‹ Les législateurs religieuxChapitre 24 sur 113 · Voici cette prière · texte numérisé non relu

Voici cette prière

« Bhoûr-Bhouva-Shouar,

« Seigneur des mondes et des créatures, reçois mon invocation, détourne-toi de la contemplation de ta puissance immortelle. Un seul de tes regards purifiera mon âme.

« Viens à moi, que j'entende ta voix dans le frémissement des feuilles, dans le murmure des eaux du fleuve sacré, dans le pétillement de la flamme de Favasalhya (feu consacré).

« Mon âme a besoin de respirer l'air pur qui émane de la grande âme, écoute mon humble invocation, seigneur des mondes et des créatures.

Bhoûr-Bhouva-Shouar.

« Ta parole sera pl«us douce à mon âme altérée que les pleurs de la nuit sur les sables des déserts, plus douce que la voix de la jeune mère qui appelle son enfant.

« Viens à moi, ô toi par qui la terre est en fleur, par qui mûrissent les moissons, par qui se développent tous les germes, par qui brillent les cieux, les mères enfantent et les sages connaissent la vertu.

« Mon âme a soif de te connaître et de se dégager de son enveloppe mortelle pour jouir de la béatitude céleste, et s'absorber dans ta splendeur. »

moïse — MAnOMET. 53

l'Ecriture sainte, s'il veut parvenir au dernier degré de sainteté indiqué par le Véda, doit, matin et soir, répéter cette prière de Ja sâvitri précédée du monosyllabe sacré Aum et des trois vyâhritis.

* En prononçant mille fois cette triple invocation, le dwidja se dépouille de ses péchés comme un serpent de sa peau.

« Le dwidja qui, pendant trois années^ répète sans cesse la triple prière qui forme la substance même du Véda, et le monosyllabe sacré, s'élèvera jusqu'à la divinité, revêtu d'une forme immortelle^ aussi léger que le vent.

« Tons les actes pieux qu'enseigne le Véda, prières, oblations, sacrifices, aumônes, offrandes sacrées^ ne valent pas le mystique et éternel monosyllabe, symbole de y être existant j9ar lui-même^ de Brahma^ le seigneur des créatures.

« Le sacrifice de chaque jour et les quatre oblations du foyer, répétés mille fois^ ne valent pas une seule invocation à Brahma par la sâvitri et le monosyllabe sacré.

« Le brahmatchari doit éviter que ses sens soient en rapport avec des objets qui leur plaisent, et s'ils se trouvent en rapport malgré lui, il doit s'habituer à les réprimer aussi facilement qu'un cavalier contient et dirige son cheval.

« Apprenez quels sont ces organes que les an-

ciens pundits ont déclarés être au nombre de onze.

« L'ouïe, la sensation de la peau^ la vue, le goût, l'odorat, les organes de la génération, la langue, la main, le pied et l'organe de la voix. Les cinq premiers sont nommés organes de l'intelligence ; les cinq derniers, organes de l'action.

« Il en est un autre, le onzième, le plus grand de tous^ qui renfermée en lui l'intelligence et l'action auquel tous les sens obéissent ; il s'appelle la conscience.

« Voulez-vous savoir, ô hommes sages, comment s'accomplit l'office delà conscience : Lorsqu'un sillon doit être tracé dans les champs, le bœuf est attelé à la charrue. L'homme met la main au timon, et dit : va... le bœuf se met en marche, s'arrêtant ou continuant sa course, suivant la volonté de son maître; quand le sillon est terminé, l'homme seul juge si cela est bien : ni le bœuf qui transmet le mouvement à la charrue, ni la charrue ne peuvent apprécier leur œuvre*.

« Ainsi la conscience humaine — ahancara — seule a la conception, la volonté, la direction, le

1. Nous ne savons rien de plus intéressant que de lire Manon avec la Bible sous les yeux. Ce dernier livre, code du pillage et de la débauche, qui n'a point connu l'immortalité de l'âme, ne peut soutenir la plus petite comparaison avec le vieux livre de la loi des Indous.

moïse — MAHOMET. 00

jugement ; les organes sont inconscients et irresponsables.

« Quand la conscience exagère l'action des organes de la sensualité elle manque aux lois de sa propre existence, et se dégrade si elle en tempère le fonctionnement, elle progresse et monte au séjour de la perfection suprême.

« De même que le feu qui reçoit le beurre clarifié des sacrifices, ne fait que brûler avec plus de vigueur, de même les désirs que l'on cherche à satisfaire deviennent insatiables.

« L'homme vertueux est celai qui pouvant jouir de tous les plaisirs, y renonce volontairement; la renonciation est préférable à la jouissance*.

«c Le meilleur mojen de soumettre ses sens toujours disposés à l'abus de la sensualité, est dans l'étude persévérante de l'Ecriture sainte.

« Mais l'étude des Védas, la pratique de la charité, les sacrifices pieux, les oblations, les donations les plus austères, ne procureraient jamais le bonheur éternel à l'homme qui se livre à toutes les jouissances d'un naturel corrompu.

« L'homme vertueux n'est entièrement assuré d'a-

1. Quelle religion, quelle philosophie a profesS(3 des principes plus purs? Il est certain que les lois de Manou seraient le plus beau traité de morale qui ait paru au monde, s'il n'était déparé par l'institution des castes.

voir dompté ses passions, que quand il voit, touche, entend, ressent, mange, sans joie ni peine.

« Si on ouvre la porte à une seule de ses passions, tout le travail accompli par l'homme pour acquérir la sagesse s'écoule comme l'eau d*une outre percée. « Mais l'homme qui n'est pas encore parvenu à l'âge des vanaprasthas*, doit se contenter de réprimer les exagérations de ses sens, sans se livrer à des austérités qui pourraient nuire à ses affaires de chaque jour.

« Dès l'aube, qu'il récite debout, les mains jointes, la face tournée vers V Orient, la sublime prière de la sâvitri exprimée du Véda, jusqu'au soleil levant, et qu'il la récite dans la même posture au soleil couchant, jusqu'à ce que les étoiles brillent aux cieux.

« La prière du matin efface tous les péchés commis volontairement ou involontairement pendant la nuit. La prière du soir efface tous les péchés commis volontairement ou involontairement pendant le jour. « Quiconque ne fait pas la prière du soir debout, les mains jointes en signe de respect, et le visage tourné vers l'orient, et ne fait pas celle du soir dans la même posture, tourné du côté de celui du soleil couchant, doit être, comme un impur soudra, chassé de la compagnie des trois castes.

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