‹ Les légendes thébaines dans l'épopée et la tragédie grecquesChapitre 39 sur 39 · L. - là · texte numérisé non relu

L. - là

RÉSUMÉ DONNÉ PAR EURIPIDE

» Et il arrive que mon enfant, Œdipe, peut comprendre le chant de la Sphinx : aussi il est institué roi de cette terre et prend en récompense le sceptre de ce pays. — Et il épouse celle qui l'a enfanté, ne sachant pas, l'infortuné, ni sa mère, qu'elle dort avec son enfant. — Et je mets au monde des enfants de mon enfant, deux fils : Étéocle et Tillustre et fort Polynice; et deux filles : l'une que son père appela Ismène et l'autre, l'aînée, que Je nommai Antigène.

» Et ayant appris qu'il occupait ma couche, la couche de sa mère par lui épousée, (Kdlpe, malheureuse victime de tous les maux, jette dans ses yeux un meurtre cruel et ensanglante ses prunelles avec des agrafes d'or.

» Or quand s*ombrage le menton de mes enfants, ils cachent leur père sous des verroux (I), afin que ce malheur sorte de la mémoire des hommes et cela exigeait beaucoup d'adresse. Et il est vivant dans sn demeure, et irrité de cette destinée, il profère contre ses enfants les malédictions les plus atroces, priant les dieux qu'ils se partagent à la pointe du fer cette maison.

(1) xX^^Opoi; sxpu'j^av (V. 64). C'est une modification à la légende. Avant Euripide, on se représentait Œdipe, lors du siège de Thèbes, mort ou en exil. — Je ne vois pas du reste que cette variante ait eu la faveur des poëtes postérieurs (sauf Stace Théb. XI, après Senèque sans doute).

Hygin est le seul mythographe qui admette que pendant le siège de Thèbes Jokaste vécût encore et qu'elle se soit tuée sur le cadavre de ses fils. {Fab. fi'^).

HYGIN (tragiques secondaires ?)

(ib.) E^missi qnum plures regni cupidine venissent et a Sphinge essent consumpti, Œdipus Laii f.

veoit et Carmen est interpréta tus.

Il la se praecipitavit — OEdipus re-

Î:num pateroum et Jocastam marem Inscius accepit uxorem ex qua procréa vit Eteoclen et Polynicen, Aniigonam et Ismenen.

{ib.) Intérim Thebis sterilitas frugum et penuria incidit ob Œdipodis scelera. Interrogatusque Tircsias quid ita Thebae vexarentur, rcspondit : Si quis a draconteo génère superesset et pro patria interiisset, pestilentia liberaturum (1).

Tu m MencBcens, Jocastae pater, se de mûris praecipitavit (2). Dum haec , Thebis gerunturi Corintho (3) P( lybus decedit. Quo audito, GEdipub moleste ferre coepit, aestlmans patrem suum abisse ; cul Perlboea de ejus snbpositione palam feeit. Id Itemales senex,qui eum exposuerat, ex pedum cicatricibus et talorum agnovit Laii ûlium esse. OEdipus, re audita, postquam vidit se tôt scelera fecisse ex matris veste fibulas detraxit et se lumlnibus privavit. (4)

{ib.) (( Thebis (OEdipus) Antigona filia duce profugit. »

(1 et 2) Hygin fait encore allusion à cette peste et à ce suicide de Ménoikeus, frère de Jokaste, dans sa fable 242. Il a dû prendre cette information dans un poète postérieur à Euripide, s'inspirant et d'Euripide (suicide de M.) et de Sophocle (la peste et Tirésias).

(3) Fr. Niebuhr : Sycionae.

(4) Cf. f. 243 « Œdipus Laii f. propter Jocasten matrem ipse se occidit (?), ablatis oculis. »

EUaiPIDE (PIÈGES)

« Ce sont les serviteurs de Laios qui crèvent les yeux d'OËdipe {Œdipe, fr. 541).

« Les enfants enfermèrent leur père afin de cacher aux yeux du monde Tinfamie de leur maison. » {Ph., 872 sqq.)

OËdipç, après avoir pleuré sur le cadavre de ses fils ( PA. , 1439 sqq.), part pour Colone en Attique (1693 sqq.).

SOPHOCLE

Œdipe résout rénifrme, épouse sa mère pt règne {(Èd, A., 36, 1199, 1202).

Il H 4 enfants de Jokaste (0.

C, 525 sqq.) dont Polynice est l'alné (1) (0. C, 367, 1295 sqq.).

La peste fond sur Thèbes:

Œdipe se reconnaît le meurtrier de Lalos (0. B. 76i sqq.), puis le fils de Lalos et l'époux de sa mère (1121 sqcr.).

Il se crève les yeux.

Jokaste s'était pendue (1251 sqq).

(£dipe, les yeux crevés, veut partir pour l'exil : on le retient (0. A., 1432 sqq). Mais plus tard ses enfants devenus grands le laissent chasser par Créon ; c'est pour cette raison qu'il les maudit deux fois (0. C, 420 sqq., 1376 sqq.).

Œdipe meurt — an début de la guerre — à Colone en Attique (fin d'Q. C).

(1) Sur cette innoTation de Sophocle, non imitée parles poètes postérieurs, V. p. 146.

ESCHYLE

Œdipe mari de sa mère en a des enfants {Sept, 753 sqq).

Eschyle ne dit rien du sort de Jokaste.

Œdipe se crève les yeux (S. 783-4).

Œdipe meurt à Thèbes avant la guerre (S. 710 sqq , 1004) ; il avait maudit ses Uls parce qu'il était irrité de leurs mauvais soins (àTrtxoTo; tpoçâç).

RÉSUMÉ DONNÉ PAR EURIPIDE

» Et eux en proie à la crainte que les dieux n'accomplissent et ne ratlHent ces imprécations s'ils habitaient ensemble, décidèrent d'un commun accord

Sue le plut Jeune, Polynice, s'exilerait le premier e cette terre, et qu'Étéocle, demeurant, tiendrait le sceptre une année, puis l'échangerait avec son frère (1). Mais quand il est assis au gouvernail, il ne quitte pas lo tréne et il écarte de ce pays Polynicc exilé.

» Et celui-ci, étant parti à Argos et ayant épousé la fille d'Adrastos, rassemble et commande de nombreux boucliers argiens ; et étant venu vers les murs aux Sept Portes, il réclame le sceptre paternel, et sa part du pays » {Pkénie. 12-80).

(1) C'est ici pour la première fois qu'il est question d'un règne alternatif des deux frères. C'est encore un emprunt d'Euripide aux mœurs athéniennes de son temps. On sait du reste le succès de cette invention qui a été acceptée dans la suite par tous les poètes (sauf Sophocle dans Œd. d Col.) et par tous les mythographes.

HYGIN (tragiques secondaires ?)

(M) regnumque Ûliis suis alternis annis tradidit.

{Fab, 68).— Polynices,0Edlpodi8 f .

anno peracto regnum ab Kteocle fratre repetit. Il le ccdere noluit ;

Itaque Polynices (1) Adrasto rege adjuvante, cum septem ductoribus :

(70) Adrastus, Talai f. Polynices, Œdipodis f . Tydeus, QEnei f. ex PeribcBa captiva, Amphiaraus, QEclei f. (2) Capaneus Hipponoi f . Hippomedon Aristomachl t. Parthenopaeus, Meleagri et Atalantae, Arcas) (3».

Thebas oppngnatum venit. Ibi Capaneus, quod contra Jovis veluntatem Thebas ee capturum diceret cum murum ascenderet, fulmine est percussus. Amphiaraus terra est dévora tus. Eteocles et Polynices inter se pugnanles alius alium interfecerunt. His cum Thebis parentaretur etsi ventus vebemens esset tamen fumus se nunquam in unam partem convertit, sed alius alio seducitur (4). Geteri cum Thebas oppugnarent, et Thebani rébus suis climderent, Tiresia?. Euerisf. augur.

praemonuit « si ex dracontea progenie aliquis intérilsset, oppidum ea clade liberari. » Menœceus, cum vidit se unum civium salutem posse redimere, muro se praecipitavit :

Thebani Victoria sunt potiti.

(1) F. 69, Hygin raconte l'arrivée simultanée et le combat de Polynice et de Tydeus à Argos, puis leur mariage avec les filles d'Adrastos (cf. Eurip. Suppl. 400 sag.) :

l'oracle n'est pas expfîqué comme chez Euripide. Ph. 409 et 420).

(2) F. 73, Hygin raconte comment Amphiaraus pour ne pas prendre part k la guerre, partit pourtant, trahi par son épouse, k laquelle Adrastos avait donné un collier, fabriqué par lui (Eurip. disait selon les anciennes légendes que le collier était celui d'fiarmonie apporté par Polynice — Alkm. à Psophis fr. 70). Mais avant de partir il ordonna i son fils Alkméon de tuer sa mère (cf. Alk. d Ps. fr. 69).

(3) Sur Hypsipylé et la mort d'Opheltès voir la Fable 74.

(4) Cf. Paus. IX 18.3 : c'est une tradition très récente. Fab.ilSy Hygin dit que Jokaste se tua à eau se du combat criminel de ses enfants.

EURIPIDE (pièges)

{SuppL 423) :

Polynice épouse une fille d'Adraslos (Arf<ie), Tandis que Tydeus épouse l'autre (Délpyle).

/ oracle, 409 sqq.

pourquoi? ) lutte des 2 prin- ( ces, 420 sqq.

Adrastos promet de leur rendre le trône (429).

Chefs : Adrastos (Phénic.) Étéoklos (SuppL).

Polynlce.

Tydeus.

Amphiaraos.

Ciipaneus.

Hippomedon.

Parthénopée (P/i.et Suppl.).

Hypsipylé, pièce perdue.

Kapaneus foudroyé SuppL 496 sqq., 860 sqq. Phén, 1172 sqq.

Amphiaraos englouti (Suppi. 500, 925 saq.)v

Étéocle et Potynice se luent l'un l'autre {Ph. 1360i424K

Et Jokasle se tue sur leurs cadavres (PA.14^sqq. ).

Œdipe gémit et part pour l'Altique sous la conduite d'Antigone (Ph. 1693 sqq.).

Tydeus dévore le crâne de Ménalippos [Meleagr. fr.537).

Tirésias prophétise (Ph.

Ménolkeus, obéissant à l'oracle, se tue {Ph. 977-1018).

Victoire des Thébains {Ph.

1465 sqq.).

SOPHOCLE

Étéocle a chassé Polynlce son aîné avec l'aide des citoyens (0.

Polynlce épouse la fille d'Adrastos (O.C.. 377 sqq., 1202sqq.).

Étéoklos.

Polynlce.

Tydeus.

Amphiaraos.

Capaneus.

Hippomedon.

Parthénopée (arcad.) (0. C, 131325).

Kapaneus foudroyé {Ant., 126

Amphiaraos englouti (E/.,837 et/r. 873).

Étéocle et Polynice tués l'un par l'autre {Ant.}.

Tydeus mourant dévore le crâne de Ménalippos {fr. 731).

ESCHYLE

Victoire de Tbèbes {Anlig.

chœur).

Chefs argiens : Chefs thébains :

Étéoklos. Mégareus (Mé-

, nofkeus).

Polynice. Etéocle.

Tydeus. Mélanippos.

Amphiaraos. Lasthénès.

Capaneus. Polyphontès.

Hippomedon. Hyperbios.

Partlieii«|»êe,ireadiea. AKtor, Sept,

395 sqq.

Serment des chefs partant pour Thèbes {Sept.^ 42 sqq.).

Kapaneus foudroyé (allusion Sept, 444 sqq. ', fr. 17).

Amphiaraos englouti (allusion Sept, 587-8).

Étéocle et Polynlce se tuent (À., 800 sqq.).

Les Thébains vainqueurs S. 793 4).

RÉSUMÉ DONNÉ PAR EURIPIDE

« J'exprime ces prières (dit dans le prologue des Suppliantes Aethra, mère de Ttiéseus) en regardant ces femmes vieillies qui, ayant quitté les demeures de la terre argienne, tombent à nos genoux avec l'olivier suppliant en proie à une douleur terrible. Car autour des portes de Kadmos, leurs sept .nobles fils sont tombés, que jadis le roi des Argiens Adrastos emmena avec lui, voulant obtenir pour son gendre exilé Polynice une part de l'héritage d'Œdipe ; et leurs mères veulent inbumer les morts tombés sous la lance; mais les vainqueurs les arrêtent et ne veulent pas permettre la sépulture, méprisant les ordres des dieux. »

HYGIN (tragiques sbgondairbs 7)

F. 70. — Omnes duces apud Thebas perierunt praeter Adrastum Talai filium : is enim equi beneficio ereptns est.

F. 72. — Creon, Menoecei f. edixit ne qnis Polyniccen aut qui una venerunt sepulturae traderet, quod patriam obpugnatnm venerint. Antigona soror et Argia conjunx (1) clam noctu corpus Poiynicis sublatum in eadem pyra qua Éteocles sepultus est imposuerunt ; quae cum a custodibus deprehensae essent, Argia profugit, Antigona ad regem est perducta. lUe eam Haemoni filio, cujus sponsa fuerat, dédit interficiendam. Haemon a more captus patris imperium neglexlt et Antigonam ad pastores demanda vit ementitusque est se eam in terfecisse. Quae cum filium procreasset et ad puberem aetatem venisset, Thebas ad ludos venit.

Hune Creon rex, quod ex draconteo génère omnes in corpore insigne nak)ebant, cognovit. Cum Hercules pro Haemone deprecaretur ut ei ignosceret, non impetravit, Haemon se et Antigonam conjugem Interfecit. (2)

(F. 70. — insepulti jacuerunt, Creontis jussu qui Thebas occuparat, fratcr Jocastes.

(1) Je ne connais que Stace (T'A. XII) qui ait suivi aussi cette tradition.

(2) V, sur l'orifirine de cette version récente, la page 168.

F. 243, Hyg^n dit qu'Antigone se tua « propter sepulturam Polynicis ».

EURIPIDE (pièges)

Adrastot sauvé {SuppL).

Édit de GréoQ {Ph. 584- 1638).

Dévouement d'Antigone {Ànt, pièce perdue).

Antiffone. découverte à cause de Haemon. épouse Haeroon grâce à l'intervention de Dionysos (Ara. ÀnU et fr, 177).

La sépulture refusée aux morts est le sujet des Suppliantes,

SOPHOCLE

Édit de Créon (Antig. 10 sqq.)-

Dévoûment d'Antigone (int.).

Antigone est saisie et se pend dans son souterrain.

Hémon se perce de son épée

(Ànt,),

Àntig. (1079 sqq).

ESCHYLE

Adraste seul sauvé (Sept, 49 sqq.).

Édit du Sénat thébain (S. 1004 sqq.).

Antig. déclare qu'elle va ensevelir son frère (S. lOâO sqq.).

Sujet des Éleusiniens (Plut. Thésée, 29).

RÉSUMÉ DONNÉ PAR EURIPIDE

Et s'imposant avec elles de réclamer mon secours, Adrastos, Tes yeux mouillés de larmes, est ici prosterné, gémissant sur sa puissance et sur la très malheureuse armée qu'il a envoyée hors de ses demeures ; il me presse et me supplie de persuader à mon fils d'être le bienfaiteur des morts et de leur sépulture par des négociations ou par la force de la lance, ne chargeant que de cette tâche mon fils et la ville d'Athènes.

{Suppl. &.28.)

« Aux fils des Argiens je dis : « Vous détruirez, devenus grands, la ville d'Isménos, vengeant la mort de vos pères tués ; et toi, iEgialeus, choisi pour chef à la place de ton père, et le fils de Tydeus venu de rÉtoIie, que son père nomma Diomédès. Mais il faut qu'aussitôt que vos joues s'ombrageront, vous leviez une armée de Danaens couverte d'airain contre les Sept tours des Kadméens. Et vous irez terribles,

Suand vous serez grands, petits de, lions, ravageurs e Thèbes. Ainsi sera, et, appelés Epigones par toute l'Hellade, vous serez un sujet de chants pour la postérité. »

Athéné dans les Suppliantes (121312^).

HYGIN

(TRAOrgUES SECONDAIRES ?)

Hygin dit : <( insepulti jacuerunt », mais ne dit pas qui leur fit donner la sépulture.

F. 243, Euadne, Philaci f. propter Gapaneum oonjugem qui apud Tbebas perierat in eandem pyram se conjecit.

F. 70 « (Adrastus) postea filios eorum armatos ad Thebas expugnandas misit. »

F. 71. Septem Epigoni :

1* Aegialus, Adrasti qui solus

periit.

2o Thersander, Polynicis f .

3« Polydorus. Hypomedontis f.

4<> Alcmaeon, Ampbiarai f.

S*» Thesimenes, Parthenopaei f.

(duo desiderantur : Sthenelus,

Gapanei f.

Diomedes Tydei f.)

F. 73. — Amphiarans Aicmaeoni fiUo suo praecepit ut post suam mortem poenas a matre exseqaeretur ; qui post quam apud Thebas terra est devoratus, memor patris praecepti, Eriphylen, matremsuam interfecit (1) : quem postea furiae exagitarunt.

F. 245. — Phegeus, Alphei f.

Alcmaeonem, Ampbiarai filium (generum snum occidit).

(1) Cf. Théodectes, Alkmeon (Nauck, 801 fr. î).

EURIPIDE (pièces)

Ils furent enterrés grâce à la force de la lance {Suppl.

Euadné, fille d'Iphis, se jette sur le bûcher de son époux Gapaneus {SuppL 1069 sqq.).

Alkméon tue sa mère sur Tordre de son père {Alk. à Psoph. fr. 69), avant la guerre sans, doute : et poursuivi par rÉrinys, il erre d*abord dans le Péloponnèse, et va en t Arcadie, chez Ph,égeu8, roi de Psophis dont il épouse la iille, puis ressaisi par TÉri' nys, il va sur Tordre d'Apollon en Akarnanie [Alkm, à Psophis^ pièce perdue).

Autres légendes Corlntienoes, dlfiférentes de cellesci qu'Euripide célèbre dans Alk. à Kortntfie (pièce perd.).

SOPHOCLE

ESCHYLE

Ils durent la sépulture aux paroles de Théseï», non k la force des armes {Éleus., Plut. Thés., 29).

Les Épigones ou Ériphylé, pièce perdue (vengeance d'Alkméon).

Alkméon (pièce perdue) :, Alkméon poussé par l'Érinys

chez Phégeus dont il épouse la

fille.

Les Épigones (pièce perdue), y. p. Ii5.

CONCLUSION

J'ai tenu à citer tout aa long le résumé d'Eurîpide (i) parce qu'il m'a permis de faire voir comme d'une seule vue toute la variété des versions inventées ou mises en œuvre par les Tragiques ; mais ce résumé — le prologue des Phéniciennes notamment — a encore un autre avantage : il nous apprend à l'avance ce que va devenir la légende dans les siècles suivants jusqu'à Sénèque et Stace, chez les Latins. Sénèque, en effet, dans ses deux tragédies thébaines, Œdipe et Les Phé^ niciennes, s'inspire souvent d'Euripide, et Stace dans sa Thébaïde imite Sénèque. Mais avant les Latins, les mythographes et les historiens s'étaient emparés du prologue des Phéniciennes et de ses principales inventions, notamment du règne alternatif d'Étéocle et de Polynice. ApoUodore môme l'accepte (III, 6, i), bien qu'il s'inspire plus volontiers des logographes, ou d'Eschyle et de Sophocle, que d'Euripide;

(1) Ce que ne pouvait me fournir Euripide, je l'ai emprunté à Hyf^in; il est inutile de dire que je considère moins les fables d'Hygin comme fournissant Tétat moyen de la légende, d'abord parce qu'elles sont composées de versions prises presque toujours dans les tragiques secondaires tantôt à l'un, tantôt à l'autre, ensuite parce que l'auteur des Fables que nous possédons n'a fait qu'extraire — avec plus ou moilis d'adresse, de suppressions et d'interpolations — un livre de récits mythologiques grec antérieur. Je ne crois pas du reste, en dépit de Wil. Moell. {De Tr. gr. fr. comm., 15), qu'il ait puisé aux mêmes sources qu'Apollodore, en général. — Sur Hygin, voir Bursian {Fleckeis. Ann. 93, 763 sqq.), et J. Dietze (QuaestU Hyginianae — Klliae, 1890), qui émet, il est vrai, le môme avis que W. M. sur l'origine commune des Fables de H. et de la BthL d' ApoUodore (p. 2), mais dont la dissertation est intéressante et utile.

l88 CONCLUSION

cela prouve la fortune de cette version chez les poètes et les savants. Hygin l'admet ainsi, en le modifiant légèrement, comme avaient dû le faire les poètes tragiques secondaires. Au reste on s'explique TinQuence de ce résumé d'Euripide : les hommes aiment le travail tout fait; aussi les scoliastes se sont-ils réjouis des prologues des Phéniciennes (v. particulièrement les arguments des Sept d'Eschyle); et Diodore (IV, 64 et 65) a reproduit à très peu près mot pour mot le récit d'Euripide, restant bien moins clair d'ailleurs, et incomplet, dans les parties de la légende qui ne sont pas résumées dans les Prologues.

Ainsi, bien que nous nous soyons arrêtés aux tragiques, nous avons pu nous former une idée assez complète de la légende et de son évolution depuis les siècles préhistoriques jusqu'à la fin de l'ftge classique. Née de mythes locaux qui ont leur source dans les phénomènes natui*els particuliers à un pays et dans les événements historiques dont l'histoire n'a pas conservé la trace, elle a absorbé, quand florissait l'épopée, presque tous les récits mêlés et transformés dé la Grèce continentale, l'Attique exceptée. Puis elle s'est décomposée de nouveau en une foule de légendes régionales que les poèmes généalogiques, les lyriques et les logographes ont racontées, particularisées et fondues ensemble au gré de leur imagination et de leurs idées. Chaque pays a voulu jouer un rôle à son avantage dans la grande lutte qui bouleversa la Grèce ; et ses poètes ou ses historiens lui ont fait la part la plus belle qu'ils pouvaient, ou parfois, comme à Corinthe, la plus profitable.

Et voici qu'avec la Tragédie de nouvelles légendes, des légendes attiques, viennent se juxtaposer aux anciennes. Mais ces légendes n'ont pas seulement pour but de glorifier. Athènes ; et les poètes athéniens, tout enflammés qu'ils sont par le plus ardent patriotisme, consacrent surtout leur génie aux transformations morales de l'antique légende. Eschyle montre les dieux anciens et les dieux nouveaux, l'Érinys et Apollon, associés pour le châtiment et la ruine totale d'une

CONCLUSION 189

famille criminelle. Sophocle s'émeut de voir les dieux pour- 1 suivre jusqu'à une mort déshonorée un homme malgré soi coupable et incestueux : il rend à Œdipe misérable et aveugle la grandeur surhumaine d'une victime des dieux glorifiée à la fin par les dieux. Euripide fait d'Œdipe un homme, faible et emporté, mais époux et père, et des enfants d'Œdipe il fait aussi des hommes et des 61s, coupables sans doute, mais émouvants et qui ont des entrailles. La légende, avec le ' dernier des grands Tragiques, se pénètre et s'attendrit " d'humanité. '

Aux savants, poètes ou grammairiens, de s'en emparer maintenant. A Antimaque, à Callimaque de ressusciter curieusement et avec Fart le plus raffiné les légendes oubliées ou déformées. Ils n épuiseront pas encore toute la vie qui y '^ est renfermée. <

Les Romains eux-mêmes s'en inspireront, et leurs œuvres, plus heureuses que celles des Alexandrins, sont venues pour la plupart jusqu'à nous. Aussi sera-t-il intéressant de rechercher dans les tragédies de Sénèque et dans la Thébaïde de Stace une forme nouvelle de ces antiques légendes. Les drames de Sénèque et l'épopée de Stace ne sont pas des chefs-d'œuvres sans doute, la rhétorique y triomphe souvent de la poésie ; mais ce sont des œuvres de beaucoup de talent et qui ont obtenu un vif succès. Aussi bien dans ces imitations des modèles grecs, les souvenirs des plus illustres poètes romains abondent à toutes les pages : les étudier maintenant ce sera donc comparer d'une façon précise et fructueuse l'art grec et l'art romain.

Vu : le 14 Février 1906,

par le Doyen de la Faculté des Lettres

de VUniversité de Paria,

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