‹ Les légendes thébaines dans l'épopée et la tragédie grecquesChapitre 14 sur 39 · II. — LES SOURCES · texte numérisé non relu

II. — LES SOURCES

i» Homère. — Welcker n'a pas hésité à faire entrer dans la reconstruction de VŒdipodie et de la Thébaïde les vers d'Homère qui se rapportaient aux légendes thébaines. Bethe (pp, cit 175) voit là, non sans quelque raison, une faute de méthode. Welcker aurait dû d'abord expliquer ses raisons : il en avait de très bonnes, et je n'hésiterai pas à m'appuyer principalement sur Homère dans mon étude de la Thébaïde. Les épopées homériques ont mis si longtemps à se constituer, leur caractère est si nettement panhellénique, qu'elles ne peuvent pas avoir ignoré la Thébaïde et que l'essentiel de ce poème a dû passer en elles. Les morceaux évidemment ajoutés et surajoutés y abondent d'ailleurs ; ainsi, dans V Odyssée (XI et XV) le catalogue des femmes et l'épisode de Théoklyménos, dont nous aurons à extraire des passages,

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yiennent assurémeiit de quelque épopée argienne ou thébaine, les Grandes Éées, peut-être, ou la Mélampodie, postérieure, je pense, à la Thébaïde. Mais c'est la 7%^baïde elle-même qui a dû servir de source à l'auteur des vers A 3^5 sqq. Z 22a sqq. S ii4 sqq. (i).

Et cette influence de la Thébaïde sur Y Iliade est fort naturelle puisque plusieurs des chefs argiens sous Troie sont les fils des héros du premier siège de Thèbes, ainsi le Tydide Diomède, ainsi Sthénélos, fils de Kapaneus, et Euryalos, fils de Mékisteus.

a<^ Les Lyriqubs et les Looographbs. — Les lyriques ont touché aux légendes thébaines et les ont sans nul doute modifiées, un peu au gré de leur génie, beaucoup selon les traditions locales des villes qu'ils célébraient. Il faudra donc distinguer soigneusement dans les indications qu'ils nous fournissent.

De même pour les logographes : s'ils ne puisent pas directement à des sources locales (Bethe, op. cit. 108, note 35), du moins ont-ils le plus souvent recours à des poèmes généalogiques qui s'en inspirent ; on ne peut donc accepter leur témoignage sans discussion.

J'en dirai autant des poètes tragiques qui ont fort altéré les légendes que nous étudions; mais je n'entrerai pas ici dans le détail, puisque je dois consacrer à ceux-ci, comme aux lyriques et aux logographes un chapitre particulier.

(1) Je ne manquerai jamais d'ailleurs, en citant un passage d'Homère, de donner sa date approximative selon les savants les plus sûrs. Toutefois gardons-nous de demander aux poèmes homériques, comme l'ont fait tant d'auteurs avec leurs arguments ex silentio, un résumé exact de la Thébaïde même. La vérité est que V Iliade et V Odyssée étant presque entièrement constituées vers 750, c'est-à-dire, avant l'apparition de la Thébaïde et de VŒdipodie^ elles ne peuvent nous faire connaître en général la forme déûnitive de ces épopées ; mais ayant reçu en divers pays et à diverses époques quelques échos des légendes qu'utilisèrent plus tard les poètes du cycle thébain, elles nous fournissent tout au moins de précieux renseignements sur les légendes thébaines primitives. ^

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3® Les Mythogra.phbs et les Sgoliastes. — Nous discuterons aussi r autorité des mythographes et des seoliastes. Les premiers tantôt, comme le pseudo- Apollodore, rapportent indifféremment les yersions des poètes épiques, lyriques, dramatiques et des logographes, et souvent citent leurs auteurs, tantôt, comme Hygin, ne remontent pas en général, au-delà d*Euripide et ne citent guère que les versions des tragiques ; des uns et des autres, il faudra presque toujours se méfier.

Les seoliastes sont moins sûrs encore, même quand ils nomment leurs auteurs qu'ils ne citent pas toujours exactement. Leur valeur est du reste inégale ; ceux de Sophocle sont considérés comme très bons, ainsi que quelques-uns de VIliade; ceux de Y Odyssée sont en général très mauvais (cf. £d. Schwarts, De scoliis homericis ad historiam fabularum pertinentibus, XII Supplbd. der Jahrb. f. Phil., 1881, 4o5 sqq.). Leur inexactitude nous paraît surtout fâcheuse, quand ils citent des hommes d'une réelle valeur comme Asklépiades de Tragilos, qui dans ses TpayoïBoùfAeva traitait précisément le sujet qui nous occupe (cf. C. Muller. Fragrri. hist. gr.^ III, 298). Cependant il est impossible de se passer d'eux non plus que des mythographes, et ils nous fournissent parfois des indications très précieuses.

4® Pausanias. — Pausanias a été très inégalement traité par la critique. Nous n'avons pas à nous occuper ici des études générales qui ont été faites sur lui (i) ; mais en ce qui touche aux épopées thébaines, tandis que Welcker attache

(1) Pour une étude générale sur Pausanias il faut se reporter à l'Introduction de Frazer (I, l sqq), un peu louangeuse; à l'ouvrage de \^« '- Kalkmann (Pausanias der Perieget, Berlin, 1881), où il est démontré que dans ses descriptions archéologiques Pausanias a dû presque tout à Polémon; enfin à un très intéressant programme de Cbr. hélger (Die MykenUche lokalsage^ Berlin, 1893) où est apprérié très finement le degré do confiance qu'on peut accorder à Pausanias lorsqu'il rapporte un mythe local. - Wilamowitz a souvent effleuré la question : il est en général peu ' ^ . . favorable à Pausanias. '

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souvent peu d'importance à ses dires, Bethe (12a sqq.) lui reconnaît une valeur extraordinaire. L'un et l'autre exagèrent. Que Pausanias, s'il n'a pas voyagé et convei*sé comme il le dit, ait du moins beaucoup lu, et même de vieux poèmes, nul n'y contredit (Paus. IV, a, i). Ses aveux d'ignorance même plaident pour sa véracité (cf. IX, 38, 10). Aussi il ne faut pas hésiter à croire qu'il a lu la Thébaïde puisqu'il écrit (IX, 9, 5) : « Kallinos venant à citer la Thébaïde a dit qu'Homère en était l'auteur.... Pour moi, c'est le poème que je loue le plus, du moins après Y Iliade et Odyssée. « Et ces lignes sont importantes ; car Pausanias est de ces plus homériques dont parle Strabon, « qui suivent vers par vers l'épopée » d'Homère (Str. I, i, a), et en cas de contestation il se range toujours du côté d'Homère (cf. I, a8, 7 et IX, 5, 10). Il a donc suivi la Thébaïde, non d'ailleurs sans la « rationaliser » plus que nous ne voudrions (cf. IX, 9, 3). Le résumé qu'il nous en donne (IX, 9) doit par conséquent être jugé fidèle, et je ne sache pas que personne l'ait attaqué : je dirai de même des deux ou trois passages (cf. IX, 18, 6;

VIII, aS, 8) où il cite expressément la Thébaïde; mais partout où il ne la cite pas, se bornant seulement à faire allusion à quelque fait de la guerre, à la mort de quelque héros (IX, aS, I, mort de Ménoïkeus ; IX, 8,3, disparition d'Amphiaraos :

IX, 8, 5, mort de Kapaneus; IX, 18,1, mort de Mélanippos et de Tydeus; I, 34, édit prohibitif de Créon, etc....), il ne la suit pas, et Bethe, qui le discute assez souvent lui-même, ne lui attribuerait pas tant d'exactitude dans ses mentions de la guerre thébaine, s'il ne voyait en lui le principal soutien de sa théorie Thebals-Épigonoï,

Où donc Pausanias a-t-il puisé ses renseignements? Dans un mythographe du i" siècle, comme le dit Wilamowitz (Z>e Tr, gr, f. comm, i5) et après lui Bethe — pour VÂÎfcméO' nide seulement (iSj) ? Peut-être : en tout cas dans les premiers logographes, directement ou indirectement. Le chapitre 5 de son IX® livre est décisif à cet égard : Pausanias y résume toute l'histoire primitive de Thèbes, puisée à des

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