Lipsius, t. cit., p
2. Garmen apolog,, v. 57-58. Cf. Schmidt, t. cit., p. 108-109.
3. A. Db Nino, TJaie coatumi abruzzesij t. IV, Firenze, 1887, p. 195.
Le travail de la légende. 61
Faut-il dire que les admirations, parfois peu justifiées, de la foule, sont toujours sans mesure? A ses préférés, elle prête toutes les grandes qualités; elle ne saurait tolérer que d'autres leur paraissent supérieurs. Citons ici, quoiqu'elle ne se rattache point à l'histoire des saints, une légende particulièrement instructive à cet égard, celle de Saladin. L'admiration et la sympathie que ses qualités personnelles et surtout sa modération et son humanité surent inspirer aux vaincus, firent naître tme fable des plus invraisemblables, mais qui accentue singulièrement les sentiments favorables que Ton éprouvait pour lui. On ne trouva rien de mieux que de rattacher le prince musulman à une famille française, de faire de lui un chevalier et presque un chrétien ^ . Lorsque l'imagination de la foule fut frappée peu: les grandes expéditions en Terre Sainte, il lui parut impossible qu'un guerrier comme Charlemagne n'y eût point pris part ; la croisade devint un des épisodes de l'histoire de Charlemagne.
Comment s'étonner alors que tous les saints soient ornés de toutes les vertus et que, à une époque où une naissance illustre relevait singulièrement le mérite, on ne manquât point de les anoblir ? Mais plus encore que la noblesse du sang, on prisait l'honneur d'avoir vécu dans l'entourage du Sauveur. On ne se fit point faute d'identifier les anciens patrons des églises avec certains personnages désignés dans