E. VON DobschtItz, Chrisiusbilder, p
Ce ne sont donc pas les hagiographes qu'il faut interroger ; c'est leur oeuvre elle-même qu'il s'agit d'examiner en tâchant de découvrir les éléments dont elle se compose.
La classification des sources historiques, telle que Droysen l'a proposée, s'applique commodément à l'hagiographie. Elles se groupent en deux grandes catégories: la tradition et les restes du passé.
La première comprend d'abord la tradition écrite, relations, annales, chroniques, mémoires, biographies, inscriptions historiques et autres écrits de quelque caractère qu'ils soient. H est assez superflu de faire remarquer que tous ces genres de documents ont été, suivant les circonstances, à la disposition des hagiographes. Mais ce serait une erreur de croire que la pénurie de documents les ait généralement empêchés d'exercer le métier d'historien et les ait détournés d'écrire la vie des saints. Il ne faut pas nécessairement conclure, de ce qu'ils fournissent au lecteur des renseignements abondants, qu'ils étaient eux-mêmes bien renseignés. On verra plus loin comment ils s'y prenaient pour suppléer au silence des sources.
C'est une erreur aussi, très répandue celle-là, de prétendre que, aux premiers siècles de l'église, on possédait des relations authentiques sur tous les martyrs qui étaient honorés d'un culte public et d'en inférer que les actes qui portent manifestement la marque d'une époque moins reculée sont dérivés d'une rédaction originale contemporaine.
Le travail des hagiographes. 83
L'église d'Afrique a été, en raison de circonstances spéciales, privilégiée à cet égard. Encore ne fautil pas exagérer ses richesses. Saint Augustin, parlant de saint Etienne, dont le martyre est raconté dans les Actes des Apôtres, prononce ces paroles significatives : « Oum aliorum martyrum vix gesta inveniamus^quaein solemnitatibus eorumrecitare possimus, huius passio in canonico libro est ^ » Il n'en reste pas moins vrai que la valeur moyenne des récits hagiographiques africains l'emporte de beaucoup sur ce que la plupart des églises nous ont légué en ce genre.
Mais on a eu le grand tort d'étendre à d'autres cette situation tout exceptionnelle. Sur la foi d'un texte, que l'on a, depuis, réduit à sa juste valeur, plusieurs érudits ont affirmé l'existence, dans l'église de Borne et à l'époque des persécutions, d'un corps de notaires chargés de recueillir les actes des martyrs *, et l'on a étrangement abusé de cette prétendue corporation pour donner aux récits du Légendaire romain une autorité historique à laquelle il ne saurait prétendre. H est certain qu'au iv® siècle, lorsque Damase plaçait ses fameuses inscriptions sur ]es tombeaux des martyrs, on ignorait à Eome l'histoire de la plupart d'entre eux 3. Lorsque se fit sentir le besoin de la lire dans un récit circonstancié, les hagiogra-