‹ Les législateurs religieuxChapitre 111 sur 113 · LIVRE XIL · texte numérisé non relu

LIVRE XIL

KCIIETRADJNA. NARACAS. SWARGA. — MOCKCHA.

Ame immortelle Enfers. Ciel. Béatitude finale *.

« 0 toi qui es la pureté suprême^ maintenant que tu nous as dit quels étaient les devoirs des quatre classes, révèle-nous la vérité sur Tâme, le châtiment et la récompense !

« L'envoyé de Dieu, Manou, le juste par excellence, répondit : — Écoutez et apprenez quelle est la souveraine destinée de tout ce qui est doué de la faculté d'agir.

1. Ce dernier livre de Manou traite de la transmigration des âmes ou métempsycose.

Le mythe de la transmigration des âmes est peut-être le premier système philosophique qui se soit produit dans le monde sur l'immortalité de l'âme et l'origine de l'homme ; il se lie intimement avec celui de l'incarnation de la divinité dans les croj^ances hiératiques de l'Inde ancienne.

« L'âme qui s'est purifiée par la vertu, dit Vrihaspati dans son commentaire sur Manou, remonte au séjour céleste et s'absorbe dans le sein de Para-Pouroucha(le Grand

.« De tout acte de la pensée, de la parole ou du corps, résulte un bon et un mauvais fruit; des actions des hommes naissent leurs différentes conditions, supérieures, moyennes ou inférieures.

« Sachez que dans cet univers, l'esprit est l'instigateur de cet acte lié avec l'être animé, qui a trois degrés, qui s'opère de trois manières et qui est de dix sortes.

« Penser aux moyens de s'approprier le bien d' autrui, méditer un acte répréhensible , embrasser l'athéisme et le matérialisme sont les trois actions coupables de l'esprit.

Être), mais celle dont la souillure n'est point effacée est condamnée aux transmigrations successives établies par le Véda. »

A l'imitation des brahmes, les prêtres égyptiens en avaient fait leur dogme le plus important.

« La transmigration des âmes est le dogme le plus important de l'Egypte, » dit Manéthon, prêtre de Sébényte.

Le Thibet, la Chine, le Japon, les îles de la Sonde l'avaient reçu de Bouddah !

La Perse tenait cette croyance de Zoroastre.

César la retrouvait en Germanie et en Graule.

« Druides imprimis hoc volant persuader e, non interire animas, sed ab aliis post mortem transire ad alios; alque hoc maxime ad virlulem excitari pulant metu morlis îieglecto, »

{De Bello Gallico,) Pythagore (en sanscrit Pitha-gourou, le maître d'école),

moïse — MAHOMET. 459

« Proférer des injures, mentir, médire de tout le monde, mal parler des choses sacrées sont les quatre actions coupables de la parole.

* S'emparer du bien d'autrui, faire du mal aux êtres animés sans y être autorisé par la sainte Écriture, ravir la femme d'un autre, sont reconnus comme les trois actions coupables du corps.

(Les dix actions opposées à ces dix mauvaises sont bonnes au même degré. — (Commentaire de Gollouca- Batta.)

« Pour les bonnes actions qui viennent de l'esprit, Têtre animé et doué de raison est récompensé dans son esprit! Pour celles qui viennent de la parole, il en est récompensé dans les organes de la parole ; pour

à la suite de ses voyages dans l'Inde, en fit la base de son enseignement.

Qui ne se souvient des beaux vers d'Ovide, dans lesquels le philosophe grec, après avoir exposé sa doctrine, retrace à ses disciples émerveillés les phases diverses de ses différentes existences depuis le siège de Troie auquel il prétendait avoir assisté ?

Morte carent animse, semperque, priore relicta Sede, novis domibus habitant, vivuntque recepfce. Ipse ego, nam memini, Trojanitempore beili, Panthoides Euphorbus eram, oui pectore quondam Sedit in adverso gravis hasta minoris Atrid» ; Gognovi cljpeum, laevae gestamina nostrae Nuper Abanteis templo Junonis in Argis,

celles qui viennent du corps, il en est récompensé dans son corps.

« Pour les mauvaises actions qui proviennent de l'esprit, l'homme renaît dans la condition humaine la plus vile; pour celles commises par la parole, il revêt la forme d'un oiseau ou d'une bête fauve ; pour les fautes provenant du corps, il passe à l'état de créature privée de mouvement.

« Celui qui possède une autorité souveraine sur son esprit, ses paroles et son corps, peut recevoir le nom de Tridandi, c'est-à-dire qui possède la triple volonté.

« L'homme qui déploie cette triple volonté en toutes circonstances^ qui est maître de ses actions et réprime le désir et la colère, obtient par ce moyen la félicité céleste et éternelle.

« Le moteur de ce corps est appelé kchetradjna (âme principe de vie), et le corps qui accomplit des fonctions visibles et matérielles a reçu le nom de boûtâtmâ (composé d'éléments).

Socrate et Platon firent de cette croyance l'objet de spéculations sérieuses, et peu s'en fallut qu'elle ne devînt a-vec Origène et plusieurs autres docteurs de l'Eglise, dont les doctrines ne furent condamnées que trois quarts de siècle plus tard, à Nicée, un des articles de la foi catholique.

moïse

« Un autre élément interne appelé mahat (sensation) vit avec tous les êtres animés^ et c'est grâce à lui que le kchetradjna perçoit le plaisir et la peine, c'est le lien qui unit le corps à l'âme.

« La sensation et l'âme intelligente unis aux cinq sens — l'ouïe, la vue, l'odorat, le toucher, l'attrait mutuel des sens — sont dans une liaison intime et constante avec le Grand Tout qui réside dans les êtres de l'ordre le plus élevé, aussi bien que dans ceux de l'ordre le plus bas.

« De la substance même du Grand Tout s'échappent continuellement d'innombrables principes vitaux qui communiquent sans cesse le mouvement aux créatures des divers ordres-

« Après la mort, les âmes des hommes qui ont commis de mauvaises actions prennent un autre corps, à la formation duquel concourent les cinq éléments subtils et qui est destiné à être soumis aux tortures de l'enfer.

« Lorsque les âmes revêtues de ce corps ont subi dans l'autre monde les tortures de l'enfer, elles entrent dans les éléments grossiers, auxquels elles s'unissent pour reprendre un corps et revenir au monde achever sa purification.

« Après avoir reçu le châtiment de ses fautes, nées de l'abandon aux plaisirs des sens, l'âme dont la souillure a été effacée, aspire de nouveau à se

réunir dans le swarga (ciel)^ à l'Ame suprême.

« Les mérites et les démérites de l'âme sont de nouveau pesés et examinés, et, suivant que la vertu ou le vice l'emportent, elle obtient la récompense ou un nouveau châtiment.

« L'âme qui a presque toujours pratiqué la vertu et rarement le vice, se rend directement au séjour de délices, dès qu'elle abandonne son enveloppe formée des cinq éléments mortels.

« Mais chaque fois qu'elle s'adonnera au mal plutôt qu'au bien, et que la somme des actions coupables dépassera celle des bonnes, elle sera soumise aux tortures de Tenfer.

« Chaque fois également qu'elle aura enduré les tourments de l'enfer, et que ses fautes auront été effacées, l'âme reprendra son enveloppe mortelle pour venir de nouveau sur la terre achever de se purifier.

« L'homme doit considérer que ces transmigrations successives de l'âme étant le produit de la vertu et du vice, il ne dépend que de sa volonté de diriger son esprit vers la vertu et d'abréger son temps d'exil.

« Qu'il sache que l'âme possède la notion du bien, celle du mal, et qu'il y a de plus en elle des aspirations qui ne se peuvent définir en ce monde, ce qui

moïse — MAHOMET. ^lG3

tient à son union avec les substances matérielles et périssables dont le corps est formé.

« Lorsque, soit le bien, soit le mal^ arrivent à dominer entièrement un être animé, ils le rendent semblable à eux; mais ce qui fait la récompense ou la punition légitime, c'est la liberté du choix de l'homme entre le bien et le mal.

« Le bien, c'est la bonté, la science et la modération Le mal, c'est l'ignorance, la passion et les appétits brutaux, toutes choses qui luttent dans l'homme et qu'il doit savoir maîtriser à son gré.

« Lorsque l'être animé découvre en lui un sentiment honnête, tendre, affectueux, élevé, calme et pur comme le jour, qu'il dise : Cela vient du bien !

« Mais toute disposition de l'âme qui est accompagnée de dessins pervers, de haine, de colère^ ou qui tend à la pure satisfaction des sens^ doit être déclarée provenir du mal.

« Quant à cette sensation de l'âme qui s'applique à ce qu'elle ne peut ni discerner, ni expliquer, ni comprendre, c'est l'inconnu, le mystérieux, qu'il n'appartient qu'à la Grande Ame de connaître. Il y a des fautes qui proviennent aussi de cet inconnu qui rend l'âme insatiable.

« Je vais maintenant vous faire connaître les actes bons ou mauvais qui procèdent de ces trois qualités.

« L'étude du Véda ou sainte Écriture, la dévotion

austère, la science des choses sacrées, la pureté, l'action de dompter les organes des sens, Taccomplissement de tous les devoirs, la méditation sur l'Etre suprême sont les effets du bien.

« N'agir que dans l'espoir d'une récompense, se laisser aller au découragement, faire des choses défendues par la loi, et s'abandonner sans cesse au plaisir des sens,

« La cupidité, l'indolence, l'irrésolution, la médisance, l'athéisme, l'omission des actes prescrits, Timportunité et la négligence proviennent du mal.

« Lorsqu'on désire du profond de son cœur connaître les véiHtés sacrées, lorsque nulle honte intérieure n'accompagne les actes que l'on accomplit, lorsque Tâme au contraire en ressent une réelle satisfaction, on peut dire que l'on se conduit d'après les p.nncipes du bien.

« Toute action dont on a honte lorsqu'on vient de la commettre, ou lorsqu'on se prépare à la faire, doit être considérée par l'homme sage comme une action mauvaise.

« L'acte par lequel l'âme aspire après l'inconnu, est un souvenir du swarga dont elle a gardé l'empreinte, comme on voit vaguement au réveil les images qui vous ont frappé dans les songes.

« Je vais vous déclarer succinctement, et par ordre, les diverses transmigrations que l'âme éprouve dans

moïse MAHOMET. 4f35

cet univers par Tinfluence de ces trois qualités.

« Les âmes qui ne sont mues que par l'idée du bien, acquièrent la nature divine, celles que dominent le mal sans que le bien ait été exclu de tous leurs actes, ont en partage la condition humaine. Quant aux âmes qui sont restées dans l'obscurité sans dis*tinguer le bien du mal, elles recommencent la série des transmigrations par Tétat d'animaux.

« Ces trois sortes de transmigrations ont chacune trois degrés différents : le supérieur, l'intermédiaire, l'inférieur^ en raison des degrés divers des mauvaises actions dont l'homme a pu se rendre coupable.

« Les âmes qui ont vécu détachées de la terre, n'aspirant qu'à Dieu, deviennent des anges, c'est-àdire des esprits intermédiaires entre la création et le créateur, elles ne sont pas comprises dans les catégories suivantes.

« L'homme qui est resté dans l'obscurité sans s'inquiéter de distinguer le bien du mal, renaîtra dans les êtres qui ont vie sans mouvement comme les végétaux; de là il passera en s'élevant graduellement par les végétaux, les vers, les insectes, les poissons, les serpents, les tortues, les bestiaux et les animaux sauvages : tel est le degré inférieur.

« Puis passant dans le degré intermédiaire, il sera successivement sanglier, tigre, cheval et éléphant.

« A ce moment il atteindra au degré supérieur^ et redeviendra homme, mais il ne sortira pas de la caste misérable des tchandalas, qui fournit les danseurs et les charlatans : tels sont les trois degrés et les transmigrations auxquelles sera assujetti l'homme qui, dans une première existence, ne se sera pas, par la distinction des actions bonnes et mauvaises, élevé audessus de la brute.

« Celui qui ayant connu le bien Fa pratiqué, mais a commis aussi des actions mauvaises qui, à des degrés différents, contrebalancent les bonnes, parcourra successivement les trois classes de transmigrations suivantes.

« Dans la classe inférieure^ il reviendra parmi les bâtonnistes, les lutteurs, les charmeurs d'animaux, les acteurs et les maîtres d'armes.

« Dans la classe intermédiaire, il renaîtra guerrier roi, juge, orateur.

« Dans la classe supérieure^ alors que les bonnes actions commencent à dominer de beaucoup les mauvaises, l'âme ne revient plus transmigrer sur la terre, elle commence à s'élever vers les sphères célestes, et va animer les corps des musiciens, des génies et des danseuses célestes qui chantent les louanges de la Grande Ame dans les quatorze cieux d'Indra.

« Ceux qui n'ont connu et pratiqué que le bien, ne transmigrent pas, ils restent au service deBrahma,qui

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les envoie comme une émanation de sa puissance, tantôt habiter la terre pour y servir d'exemple, tantôt veiller à l'harmonie des sphères célestes.

« Dans le premier degré ce sont les anachorètes, les dévots ascétiques, les brahmes, les légions de demi-dieux aux chars aériens, les génies des astérismes lunaires, et ceux qui président aux jours.

« Dans le second degré, ce sont les sacrificateurs, les saints, les dévas, les génies qui conservent l'Écriture sainte, les divinités qui président aux étoiles et aux années.

« Brahma créateur suprême, génie de la vertu, /ischnou, principe de conservation, et Siva, principe de transformation, qui représentent l'un le Mahat et l'autre TAvjacta, sont les seuls qui soient au degré supérieur du bien puisqu'ils sont le bien luimême.

« J'ai dit : et ainsi vous est révélé dans son entier ce système de transmigration qui se rapporte à ^rois sortes d'actions divisées en trois degrés dont chacun possède trois classes, et comprend tous les êtres de la terre et des cieux.

« En se livrant aux plaisirs des sens et en négligeant leurs devoirs, les hommes assez mauvais pour ne pas se soumettre aux expiations saintes, reviennent dans les conditions les plus méprisables.

« Apprenez maintenant , complètement et par

ordre, pour quelles actions commises ici-bas Tâme doit en ce monde revenir dans tel ou tel corps.

« Avant d'être condamnés aux transmigrations que vous allez connaître, les grands criminels vont passer de nombreuses séries d'années dans les sombres demeures infernales, qni sont au nombre de vingt et une:

« Le Tamisra, TAndhatmira, le Mahârôrava, le Rorava, leNaraca, le Galasoutra, leMahanaraca,

« Le Sandjivana, le Mahavitcbi, le Tapana. le Sampratâpana, le SamhJita, leSacâcola, le Goudmala, le Poûtimrittica,

* Le Lohasancou^ le Ridjîcha, le Pantana, la rivière Sâlmali, TAsipatravana et le Lohadâraca.

« Le meurtrier d'un brahme revient dans le corps d'un chien, d'un sanglier, d'un âne, d'un chameau, d'un taureau, d'un bouc, d'un bélier, d'une bête sauvage, d'un oiseau, d'un tchandala (pariah).

« Le brahme qui s'adonne aux liqueurs spiritueuses renaît sous la forme d'un ver, d'une sauterelle, d'un oiseau se nourrissant d'excréments, ou d'un anima) impur.

« Le brahme qui a volé, passera mille fois dans des corps d'araignées^ de serpents, de caméléons, d'animaux aquatiques et de vampires,

« L'homme qui souille ^e lit de son père spirituel, c'est-à-dire de celui qui lui enseigne le Véda, re-

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naît des milliers de fois à Tétat d'herbe, de buisson, puis d'oiseau de proie, et ensuite d'animal féroce.

« Ceux qui commettent des cruautés deviennent dos animaux avides de chairs sanglantes, ceux qui usent d'aliments prohibés renaissent vers ; les voleurs passent dans les corps des animaux qui s'entre-dévorent ; ceux qui courtisent des femmes de la basse classe deviennent des esprits errants.

« Celui qui a eu des rapports avec des hommes dégradés, qui a connu la femme d'un autre, ou qui a volé quelque chose à un brahme, devient un esprit follet des eaux.

« Si un homme dérobe par cupidité des pierres précieuses, des perles, du corail, ou des bijoux de diverses sortes , il renaît dans la tribu des orfèvres (la subdivision la plus méprisée dans la caste soudra).

« Pour avoir volé du grain il devient rat ; du laiton, cygne; de l'eau, plongeon; du miel, taon; du lait, corneille; le suc extrait du palmier, chien; du beurre clarifié, mangouste.

« S'il a volé de la viande, il renaît vautour ; de la graisse, madgou ; de l'huile, tailapaca (oiseau buveur d'huile) ; du sel, cigale ; du caillé, cigogne.

» S'il a volé des vêtements de soie, il renaît perdrix; une toile de lin, grenouille ; un tissu de coton, courlier; une vache, crocodile; du sucre, vaggoudda

(espèce d'oiseau qui erre autour des sucreries, et vole la cassonade et la mélasse).

« Pour un vol de parfums il renaît rat musqué; d'herbes potagères, paon; de graines diverses, hérisson ; de grains en vert, porc-épic.

« Pour avoir volé du feu, il renaît héron; un ustensile de ménage, frelon ; des vêtements teints, perdrix rouge.

« S'il a volé un cerf ou un éléphant, il renaît loup; un cheval, tigre; des fruits ou des racines, singe; une femme, ours; des voitures ou des bestiaux, chameau ou bouc.

« L'homme qui enlève par force tel ou tel objet appartenant à un autre, ou qui mange du beurre claririfié, des gâteaux ou de la chair, avant qu'ils aient été offerts à une divinité, sera inévitablement ravalé à l'état de brute.

« Lorsque les hommes des différentes classes, sans nécessité urgente, négligent leurs devoirs particuliers , .ils passent dans les corps des êtres de la plus vile caste, et sont réduits à servir leurs semblables,

« Un brahme qui néglige ses devoirs par cela seul que Dieu l'a créé pour être le gardien de la parole divine qui est dans le Véda, le sacrificateur et le directeur de tous les êtres, sera puni, plus sévèrement que les autres créatures.

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« Les femmes qui contractent les mêmes souillures, et commettent les mêmes fautes que les homm^^, subissent les mêmes séries de transmigration.

« Plus les êtres animés oublieront la vertu pour se livrer sans retenue aux plaisirs des sens, et moins il leur sera facile de quitter la route du mal qu'ils auront choisie, comme le voyageur fatigué qui s'aperçoit de son erreur après de longs jours de marche, et qui n'a plus la force de regagner la bonne direction.

« Celui qui s'obstinera dans des actions mauvaises^ oubliant son origine et la destinée future, souffrira des tortures de plus en plus cruelles et passera par des transmigrations de plus en plus infinies.

« Il ira du Tamisra à l'Asipatravana et au Lohadâraca, épuisant les demeures les plus horribles de l'enfer , bt divers lieux de captivité et de torture.

« Des tourments de toute sortes lui sont réservés : il sera dévoré par les corbeaux, les vautours et les hiboux, il sera forcé d'avaler des ruisseaux de flammes, marchera sur des sables ardents, et sera mis au feu comme les vases d'un potier.

* Quand il renaîtra, ce sera sous la forme d'animaux exposés à des peines continuelles, sera en proie à toutes les terreurs, et souffrira continuellement de l'excès du froid ou du chaud. 11 reviendra au monde

un nombre incalculable de fois, subissant toujours des situations plus misérables et réduit à l'état d'esclave, il n'aura plus ni parent ni ami, ni richesse, il dépendra du caprice d'un maître.

« Sa vieillesse sera sans soutiens et sans ressources, en proie aux maladies les plus alfreuses, et aux chagrins les plus cuisants ; il mourra dans l'eUroi et l'abandon.

* Et il ne saurait maudire Brahma pour les douleurs qu'il s'est attirées lui-même; l'homme est libre dans le mal comme dans le bien, seulement il ne commet pas un seul acte qui ne doive lui attirer plus tard punition ou récompense.

« La rétribution due aux actions vous a été révélée en entier : connaissez maintenant les actes qui peuvent conduire le brahme (le prêtre) au bonheur éternel.

« Étudier et comprendre les Védas, pratiquer la dévotion austère, connaître l'Etre suprême, [dompter les organes de ses sens, ne point faire de mal, et honorer son maître spirituel, sont les principaux moyens de parvenir à la béatitude finale.

« Mais parmi tous ces actes vertueux accomplis dans ce monde, où est-il reconnu comme ayant plus de puissance que les autres pour conduire à la suprême félicité?

« De tous ces devoirs le plus important est d'ac-

moïse MAHOMET, 473

quérir la connaissance et l'amour de Dieu^ là est le commencement et la fin de toutes sciences, et c'est ainsi que l'on parvient le plus sûrement à l'immortalité.

« L'étude approfondie de l'Écriture sainte est le moyen le plus efficace d'arriver à la connaissance de la Grande Ame, et de procurer la paix en ce monde et un éternel bonheur dans l'autre.

« Car tout est dans l'étude du Véda et dans l'adoration de Dieu.

« Le culte prescrit par les livres saints à Dieu, se rend de deux manières, et conduit, dans l'un et l'autre cas, à la suprême félicité, mais à des degrés différents : l'une de ces deux manières est dite intéressée, et l'autre désintéressée.

« Si un acte pieux procède de l'espoir d'une récompense en ce monde ou dans l'autre, cet acte est dit intéressé, mais celui qui n'a d'autre mobile que la connaissance et l'amour de Dieu est dit désintéressé.

« L'homme dont tous les actes religieux sont intéressés parvient au rang des saints et des anges (dévas). Mais celui dont tous les actes pieux sont désintéressés se dépouille pour toujours des cinq éléments pour acquérir l'immortalité dans la Grande Ame.

« Voyant l'Ame suprême dans tous les êtres, et

tous les êtres dans l'Ame suprême, et offrant son âme en sacrifice, il s'identifie avec celui qui est, et qui brille de sa propre splendeur.

« Tout en accomplissant les services religieux prescrits, le brahme doit méditer avec persévérance sur l'Ame suprême, mortifier ses sens, et étudier l'esprit des livres saints.

« L'avantage de la régénération par la contemplation est très- grand pour le brahme, car^ en devenant dwidja (régénéré, deux fois né dans le bien), il n'est plus sujet aux transmigrations futures.

« Le Véda est un soleil éternel pour les anges, les dieux et les hommes, le livre saint a été révélé aux mortels, et il n'est pas susceptible d'être mesuré par la raison humaine. Telle est la décision.

« Les recueils de lois qui ne sont pas fondés sur le Véda, ainsi que les systèmes hétérodoxes quelconques, ne produisent après la mort d'autre résultat que les ténèbres.

« Tous les livres qui ne reposent pas sur la sainte Écriture, sont sortis de la main des hommes et périront, leur fin prouvera qu'ils sont inutiles et mensongers.

« La connaissance des quatre classes (brahmes, xchatriasj vayssias, soudras), des trois mondes (le ciel, la terre et l'enfer), et des trois périodes de la vie sacerdotale (brabmatcliari, novice; grihasta, maître

moïse — MAHOMET. 475

do maison; Vanaprastha, anachorète; et sannyassis, dévot ascétique), avec le passé, le présent et le futur dérive du Véda.

« Le son, l'attribut tangiblie, la forme visible, le goût et Todorat, expliqués clairement dans le Véda, avec leurs formations, leurs qualités et leurs fonctions,

« Le Véda est la science de tout ce qui existe. Celui qui le comprend bien parmi les brahmes, est digne de la suprême autorité^ il commande à la terre et a le pouvoir d'infliger des châtiments,

« De même qu'un feu violent brûle même les arbres encore verts, de même le brahme qui étudie et comprend les livres saints reçoit le pouvoir de détruire tonte souillure née du péché.

« Le brahme qui connaît parfaitement le sens du Véda, quelle que soit l'époque où il termine sa vie (c'est-à-dire novice, maître de maison, anachorète ou dévot ascétique), est sûr de s'identifier avec Dieu.

« Ceux qui ont beaucoup lu valent mieux que ceux qui ont peu étudié, ceux qui possèdent ce qu'ils ont lu sont préférables à ceux qui ont oublié, ceux qui comprennent ont plus de mérite que ceux qui ne savent que par coeur, ceux qui remplissent leurs devoirs sont supérieurs à ceux qui les connaissent. Une seule bonne action vaut mieux que mille bonnes pensées.

* La dévotion et la connaissance de l'Ame divine sont pour un brahme les meilleurs moyens de parvenir au bonheur suprême ; par la dévotion il eiïace ses fautes, par la connaissance de Dieu il se procure Timmortalité.

« Trois modes de preuves, l'évidence^ le raisonnement et l'autorité des livres qui s'appuient sur la sainte Écriture, doivent être bien compris par celui qui cherche à acquérir une connaissance positive de ses devoirs, et des vertus qui les composent, qui sont : la résignation, V action de rendre le bien pour le mal, la tempérance, la probité, la pureté, la chasteté et la répression des sens, la connaissance de la sainte Ecriture, celle de l'Ame suprême, c'est-à-dire Dieu, le culte de la vérité et l'abstinence de la colère.

« Celui qui raisonne sur la sainte Écriture et sur le recueil de la loi, en s' appuyant sur des règles de logique conformes au Véda, connaît seul le système des devoirs religieux et civils.

* Telles sont les règles de conduite qui mènent à la béatitude. Maintenant^ va vous être déclarée la partie de ce livre de la loi qui doit rester cachée au vulgaire.

« Dans tous les cas, généraux ou particuliers, dont il n'est pas fait ici mention spéciale, et même pour l'interprétation de tout ce qui a été dit, si l'on demande ce qu'il convient de faire, le voici : Que la décision prononcée par les brahmes (les prêtres) instruits soit

moïse

tenue pour certaine et obligatoire, sans contestation.

« On doit tenir comme instruits les brabmes qui ont étudié l'Écriture sainte, les différents livres de la loi qui en découlent^ et qui peuvent tirer des arguments et des preuves des livres révélés.

« Que personne ne conteste une vérité décidée par une assemblée de brabmes vertueux, qui sont réunis au nombre de dix ou de trois.

« L'assemblée, composée de dix brabmes, doit renfermer : trois savants pundits versés dans les livres saints, un brabme connaissant le Nyaya, un autre imbu de la doctrine du Mimansa, un érudit connaissant le Niroucta, un légiste, et un membre des trois premiers ordres sacerdotaux *.

« Un brahme ayant particulièrement étudié le Rig- Véda, un second connaissant spécialement l'Iadjour- Véda^ et un troisième possédant le Sama-Véda forment le conseil de trois juges pour la solution de toutes les affaires civiles et religieuses.

« La décision d'un seul brabme, versé dans la sainte Écriture, doit être considérée comme une loi de la plus grande autorité; elle est supérieure à celle de

1. Les ouvrages dont parle cette strophe sont des commentaires sur l'Ecriture sainte d'une haute antiquité ; les brahmes du sud de l'Indoustan regardent les copies qu'on en possède comme modernes et tronquées.

dix mille individus ne connaissant pas la doctrine sacrée.

« Les brahmes qni ne suivent pas les règles du noviciat, qui n'ont aucune connaissance de la sainte Écriture et ne possèdent d'autre recommandation que leur caste, seraient-ils au nombre de plusieurs mille, ne pourraient être admis à former une assemblée légale.

« La faute de celui à qui des gens ignorants, dont l'intelligence n'est qu'obscurité, expliquent la loi qu'ils ne connaissent pas eux-mêmes, retombera cent fois plus lourde sur ces hommes ineptes.

« Les actes excellents qui conduisent à la béatitude éternelle, vous ont été déclarés; le dwidja qui ne les néglige pas obtient un sort très-heureux.

« C'est ainsi que le puissant et glorieux Manou, par complaisance pour les mortels, a révélé ces lois importantes, qui doivent être un secret pour les castes indignes de les connaître.

« Que le brahme, réunissant toute son attention, voie dans l'Ame divine toutes choses visibles et invisibles, car, en considérant tout dans l'âme, il ne livre pas son esprit à l'iniquité.

« L'âme est l'assemblage des dieux, l'univers repose dans l'Ame suprême; c'est Tâme qui produit la série d'actes accomplis par les êtres animés.

« Que le brahme contemple^ en s'élevant par le

MOISb; — MAHOMET. 479

secours de la méditation, l'éther subtil dans les cavités de son corps, l'air dans son action musculaire et dans les nerfs du touclRr, la suprême lumière dans sa chaleur digestive et dans ses organes visuels, Teau dans les fluides de son corps, la terre dans ses membres.

« La lune dans son cœur, les saints des huit régions dans son organe de l'ouïe, Vischnou dans sa marche, Nara dans sa force musculaire, Agni dans sa parole, Mitra dans sa force excrétoire, Pradjapati dans son pouvoir procréateur.

« Mais il doit se représenter le Grand Etre comme le souverain maître de l'univers, comme plus subtil qu'un atome, comme aussi brillant que l'or pur, et comme ne pouvant être conçu par l'esprit que dans le sommeil de la contemplation la plus abstraite.

« Les uns l'adorent dans le feu, d'autres dans Tair. Il est le seigneur des créatures, l'éternel Brahma.

« C'est lui qui, enveloppant tous les êtres d'un corps formé de cinq éléments, les fait passer successivement de la naissance à l'accroissement, de l'accroissement à la dissolution, par un mouvement semblable à celui d'une roue.

« Ainsi l'homme qui reconnaît dans sa propre âme, l'Ame suprême présente dans toutes les créatures, comprend qu'il doit se montrer bon et loyal pour tous, et il obtient le sort le plus heureux qu'il

puisse ambitionner, celui d'être à la fin absorbé dans Brahma.

* Ainsi a parlé Manou, et le sage qui lit et observe les prescriptions de ce Livre de la /oz pratique le bien et obtiendra la félicité suprême.

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