitiers (mort en 994), fils de Guillaume Tête-d'Etoupe, — un lot de poèmes plus récents (relatifs au Guaifîer de 871 et au Gui de Spolète de 888) : ces « épisodes italiens » auraient été insérés sur le tard dans la trame du poème.

C'est, comme on voit, une doctrine nouvelle. Mais M. Becker n'est que partiellement un hérétique. Il reste dans l'orthodoxie pour maintenir le dogme fondamental : à savoir que le Couronnement de Louis est formé du mélange de traditions poétiques distinctes et que les personnages primitivement mis en scène n'avaient rien de commun avec le Guillaume épique, fils d'Aymeri de Narbonne.

Mettant à part cette théorie plus simple pour nous tenir à la doctrine pleinement orthodoxe, il nous faudrait donc admettre que le Couronnement de Louis est une rhapsodie de quatre, ou cinq, ou dix poèmes, tous profondément historiques à l'origine. Une fois qu'on a reconnu quels événements historiques ont

mémoire de M. A. Jeanroy, en 1896, a paru à Gand un livre de M. Léonard Willelms intitulé L'élément historique dans le Couronnement de Louis, où, acceptant un certain nombre des identifications proposées par Jonckbloet et par M. Lang-lois, l'auteur remplace les autres par les identifications nouvelles. On pourra se reporter à cet ouvrage, si l'on est curieux de voir combien il est facile de surenchérir en ces matières.

LE COURONNEMENT DE LOUIS

suscité ces chants primitifs, la critique du Couronnement de Louis est achevée et nous n'avons plus qu'à admirer par quel travail semi-conscient plusieurs générations de poètes ont groupé et fondu ces vieux chants épiques et comment c'est la collaboration des siècles qui confère aux chansons de geste leur beauté essentielle.

Mais ce que nous devons admirer surtout, n'est-ce pas plutôt la puissance de cette méthode d'investigation qui, partant d'un roman bien simple, sait restituer à ces fictions apparentes la dignité de l'histoire, et retrouver avec une précision surprenante des thèmes d'épopées perdues ? Certes je reconnais en principe la légitimité de ces battues opérées dans le champ de l'histoire carolingienne : mais ce qui m'émerveille et m'inquiète, c'est la richesse du butin. C'est que, dans l'immense variété des faits historiques et légendaires qui ont pu se mêler, se croiser, se confondre pour former l'action d'un roman, les critiques sachent désigner d'un doigt sûr les cinq ou six faits historiques, ceux-ci précisément et non pas ceux-là, qui en auraient fourni Y « élément historique ». Et ce qui m'émerveille surtout, ce n'est pas tant la puissance de la méthode que la simplicité de son mécanisme, si facile qu'un enfant pourrait le faire jouer ; c'est qu'il ait suffi de regarder dans les Tables des recueils de Muratori ou de Pertz, aux mots Guillaume, Guaifier, Gui, Oton, Richard, pour trouver précisément tout ce que l'on cherchait ; et c'est que, pour débrouiller le travail confus des siècles, il ait suffi de compulser quelques Index de noms

propres. Voyez cette page de la chronique de Thegan : elle explique la branche I du Couronnement de Louis; voyez cette page de la Chronique de Salerne, elle explique la branche II, et ainsi de suite. De ces chroniques, de tout âge et de tout pays, il a suffi d'extraire quelques bouts de phrases et de les produire : aussitôt tout dans la chanson de geste est expliqué.

Tout, sauf ce détail pourtant, qui, depuis Jonckbloet, a gravement tourmenté les critiques : On retrouve dans les chroniques un Guillaume historique (Guillaume Tête-d'Etoupe ou son fils Fièrebrace), pour en faire le héros de la branche III; un autre (Guillaume de Montreuil), pour en faire le héros de la branche V. Mais, hélas ! pour les autres branches (I, II, IV), les poèmes primitifs que I on reconstitue à l'aide des chroniques ne paraissent avoir connu aucun personnage de ce nom. Difficulté que M. A. Jeanroy, par exemple, exprime ainsi 1 : « C'est, comme on sait, une question souvent agitée et qui n'a pas encore reçu de solution satisfaisante, que celle de la présence de Guillaume dans les divers épisodes du poème. »

Sa présence est un mystère. Dans la branche II, par exemple, si le poème primitif narrait le siège de Salerne en 872, les héros s'y appelaient Louis II, Guaifier, Gontier, etc., et ce poème primitif n'a pu devenir un épisode du Couronnement de Louis que si un Guillaume a été quelque jour introduit dans cette histoire. Mais quel Guillaume ? On cherche, on n'en

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