‹ Les légendes hagiographiquesChapitre 82 sur 129 · Acta 88., mai, t. IV, p · texte numérisé non relu

Acta 88., mai, t. IV, p

Le dossier éCun saint. 165

nous connaissons^ celle qui s'écarte le moins de la source historique a eu le moins de succès.

On peut dire que saint Procope a été honoré au moyen âge sous la physionomie que lui prête la seconde légende. De nos jours encore il appartient à la catégorie des saints militaires. U est important de «e rappeler ici que ce type est également cel^i sous lequel nous apparaissent plusieurs saints très célèbres, Georges, Théodore, Mercurius, Menas, Démétrius, etc., et que les seuls monuments littéraires dans lesquels nous puissions trouver à nous renseigner sur la plupart d'entre eux sont des actes de même allure que ceux qui constituent la légende de saint Procope. Voyons donc ce qu'il y a, pour l'historien, à prendre et à laisser dans ces récits.

Le résidu historique est celui-ci : un chrétien nommé Procope, originaire de Jérusalem, fut martyrisé sous Dioclétien, par le juge Flavianus, et mourut par le glaive. Nous avons la bonne fortune de pouvoir contrôler ces détails et en affirmer l'exactitude, grâce à la seule source historique qui nous renseigne sur la personne de saint Procope et qu'un hasard providentiel nous a conservée. Mais la confrontation de nos légendes avec le livre d'Eusèbe permet de constater, d'autre part, que tous les autres détails qu'elles apportent sont de pure invention.

Ainsi, le nom des parents du saint, sa condition, ses qualités, sa vie et ses aventures, ses relations, ses interrogatoires et ses discours, les divers supplices qu'il endure, sa captivité, les conversions aux-

quelles il coopère, les miracles, les visions dont il est favorisé, tout cela est controuvé. H faut non seulement rayer de la liste des magistrats romains l'invraisemblable Oulcion, mais encore effacer des livres liturgiques grecs les noms de Théodosie, des douze matrones et des deux officiers i, qui sont de simples inventions de l'hagiograplie.

Et dire que les légendes que nous venons d'analyser dérivent d'une source historique de premier ordre! Voilà ce que les hagiographes sont capableg de produire quand ils travaillent sur de bons documents. Comment faudra-t-il qualifier leurs productions lorsque, toute donnée faisant défaut, ils ont cru pouvoir se livrer sans'frein aux caprices de leur imagination ?

Dans le dossier de saint Procope, la légende occupe donc le tout dernier rang, et si nous n'avions à y verser aucune autre pièce, nous en serions réduits à poser, au sujet d'un martyr aussi illustre, une série de points d'interrogation. La certitude que nous pouvons acquérir de l'existence historique d'un saint et de la légitimité de son culte ne dépend donc pas de la popularité de sa légende. Quelques lignes d'un contemporain, un texte de martyrologe reflétant la tradition liturgique d'une église, une basilique remontant aux temps antiques sont des éléments bien autrement précieux dans ce genre de recherches, et on est heureux de constater qu'ils ne font point

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