‹ Les légendes thébaines dans l'épopée et la tragédie grecquesChapitre 16 sur 39 · SOURCES · texte numérisé non relu

SOURCES

lO HOMÀRB

Odyssée, XI, qji sqq. « J'ai vu la mère d' Œdipe, la belle Épikasté, qui commit un grand crime à son insu, ayant épousé son fils. Celui-ci, ayant tué son père, Tépousa; et aussitôt (i) les dieux divulguèrent le crime parmi les hommes. Et lui, souffrant de cruelles douleurs dans Faimable Thèbes, commandait aux Kadméens, selon la volonté funeste des dieux ; mais elle s'en alla chez Hadés aux portes solides et dures, ayant attaché un long lien au haut du toit, car elle était possédée par sa douleur ; et elle lui laissa après elle de très nombreuses douleurs, toutes celles qu'envoient les Erinys d'une mère » (2).

(1) aqpap. Le scoliaste traduit ce mot par tout cTun coup, évidemment sous l'influence des tragiques. Pausanias, plus justement, entend aussitôt^ ainsi que la plupart des éditeurs modernes.

(2) La Nékyia, selon W. Christ (Zur Chrnnol.^ 60), a été composée un peu avant le XV' Olympiade. Mais le passage cité et tout ce long épisode du défilé des femmes illustres est plus récent et d'une autre main : c'est, comme l'a remarqué M. Groiset {Hist, de la Litt. gr. I, 280), un dénombrement à la manière hésiodique. W. Christ (Z. Chr,, 38 et 39) est persuadé que les vers 2^330 ont été composés sous l'influence d'Hésiode et de l'école béotienne, mais il n'ose pas affirmer que 271-280 viennent de VŒdipodie même.

l'œdipoditbI et la THBBAÏDK !I9

Iliade^ IV, 376 sqq. « En effet celui-ci (Tydeus) entra dans My cènes, comme hôte, avec le divin Polynice, pour rassembler nne^armée; car ils préparaient alors une attaque contre les murs sacrés de Thèbes, et ils demandaient ardemment qu'on leur donnât d'illustres alliés. Et les Mycéniens le voulaient bien, et ils consentaient à leur demande ; mais Zens changea leur cœur en leur montrant des signes sinistres. Or, après que les Achéens furent partis et avancés dans leur chemin, ils arrivèrent à TAsôpos plein de roseaux et d'herbe, et là ils envoyèrent en ambassade Tydeus. Et lui partit, et il trouva beaucoup de Kadméones banquetant dans la demeure du fort Etéocle. Là, Tydeus, conducteur de chevaux, bien que leur hôte, ne tremblait pas; mais il les provoquait tous au combat et il les renversait tous aisément : si puissante était pour lui la protection d'Athéné I Irrités, les Kadméens piqueurs de chevaux lui dressèrent, à son retour, une embuscade nombreuse de cinquante guerriers; et ils avaient deux chefs, Maeon, fils d'Haemon, semblable aux dieux immortels, et le fils d'Aristophonos, le vigoureux Polyphontès. Tydeus, cependant, à tous ces guerriers infligea une mort honteuse, et il les tua tous, et il en laissa im seul retourner chez lui : il renvoya Maeon, obéissant aux signes divins. » Cf. V, 800 sqq. ; X, a85 sqq. (i).

Il, VI, aaa sqq. « Je ne me souviens pas de Tydeus (dit Diomède), car il me laissa encore tout petit, quand sous Thèbes périt l'armée des Achéens » (a).

11. XIV, ii3 sqq. « Je me glorifie (dit Diomède) d'être né moi aussi d'un père brave, de Tydeus, que la terre répandue

(i) Les chants IV et V de VIliade ne sont pas du groupe primitif (cf. Annuaire de VAssoc, des Et. gr, 1884, 54 sqq.). Le chant X est peut-ôtre encore postérieur. Du reste, plusieurs éditeurs, La Roche, Duntzer, W. Jordan, considèrent comme interpolé à cause de sa longueur excessive tout le passage traduit du 1V« livre. Mais peu importe ici, car plus les vers cités sont récents, plus il y a de chances qu'ils viennent non seulement des légendes thébainès, mais de la Thébaïde même.

(2) Cf. //. IV, 409. « Ils ont péri par leur folle présomption ».

3o L^ŒDIPODIE ET LA. THBBAIDE

couvrit à Thèbes — iig sqq. Mon père habita à Ai^os

en exil; car ainsi le voulaient Zeus et les autres dieux. Et il épousa une des filles d'Adrastos (i), et il habitait une maison riche en ressources ; et il avait en abondance des champs fertiles en blé, beaucoup de vergers bien plantés autour de sa maison, beaucoup de troupeaux aussi; et il surpassait tous les Achéens à la lance » (a).

n. XXIII, 67g. « (Mékisteus) qui alla autrefois à Thèbes aux funérailles d' Œdipe mort (3); et là il triomphait de tous les Kadméones » (4)*

II, II, 565. « Mékisteus le Talaïonide ».

//. II, 564. « Kapaneus très renommé » (5).

Odyss. XY, 244* « Oikleus engendra Amphiaraos, excitateur des guerriers, qu'aimaient de toute amitié et Zeus qui tient Tégide et Apollon; et il ne parvint pas au seuil de la vieillesse, mais il périt sous Thèbes à cause des dons reçus par son épouse » (cf. Od, XI, 3^6 sqq. « la haïssable Ériphylé qui reçut, pour trahir son époux, de For précieux »).

Od. X, 49^^ sqq« Circé conseille à Ulysse d'aller évoquer aux enfers Tombre de Tirésias, « le devin aveugle, mais avisé », à qui Perséphoné accorde de prédii»e encore l'avenir.

(1) Adrastos, selon VIliade (II, 572), régna d'abord à Sicyone.

(â) Le chant XIV n'est pas du groupe primitif. Nous verrons, à la question de la sépulture, ce qu'il faut penser du vers 114 (Tydeus inhumé à Thèbes).

(3) Le mot SedouTcdro; signifie seulement mort, comme l'a prouvé Welcker (II, 339, 39). Wecklein cherche en vain à en tirer parti pour sa thèse d'OEdipe dieu solaire (op. cit., 686). Cf. W. Richter, Der Œdipusmythus^j 21.

(4) Le chant XXIII est du début du vin* s., selon W. Christ (op. cit,y 60). Mais Christ est d'avis (p. 38) qu'un certain nombre de vers ont été glissés dans des chants plus anciens de ï Iliade après l'apparition des épopées thébaines. Cela est fort vraisemblable.

(5) Cf. //. IV, 403. M Kapaneus le vaillant ».

l'œdipodie et la thbbaîde 3i

a*» Fragments.

Après avoir cité les quatre premiers vers d'Homère (Oi^yss. XI, a^i sqq.), Pausanias ajoute : <x Comment les dieux ont-ils divulgué le crime aussitôt (à(pap) si quatre enfants naquirent à Œdipe de Jokasté (ou Épikasté)? C'est d'Euryganéia, fille d'Hyperphas, qu'ils naquirent : cela est prouvé et par l'auteur des chants qu'on appelle Œdipodie et par Onasias, qui peignit pour les habitants de Platées Ëuryganéia attristée et le visage voilé à cause des luttes de ses enfants » (IX, 5; lo. — Œdip. fr. i, Kinkel).

« Les auteurs de V Œdipodie (car personne ne parle ainsi de la Sphinx) (i). . . , <i Mais encore (la Sphinx dévora?) le plus beau et le plus désirable de tous, le fils chéri de l'irréprochable Kréôn, le divin Haemon » (Seh. Mon. ad Eur, Ph. 1760; Œdip. fr. q).

« Chante, déesse, Argos altérée, d'où les chefs (2) (Cert, Hom, et Hesiod. p. 323 sqq. éd. Goettl.; Theb, fr. i. Kinkel).

» Mais le héros issu des dieux, le blond Polynice, d'abord plaça devant Œdipe une belle table d'argent, celle de Kadmos inspiré des dieux; ensuite il emplit une coupe d'un doux vin.

(1) Walckenaër (éd. des Phénie, Schol., p. 165, note) pense qu'il y a ici quelques mots oubliés. Schwartz {Sch. Eur Ph.) ne croit pas à une lacune. Le sens parait être que VŒdipodie est la seule épopée thébaine qui place Haemon, fils de Créon, parmi les victimes de la Sphinx.

(2) Welcker proposait de lire : Argos accablée de maux (TroXut^^iov, mot nouveau). 0. Muller lisait : où les rois (ëvOa FâvaxTsc). Mais Welcker se trompe très évidemment, et la correction de Mùller, inspirée par des scrupules de métrique, est inutile. L'étude de l'orthographe et de la métrique des fragments, dont Bethe tire argument pour sa thèse (op. cit., 40, n. 20), ne peut donner de résultats sérieux. Cf. pour la question en général, W. Christ (op. cit., 38, n. 1), M. Groiset {B. de la LUI. gr., i, 403, note 2); et pour la question de la Thébaide, en particulier, W. Ricbter [Der Œdipodsm., 24). Sur le digamma, dans les épopées homériques, voir l'édition de 1mm. Bekker, et la conclusion qu'en tire très logiquement Bréal [Journal des Savants, 1903, 143).

3a l'œdipodib et la thbbaîde

Mais Œdipe, dès qa*il eut remarqué devant lui (l^pàffOTj) les dons précieux de son père, une grande colère lui tomba au cœur, et aussitôt il maudissait gravement ses deux fils (et * cette malédiction n'échappa pas à TËrinys), souhaitant qu'ils ne partagent pas dans une amitié fraternelle les dons de leur père, mais qu'entre eux toujours il y ait guerres et combats (i) » (Athénée, XI, p. 465 I; Th. fr., a).

Un scoliaste de Sophocle dit de son côté : « Étéocle et Polynice avaient coutume d'envoyer à leur père Œdipe une épaule de toutes les victimes ; mais un jour, à leur insu ou par négligence ou pour tout autre cause, ils lui envoyèrent uue cuisse. . . « Dès qu'il vit (év6')r)<re) une cuisse, il la jeta par terre et dit ces mots : Hélas ! mes enfants m'ont envoyé cet outrage! Et il priait le roi Zeus et les autres Immortels de les faire descendre chez Hadés sous les coups l'un de l'autre » (Sch. Laur. ad Soph. Œd. Col, iSjS. Th,fr.,3i).

Pausanias ayant dit que d'après V Iliade (XXIIl, 34d) et la Thébaïde Aréion, le cheval d'Adraste, était de race divine, cite ce vers de la .Thébaïde : (Adraste s'enfuit de Thèbes) portant des vêtements de deuil, avec Aréion à la crinière azurée (2) » (Paus. VIII, a5, 8 ; Th. fr., 4> Kinkel).

Pindare : « Et ensuite sept bûchers ayant consumé les morts, le Talaïonide devant Thèbes dit cette parole : ex Je pleure l'œil de mon armée à la fois bon devin et bon au combat de la lance » (Olymp, VI, i5 sqq.). Et le scoliaste dit à cet endroit que, selon Asklépiade, ce vers était extrait de la Thébaïde cyclique (Th. fr. 5).

Selon Apollodore, après la mort d'Althée, Œneus épousa Péribée, fille d'Hipponoos, et l'auteur de la Thébaïde dit

(1) Eustathe {Ad Od, XI, p. 1684. 6; fait une allusion évidente à ce passage de la Thébdide. Ck>mme il ne cite pas la deuxième malédiction, on en a quelquefois conclu qu'elle était fausse. Welcker (op. cit. II, 333, n. 26) a très bien répondu à cette objection.

(2) Sur Aréion, de race divine, voir Homère, Iliade, XXIII, 346), et sur les circonstances et le lieu de la naissance du cheval merveilleux, voir le Scoliaste sur ce vers. Cf. page 9.

LŒDIPODIE ET LA THÉBAÎDE 33

qu'Œneus s'était etnparé d'elle à la prise d'Olénos (Apd. I, 8, 4, i; 7%. fr.,6).

Selon Pausanias, près de la source Œdipodie à Thèbes, on voit le tombeau d' Asphodikos ; les Thébains disent que cet Asphodikos fut le vainqueur de Parthénopée, mais la Thébdide assurait que Parthénopée, fils de Talaos, fut tué par Périklymenos (Pausan. IX, i8, 6. Th, fr. 6).

3<> Les Logographes,

Helian ikos rapporte que Polynice céda le trône à son . frère Étéocle en vertu d'un accord ; Étéocle lui ayant laissé le choix entre le trône ou l'exil avec une partie des richesses paternelles, Polynice n'hésita pas à prendre le collier d'or et le péplos d'Harmonie, et à se retirer à Argos. Le collier avait été donné à Harmonie par Aphrodite, le péplos par Athéné (i); Polynice les offrit à Argie (Se. Ear. Phœn, 71).

Le même logographe dit que dans la seconde expédition contre Thèbes, Adraste perdit son fils Aegialeus au combat de GHsas (Se. Find. Pyth. VUî, 68).

Phérékyde dit que Polynice fut exilé par la violence (Se. ^ Eut, Fhœn7'jj).

n raconte aussi que dans la guerre thébaine, Tydeus, blessé par Mél(an)ippos, fils d'Astakos, fut violemment irrité : Amphiaraos, ayant tué Mélanippos, donna sa tête à Tydeus, qui la brisa comme une bête sauvage et en but la cervelle. Au même moment arrivait Athéné qui lui apportait l'immortalité et qui, d'horreur, s'en retourna. Mais lui, s'en étant aperçu, lui demanda de donner l'immortalité à son fils (Se. Hom. Iliad, VI, 26).

Enfin nous devons à Phérékyde un renseignement de \

(1) Selon Phérékyde, cité par A))OlIodore (III, 4, 2) le collier et le péplos avaient été donnés à Kadmos par Héphaistos, selon d'autres à Europe par Zeus. — Sur les dons accordés à Harmonie par les dieux eux-mêmes, voir la description du coffret de Kypsélos (Pausanias, III, 18, 2).

34 l'œdipodie bt la thbbaîde

valeur discutable, mais intéressant : Gréôn donne à Œdipe le trône et Jokasté, sa mère, pour épouse ; Œdipe a de celle-ci Phrastôr et Laonytos qui furent tués par Erginos et les Minyens. Un an après (la mort de Jokasté) Œdipe épouse Eurygané, fille de Périphas (ou Euryganeia, fille d'Hyperphas, car les noms ont pu être confondus dans récriture, cf. Bethe, op. cit.^ 24» n. 36), dont il a Antigone et Isméne, tuée par Tydeus près de la fontaine qui a pris son nom ; il eat aussi d'elle deux fils, Étéocle et Polynice. Quand Eurygané fut morte, Œdipe épousa Astymedusa, fille de Sthenelos (i) ^^Sc. Eur. Phœn. 53).

Il serait trop long de traduire ici le récit d*Apollodore ^(III, 5 et 6), et toutes les mentions des scoliastes ou de Pausanias. Mais on s'efforcera d'avoir toujours leurs opinions présentes à Tesprit dans cette étude (q), et on citera du moins deux passages très importants, Tun de Pisandros, l'autre de Pausanias.

4"" PsEUDO-PiSANDROS

Pisandros rapporte que Héra, irritée, envoya aux Thébains la Sphinx, venue du fond de TÉthiopie, parce qu'ils n'avaient pas puni Laîos, coupable d'un amour criminel pour Ghrysippos, enlevé à Pise. ce La Sphinx avait, écrit-il, une queue de serpent ; elle saisissait et déchirait des petits et des grands,

entre autres Haemôn, fils de Gréôn Laïos le

premier s'abandonna à cet amour contre nature, et Ghrysippos, honteux, se perça de son épée. C'est alors que Tirésias, voyant en sa qualité de devin que Laîos était haï des dieux, le détourna d'aller consulter Apollon, l'engageant à sacrifier plutôt à Héra Gamostolos. Mais le roi méprisa

(1) Sur ce dernier détail, cf. Se. Bom. IL IV, 376.

(2) On ne parle pas davantage en cet endroit des lyriques et des tragiques qui seront étudiés plus loin ; mais on tiendra le plus grand compte de leurs diverses versions.

L^ŒDIPODIE ET LA THEBAÎDE 35

cet avis. Il partit donc et fut tué aux Trois-Chemins, avec son cocher, par Œdipe, qu'il avait frappé d'un coup de fouet. Œdipe, après ce meurtre, enterra Laïos avec ses vêtements, ne gardant que sa ceinture et son épée ; puis il ramena le char et en fit don à Polynice. Ensuite il épousa sa mère, ayant résolu Fénigme. Au bout de quelque temps, ayant offert un sacrifice sur le Cithéron, il revint avec Jokasté sur son char. Et quand ils arrivèrent aux Tr ois-Chemins, se rappelant son aventure, il la raconta à Jokasté et lui montra sa ceinture. Et elle, quoique épouvantée, se tut, ignorant qu' Œdipe était son fils. Mais plus tard vint de Sicyone (i) un vieillard, pasteur de chevaux, qui lui apprit tout, et comment il l'avait trouvé, et comment il l'avait sauvé et donné à Méropé ; en même temps il lui montra ses langes et le fer qui perçait ses pieds, et lui demanda une récompense. C'est ainsi que tout se découvrit. Et l'on dit qu'après que Jokasté se fut tuée et que lui-même se fut crevé les yeux, il épousa la vierge Eurygané, dont il eut quatre enfants. Voilà ce que dit Pisandros (a) » (Se. Eurip, Phœn. 1760).

(1) Selon le Ps. Pisandros, OËdipe fut donc élevé à Sicyone. Cf. Androtion cité par le Se. de VOdyssée (Xi, 271) et le Scoliaste des Phéniciennes d'Euripide, 26.

(2) Ce Pisandros était, selon Bethe (op. cit., 4, note 10) suivi, semblet-il, par Wecklein et W. Richter, un érudit, auteur d'un abréj^é de VŒdipodie et de quelques autres poèmes. Mais les raisons alléguées par Bethe à l'appui de son opinion me paraissent bien faibles : et je crois avec 0. Gruppe {Jafiresb. 1894, III, 95), que les semblants de preuve tirés du scoliaste d'Apollon, de Rh. (Àrg. I, 152, 471; II, 98, 1088; IV, 57) ne prouvent rien. De plus, j'ai supprimé dans le passage cité quelques lignes (« La Sphinx tua Haemon et Hippios, fils d'Ëurynomos, qui avait lutté contre les Cen> taures. Eurynomos et Eloneus étaient fils de Magnes, fils d'Alolos et de Philodiké; Hippios, quoique f-tranger, fut tué par la Sphinx, et Eloneus par OËnomaos, comme les autres prétendants »); or, ces lignes, étrangères au sujet, paraissent résumer une sorte de parenthèse fréquente dans les poèmes épiques ou généalogiques. Il demeuriî donc probable que ce Pisandros est un poète, sinon le Pisandros de Kamiroi, auteur de VUéraklée^ du moins celui qui écrivit sous son nom," à uneé^oque inconnue, mais antérieure à l'ère chrétienne, une sorte (f histoire universelle en vers

36 L*ŒI>IPODIE ET LA THEBAÏDB

50 Pausanias

« Œdipe vivant et régnant encore, Polynice s* éloigna de Thèbes, craignant d'être en butte aux malédictions que son père leur avait adressées. Étant arrivé à Argos et ayant épousé la ûlle d'Adrastos, il fut rappelé par Étéocle et revint à Thèbes, à la mort d'Œdipe ; de retour il eut une querelle avec Étéocle et ainsi dut s'exiler de nouveau. Il demanda à Adrastos une armée pour le ramener dans sa patrie ; mais elle fut détruite et lui-même provoqua son frère à un combat singulier. Ils périrent dans ce combat. . . » IX, 5, la sqq.

L'armée argienne s'avança du centre du Péloponnèse jusqu'au centre de la Béotie, et Adrastos avait rassemblé des

intitulée 'Hpcolxal OeoYa|i(ai. Macrobe dit en effet : a Dicturumne me putatis ea quae vulgo nota sunt?... quod eversionem Trojae, cum Sinone suo etequo Hgneo ceterisque omnibus quae iibrum II (Aeneldos) faciunt, a Pisandro paene ad verbum transcripserlt (Virgilius)? Qui (Pisander) inter graecos poetas eminet opère quod a Nuptiis Jovis Incipiens, unlversas historias quae mediis omnibus saecuiis usque ad aetatem ipsius Pisandri contigerunt, in unam seriem coactas redegerit, et unum ex diversis hiatibus temporum corpus effecerit : in quo opère inter historias ceteras interitus quoque Trojae in hune modum relatus est d. Sat , V, 2, 4. — Ce Pisandros ne peut être l'auteur de VBéraklée, mais bien celui des *Hpa>lx. 0eoY* (citées par Suidas et Zozime), poème « qui embrassait pour ainsi dire toute l'histoire » (Zbzfme). Il vivait avant l'ère chrétienne, puisqu'il a servi de modèle à Virale (et sans doute aussi avant l'auteur de la Bibliothèque (VApoUodore^ car le fait rapporté par cet auteur à Pisandros, 1, 8, 4, 1, est évidemment tiré du Psendo- Pisandros et non de l'Héraklée). Par conséquent, il ne faut pas le confondre (comme Suidas) avec Pisandros Larandensis ou Lykaonius, contemporain d'Alexandre Sévère. C'est vraisemblablement un poète qui, sous le nom et à l'imitation de Pisandros, auteur de VBéraklée, a fondu ensemble et modifié toutes les vieilles légendes, comme celui-ci avait, au témoignage des anciens (cf. Pausanias, II, 37, 4), amplifié et modifié la légende d'Héraklés. — Cf. Welcker, Der Ep. Cyclus (>), I, 95 et 96. Le Pseudo* Pisandros, compilateur en vers et quelquefois en prose (xaTaXoYâ67)v, s'il en faut croire Suidas, peu digne de foi, il est vrai), a certainement mis à profit les vieilles épopées, et notamment sans doute VŒdipodie; mais sans doute aussi il n'a pas craint de les altérer, et on ne peut, par conséquent, lui attribuer autant de crédit que le fait Bethe.

l'œdipodib et la. thebaïdb Sj

alliés Arcadiens et Messéniens. De même des auxiliaires vinrent aussi aux Thébains de la Phocide, et la Minyade envoya les Phlégyens. Dans un combat livré sur Tlsménos, les Thébains vaincus et mis en fuite se réfugièrent derrière leurs murailles ; mais comme les Péloponnésiens ne savaient pas assiéger les remparts (car ils étaient plus ardents qu'habiles), beaucoup d'entre eux furent renversés et tués par les Thébains ; puis ceux-ci ayant fait une sortie et jeté le désordre parmi eux tuèrent tout le reste, si bien que l'armée entière périt^ à Texception d'Adrastos. . .» (IX, 9, q sqq.) (i).

//. — PARTIES COMMUNES DES DEUX ÉPOPÉES ET ÉVOL UTION DES LÉGENDES THÉB AINES

Gomme le prouvent les passages et les fragments cités, VŒdipodie et la Thébaïde traitaient le même sujet sur quelques points. UŒdipodie sans doute parlait, ainsi que la Thébaïde, des derniers moments d'Œdipe et des causes de la guerre entre Étéocle et Polynice ; quant à la Thébaïde, il est impossible qu'elle n'ait pas contenu d'allusions à l'histoire d'Œdipe. D'autre part, VŒdipodie, épopée postérieure et d'un caractère assez artifi(^iel, s'est probablement confôrmée pour certains détails ala Thébaïde, épopée très pooulaire, mais elle a dû aussi parfois mettre en œuvre des légendes plus anciennes, et elle a mélangé les différentes versions

(1) Il est cerlain que le second passage de Pausanias est un résumé de la Théba%dej caT 11 l'affirme lui-même un peu pîus f bin ( IX , 9, 5]~"Biën~qu'ïr ne dise rien de ses sources pour le premier, il faut le croire emprunté, indirectement du moins, à VŒdipodie ou à la Thébaïde^ car les deux chapitres, d'où j'ai extrait ces passages, concordent dans leurs parties communes, et nous avons vu (p. ^ sqq^) que, dans ce livre IX, Pausanias suivait assez fidèlement la Thébdideou les logographes qui l'ont extraite: d'ailleurs Homère IIL X.XIII, 674) confirma un des détails donnés ici. — D'autres indications de Pausanias seront mises à profit au cours de cette étude.

38 l'œdipodib bt la thebaide

d'une façon que nous ne connaissons pas (i). Ajoutons enfin qu'à des époques indéterminées nombre de traditions contradictoires se répandirent sur les malheurs d'Œdipe ou sur la

\ lutte de ses fils ; et Ton comprendra combien il est difficile

: soit de discerner, dans les divers traits de la légende, ceux qui appartiennent aux deux épopées, soit surtout de distinguer

• ce qui est à Tune de ce qui est à l'autre. Sans doute nous avons pour nous guider les Sept contre Thèbes, qui se

]' rapprochent beaucoup de la Thébaïde, comme nous le verrons; mais il serait imprudent de conclure toujours de la tragédie d'Eschyle à la grande épopée thébaine : les Sept faisaient en effet partie d'une trilogie dont Laïos et Œdipe étaient les premières pièces, et pour composer ces deux premièi'es tragédies, Eschyle avait dû recourir nécessairement à VŒdipodie plutôt qu'à la Thébàïde; Ton peut donc supposer qu'il a retenu quelques traits de VŒdipodie dans les Sept, D'autre part on relève des divergences certaines entre la Thébaïde et les Sept contre Thèbes (a).

La plus grande prudence est par conséquent nécessaire, d'autant que la Thébaïde même, à plus forte raison YŒdipodie, sont un mélange de traditions plus anciennes, souvent contradictoires : de là les nombreuses différences dans les reconstructions qui ont été tentées de ces poèmes ; et là aussi la source première des erreurs de Bethe, qui a bien aperçu les contradictions de la Thébaïde dans les fragments et les indications que nous possédons, mais qui en a conclu bien à tort qu'il y avait donc eu deux épopées, une Amphiaràide et une Thébaïde. Il n'y a pas eu deux épopées, mais trois ou quatre légendes principales que l'auteur de la Thébaïde cjyclique a fondues comme il a pu. Avant donc de chercher à reconstruire nous-mêmes VŒdipodie et la Thébaïde dans leurs

(1) Cf. Weckleln (op. cit., 661 sqq.). W. Rlchter (op. cit., 23) croit môme la Thébaïde antérieure à Vlliade et à VOdyssée, mais c'est une opinion insoutenable.

(2) Par exemple sur la race de Parthénopée. — Cf. Wecklein lui-même op. cit., 666).

l'œdipodie et la thbbaîde 3g

détails, tâchons de démêler les diverses légendes ou traditions dont elles sont composées : ce sera toute la nouveauté de ce travail.

C'est à Homère qu'il faut demander les premiers linéaments de la légende, bien que la Thébaïde cyclique ait pu s'infllti*er dans les parties les plus récentes de son œuvre.

Homère ne dit rien de Laïos ni de la Sphinx, ni de la naissance d*Œdipe. Il indique seulement (Od. XI â^i sqq.) qu'Œdipe régna à Thèbes, épousa sa mère Epikasté, qui bientôt Tapprit et se pendit, et que lui-même continua à régner misérable.

Il est clair qu'Homère ne nous donne pas toute la tradition primitive : celle-ci devait expliquer pourquoi Œdipe avait épousé sa mère. Une malédiction pesait sur lui sans doute, à cause de ses parents. Donc les vieilles légendes parlaient de ses parents, de quelque crime commis par son père, que celui-ci s'appelât Laïos ou d un autre nom. Mais quel crime? Ce n'était assurément pas une offense à Apollon, au dieu de Delphes surtout; car Apollon et l'oracle de Delphes étaient inconnus en Béotie à l'époque reculée où dut se former la légende : Homère lui-même ne parle qu'une fois dans V Iliade (IX, 4o4) du temple d'Apollon dans Pytho la rocheuse, et Bergk (Griech. Liter, I, 697) rejette ce vers non sans raison (i). Il n'est pas même probable qu au moment où fut composée la Thébaïde, cet oracle si célèbre dans la suite fût fort connu, et c'est seulement à YŒdipodie, écrite plus • tard encore et probablement dans la Grèce d'Europe qu'il faut attribuer cette invention d'un oracle d'Apollon méprisé • dont il est question dans Pindare (OL 11 , 38 sqq.) d^ins • Eschyle (Sept, 760) et tous les tragiques (2). Etait-ce donc une

(1) Si les Mycéniens et les Pélasges ont connu ou non Apollon, on rignore; mais assurément on ne trouve nulle trace du culte d'Apollon à répoque mycénienne. Cf. H. R. Hall, The oldest civil, of Greece (1901), 297.

(2) VŒdipodie, substituant au râle d'Héra le râle d'Apollon, a naturellement changé le lieu du meurtre de Laïos, et Ta transporté de Potnies en Phocide.

4o l'œmpodie et la th^baîde

offense à Héra Gamostolos comme le raconte le Psendo- Pisandros, et un amour contre nature de Laîos pour Chrysippos ? Mais il semble que Tamour contre nature ait été apporté par les Doriens (i), et je crois la légende plus ancienne que Tinvasion dorienne qui ne dut pas commencer avant Tan mille (a). Toutefois ce crime parait être la cause attribuée par la Thébaïde aux malheurs de Laîos et de sa descendance, comme l'indiquent et le voyage d*CEdipe au Cithéron que mentionne le Pseudo-Pisandros, et le meurtre de Laïos à Potnies selon Eschyle lui-même (3).

Donc on ignore ce qui motivait les malheurs de la race des Labdacides dans les vieilles légendes, on ne sait pas davantage à quelle occasion Œdipe épousait sa mère. Selon toute apparence, après avoir tué son père il rendait un grand service à son pays : était-ce donc le meurtre de la Sphinx ? Peut-être, si l'on s'en rapporte à Ilberg(Z>ie Sphinx in der Griech. Kunst und Sage, Leipzig, 18961 ai), qui croit ce mythe d'une très haute antiquité (4). En tout cas on ne peut douter de la présence de la Sphinx dans YŒdipodie^ puis-

(1) Voir Ersch. und Grubers Encyk. art. Paederastie^ p. 159. Wilamowitz adopte l'opinion d'Ersch et de Gruber {De Trag, Graecis comm. 11). Cependant les anciens faisaient venir l'amour contre nature de la Crète. Cf. Athénée, p. 602 F.

(2) Cf.H. R. Hall, op, cit. 41 sqq.

(3) Cf. 173. Je ne sais pourquoi Bloch {BerL Phil. Woch. 1904, col. 100) ne veut pas concéder à Wecklein et à tous les savants qui se sont occupés de la question, que ce fragment est bien relatif au meurtre de Lalos. L'indication du Scoliaste est pourtant formelle.

(4) llberg {op. cit., 18, n. 6) croit aussi que la Sphinx était, selon VŒdipodie, envoyée par Héra honorée sur le Cithéron, parce que le Scol. des Phéniciennes (800) dit que la Sphinx était nourrie sur le Cithéron. Mais c'est qu'alors VŒdipodie aurait transporté dans un endroit nouveau ce monstre mythique, originairement apparenté au mont ^ixiov (V. p. 00); et cette hypothèse est d'autant moins vraisemblable que VŒdipodie psLvaiii avoir sacrifié le rôle d'Héra au profit d'Apollon. Peut-être cependant voulait-elle fondre ainsi la version de la Thébaïde et les légendes nouvelles nées du culte d'Apollon à Delphes.

L'ŒDlPODïfa ET LA THEBAIDE ^l

qu'un fragment (Œdip, fr. a) montre Haemôn tué par elle ; <>^ et la Théh aïde y faisait probablement allusion (i). /^

Homère laisse bien d'autres choses dans le doute : ainsi, selon lui, Œdipe se crevait-il les yeux ? Non, dit le scoliaste (Orf. XI ajS). Non, dit aussi Ëustathe, car si Homère avait su qu'Œdipe se crevait les yeux, il l'aurait déclaré comme il déclare qu'Épikasté s'est pendue (Ëust. ad Hem, Od. i684, i5). Mais la plupart des érudits modernes, Welcker (op. cit. Il 333), Bethe (op. cit. tja sqq.) (a) croient qu'il Ta su. En réalité nous l'ignorons, parce que nous ignorons ce qu'en disaient les vieilles légendes ; il y a là probablement un mythe caché pour nous. Mais ce qui est sûr, c'est que la Thébaïde le savait et le disait, bien que les mots employés dans les fragments cités (l^pàffÔTj et vo-ricre, fr. a et 3) soient obscurs, et bien qu'Œdipe, comme le disent V Odyssée et là Thébaïde, ait régné jusqu'à sa mort : en effet des fragments 2 et 3, il résulte qu'Œdipe, insulté par ses fils, en est réduit à appeler l'Erinys à son aide;' mais s'il n'eût pas été infirme, ne se serait-il pas vengé lui-même (3)?

Homère savait-il si Œdipe avait eu des enfants ? Assurément il ne lui en faisait pas naître d'Epikasté, comme l'a bien montré Pausanias (IX, 5, lo) (4), et nul doute que sur ce point il ne fût d'accord avec les vieilles légendes. Mais peuton dire avec Paulson (5) que selon Homère, Etéocle et

(1) Sur la nature de la Sphinx et les diverses opinions des anciens, voir Pausanias (IX, 26), Se. Eur, Ph. i768, Nicolas Damascéne (F. H. G., III, 336), Joh. d'Antioche (ift., IV, 545) ; et Suidas.

(2) Exceptons H. Geist {De Fabula Œdipodea, 5 sqq.

(3) Ainsi ont pensé justement la plupart des modernes, entre autres : Welcker {op. cit., II, 337); Bethe {op. cit., 104); W. Richter {op. cit., 5). Mais Bloch le nie {Berl. Philol. Woch. 1904, col. 99) pour la Thébaïde * comme pour VOdyssée.

(4) Sur le mot âçap voir plus haut.

(5) Selon Paulson (Eranos (1896), Àcta philolog. Suecana, l'*et2' livraison, article résumé par la Rev. des Revues, 1897, 314), le trait principal ^ de la légende d'OËdipe, et qui a donné naissance au mythe entier, c'est le mariage d'OEdipe avec sa mère Jokasté; le reste est secondaire. Dans i

4^ L'ŒDIPODIE et lX THBBAIDE

Polynice ne sont pas des fils d'Œdipe et ne sont pas frères ? Cela est fort douteux ; car si en parlant de Polynice et de Tydeus au IV* chant de Y Iliade il ne dit pas que Polynice soit fils d'Œdipe et que son ennemi Étéocle soit son frère, du moins on ne s'explique la présence de Mékisteus le Talaîonide aux jeux funèbres d' Œdipe (II. XXIII, 679) que par l'alliance des fîls de Talaos et d'Œdipc, et cette alliance même ne peut guère provenir que du mariage d'un fils d'Œdipe avec une fille de la race de Talaos (i). Seulement il parait bien certain, comme nous le verrons ailleurs plus clairement, que y les vieilles légendes n'unissaient pas à l'origine les malheurs ' d'Œdipe et la guerre des Sept ; dès lors il est facile de comprendre les hésitations de VIliade, souvent faite, dans les détails, de pièces et de morceaux mal rattachés ou même contradictoires ; Y Iliade ne rapporte pas tout au long toutes les légendes et ne prétend pas accorder tout ce qu'il peut y avoir en elles de diflerent.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs de Y Iliade, YŒdipodie et la Thébaïde assurément regardaient Étéocle et Polynice conune

Homère la légende d'Œdipe et celle de la guerre de Thèbes sont indépendantes. Étéocle et Polynice ne sont pas fils d'Œdipe et ne sont pas frères. Un passage d'Hésiode {Op. 161 sqq.) nous montre comment on est venu à les croire tels : Œdipe aurait été marié avec Eurygané dont il aurait eu les deux héros tbébains. Les deux légendes se confondirent et Eurygané passa pour la mère et la femme d'Œdipe. Si obscur que soit ce résumé de la Revue de Philologie^ il permet toutefois d'entrevoir la méthode de Paulson, qui croit, bien à tort, que tous les détnils de l'Iliade ou de VOdyssée sont de la même origine, tout au moins de la même époque. Envisager ainsi la question, c'est se jeter dans toutes les erreurs.

(1) C'est bien ainsi que le scoliaste d'Homère a compris ce passage : « Homère dit qu'Œdipe régna jusqu'à sa mort, et, selon Hésiode, Argie et quelques autres vinrent à Thèbes pour ses funérailles (Se. Townl. ad II., XXIIT, 679). ~ Toutefois on pourrait peut-être soutenir qu'Adrastos était lié dès l'enfance avec Œdipe, étant, d'après une tradition rapportée par Pausanias (II, 6, 6), petit-fils de Polybe, roi de Sicyone, par qui Œdipe avait été élevé. Et Homère lui-même ne dit-il pas à un endroit (//. II, 572) qu'Adrastos régna d'abord à Sicyone ? Mais remarquons que Pausanias est contredit par toute la tradition grecque qui ne donne aucun enfant à Polybe.

l'œdipodie et la thébaïde 43

frères et fils d'Œdipe; mais YŒdipodie faisait naître les ] quatre enfants célèbres d'Œdipe et d'Eurygané, comme on Ta vu ; et il paraît au contraire probable que selon la Thébaïde ils étaient nés d' Œdipe et de Jokasté : toute la tradition des poètes lyriques ou tragiques, des logographes et des mythographes est en effet d'accord sur ce point ; Eschyle, qui s'inspire presque partout de la Thébaïde, n'en doute pas ; enfin la Thébaïde étant, comme nous le verrons, défavorable aux Thébains, a dû jeter Fodieux sur Thèbes et y a fort bien réussi par ce moyen. D'un autre côté, si la naissance incestueuse dePolynice et d'Etéocle, d'Antigone et d'Iômène, n'est pas proclamée dans un poème fameux comme la Thébaïde, quel autre aura donc pu lui donner tant de crédit ? Il est invraisemblable qu'un poème généalogique, ou même les Chants Kypriens, où mention était faite de l'histoire d'Œdipe (i), aient seuls répandu cette opinion dans toute la Grèce. Il vaut donc mieux croire que c'est la Thébaïde qui a inventé ce détail et que, si YŒdipodie ne Ta pas suivie sur ce point, c'est que l'auteur, interprétant comme Pausanias le passage de Y Odyssée, XI, 271 sqq., et voulant aussi peut-être complaire aux Thébains qui n'acceptaient évidemment pas cette légende (2), a jugé bon de revenir aux traditions plus anciennes et de ne pas contredire Homère (3).

(1) D'après le témoignage de Proclus (Chrest,, I), Nestor racontait dans les Cypria les aventures d'Œdipe, rà Trepl 'OtStTrouv (Kinkel, p. 18). Mais un épisode, si long qu'il soit, ne suffit pas pour expliquer l'unanimité de l'opinion grecque sur un point, si d'autres poèmes importants, comme la Thébaïde, le contredisent.

(2) Cf. la peinture d'Onasias à Platées (Pausan. IX, 5, 10).

(3) W. Richter n'est pas de cet avis (malgré Wecklein, op. cit., 683), sous prétexte que, VIliade ne donnant aucun enfant d'Épikasté à Œdipe, et YŒdipodie l'imitant en cela, la Thébaïde, plus homérique que VŒdipodie, n'a pu le faire davantage (W. R., op. cit. 18). Mais alors, selon lui, quelle est la mère des quatre enfants? Personne : la Thébaïde ne le nommait pas {ib. 19). Voilà qui est commodément réglé, mais peu convaincant. La version de Phérékyde (Se. Eur. Ph. 53), selon laquelle Œdipe aurait eu de Jokasté deux fils, Phrastôr et Laonytos, tués par Erginos,

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