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Chapitre Troisième Le Travail des Hagiographes

§ L — Ce que nous entendons par « hagiographes >. — Genres littéraires. — Moralités — Idée que les anciens se faisaient de l'histoire. — Conception spéciale des hagiographes du moyen âge.

Le résultat de l'élaboration inconsciente des récits relatifs aux saints par le cerveau populaire aboutit, nous l'avons constaté, à affaiblir le témoignage de l'histoire, à l'obscurcir, souvent à le supprimer presque totalement. Les hagiographes ont-ils été des gardiens plus fidèles de la tradition historique ?

Rappelons, tout d'abord, que nous n'entendons point désigner ici, sous le nom d'hagiographes, la classe entière des lettrés qui se sont exercés sur la vie des saints. Il en est parmi eux qui ont rapporté simplement ce qu'ils ont vu de leurs yeux et touché de leurs mains. Leurs récits ne sont pas à un moindre degré des mémoires authentiques que des œuvres d'édification. Ces témoins sincères, connus de tous et que l'on s'accorde à regarder comme les sources

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les plus pures de l'hagiograpliie; seront exclus de cette étude.

n n'y a pas lieu non plus de nous occuper de la catégorie de ces écrivains, maîtres de leur plume et bien informés, qui ont entendu faire œuvre d'historien, comme Sulpice Sévère, Hilaire de Poitiers, Fortunat, Ennodius, Eugippius. Ce sont les derniers représentants de Tantiquité classique, et leur œuvre, où circulent l'art et la vie, ne doit pas être confondue avec les productions artificielles des époques postérieures qui ont parfois la prétention de s'en inspirer. Nous en dirons autant des biographes consciencieux qui, à diverses époques du moyen âge, ont réussi à se rapprocher de ces modèles, et dont l'œuvre n'est point contestée. Il faut réserver toute notre attention pour ces écrits d'un caractère factice et conventionnel, faits à distance des événements et sans attaches palpables avec la réalité.

Si nous retranchons, par la pensée, des passionnaires ou des lectionnaires en Occident, des ménologes en pays grec, les pièces que tous s'accordent à regarder comme des documents historiques^ il restera un fonds assez considérable de passions de martyrs ou de vies de saints d'une qualité inférieure dont les unes sont unanimement rejetées par la critique, les autres mises en suspicion. Les auteurs — anonymes la plupart du temps — r de ce résidu sont les hagiographes dont nous essaierons surtout d'étudier les procédés. Les actes des martyrs, composés longtemps après la persécution, — j'insiste sur ce point—

forment la majeure partie de leur bagage littéraire. CPest donc de cette catégorie de pièces que nous nous occuperons presque exclusivement. H sera facile d'étendre à d'autres sujets ce que nous aurons à dire de celles-là.

n n'y a pas lieu de faire une distinction entre les Grecs et les Latins. Si^ au point de vue purement littéraire, les premiers l'emportent ordinairement sur les seconds^ le sens historique est sensiblement le même de part et d'autre, et ils ne doivent former qu'on seul et même groupe.

La première question qu'il convient de poser à un auteur dont on veut apprécier l'œuvre, c'est de savoir à quel genre littéraire il a voulu la rattacher ; car il serait injuste de condamner, au nom de l'histoire, celui qui n'a entendu écrire qu'un récit d'imagination. Certaines pièces hagiographiques ont évidemment ce caractère ; ce sont des paraboles ou des nouvelles destinées à rendre sensible une vérité de l'ordre religieux ou un principe de morale. L'auteur ne raconte que pour mieux enseigner, et il n'a jamais eu la prétention de relater des faits réels. Les anciens conteurs faisaient mouvoir siu* la scène des rois et des princes ; le moraliste chrétien était tout naturellement amené à appuyer ses préceptes de l'autorité d'un martyr ou d'un ascète. Et lors même qu'il n'était point question d'inculquer quelque vérité, mais simplement de plaire au lecteur par un récit attachant, le cadre d'une vie de saint pouvait, à une époque où la Vie des Saints était la lecture

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favorite des fidèles, présenter un élément d'intérêt qui n'était pas à dédaigner.

Plus d'une grave leçon a été donnée au peuple sous la forme d'un conte hagiographique. La célèbre Passio S. Nicefori ^ n'a pas d'autre portée, de même l'histoire de Théodule le Stylite ^^ de saint Martinien ^, de Boniface de Tarse * et celle de Cyprien d'Antioche, dont on reconnaît le thème dans, la légende de Faust ^. Qu'est-ce autre chose qu'un petit roman religieux, ce récit si souvent répété des aventures d'une pieuse femme se cachant dans! un monastère sous un nom et sous l'habit d'homme, accusée d'une faute et reconnue innocente après sa mort? L'héroïne s'appelle tour à tour Marine, Pélagie, Eugénie, Euphrosyne, Théodora, Marguerite, ApoUinaria «. C'est, comme on le voit, un des motifs préférés des pieux nouvellistes. Souvent ils ne se sont pas mis en frais d'invention, et une simple adaptation leur a paru suffire. L'histoire d'Œdipe, avec toute sa sombre horreur, n'a pas été seulement appliquée à saint Grégoire '.Mise sur le compte d'un

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