Vaysias
tètent, et les abeilles qui ne prennent que peu de nourriture à la fois, que le roi ne s'applique à ne prélever l'impôt annuel que peu à peu et par petites portions.
« Le roi peut prélever annuellement la cinquantième partie sur les troupeaux, l'or, l'argent et les matières précieuses qui sont dans le commerce et suivant la richesse du sol, le sixième, le huitième ou le douzième des produits de Tagriculture.
« Il a droit au sixième du bénéfice fait chaque année sur les bois de construction, sur la viande, le miel, le beurre clarifié, les parfums, les plantes médicinales, les sucs végétaux, les fleurs, les racines, les fruits.
« Sur les feuilles à écrire, les plantes alimentaires, l'herbe des bestiaux, les ouvrages en ration, les peaux, les vases de terre et tout ouvrage de granit, de marbre ou de pierre.
« L'impôt ne doit jamais être perçu d'un brahme, quand même le roi serait dans l'infortune, que ce dernier veille au contraire à ce que les brahmes n'aient jamais à supporter la faim.
« Si dans un royaume un brahme venait à souffrir de la faim, ce pays serait bientôt dévasté par la famine.
« Mais si ce brahme est savant dans la sainte Écriture, que le roi se dépouille lui-même pour lui
donner ce dont il a besoin, qu'il le traite comme son lîls et lui donne la situation la plus honorable dont il puisse disposer.
« Les sacrifices que les brahmes, protégés par le roi, accomplissent chaque jour, prolongent son existence et contribuent à la prospérité de l'État,
« Que les hommes de la dernière caste et ceux qui n'ont qu'un très-minime commerce pour exister, ne soient soumis que très-modérément à l'impôt.
« Les bas artisans et les soudras, qui gagnent à peine de quoi vivre, doivent donner comme impôt un jour de travail par mois seulement.
« Qu'il ne tarisse pas la source de ses richesses, par une trop grande âpreté, c^r il tarirait en même temps celle de son peuple, et le royaume tomberait en décadence.
« Que le roi soit sévère ou plein de mansuétude, suivant les cas et les gens, mais qu'il le soit toujours à propos, s'il veut être estimé de tout le monde.
« S'il ne peut suffire à examiner par lui-même toutes les affaires importantes, qu'il se repose de ce soin sur un premier ministre choisi parmi les plus élevés, les plus honnêtes et les plus instruits dans les lois.
« Sa principale occupation doit être la protection de ses peuples, ce qu'il fera en remplissant tous ses devoirs suivant les prescriptions de la loi.
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« Si un souverain permet que ses sujets soient enlevés par des brigands au cœur même de son royaume, ni lui ni ses ministres ne sont dignes de leur mission. Ce sont des fonctions de roi et de ministres.
« Le roi n'a reçu tous les avantages dont il jouit, toute la puissance qu^il possède, que pour défendre ses peuples ; c'est là son devoir et il doit le remplir.
« Qu'il se lève un peu avant le jour, fasse ses ablutions et l'offrande au feu, puis, saluant les vertueux brahmes qui l'assistent, qu'il entre dans la salle de justice préparée pour le recevoir.
« Là, qu'il écoute tous ceux qui se présentent, et qu'il les charme par sa bonté et son équité. Qu'il tienne ensuite conseil avec ses ministres.
« Qu'il se rende avec eux sur un monticule, ou sur une terrasse de son palais, ou dans un bois solitaire et qu'il discute avec ses conseillers, loin des importuns et des curieux.
« Le roi qui sait cacher ses desseins, n'a rien à craindre de la coalition des autres princes, il étend peu à peu son pouvoir sur le monde entier, bien que d'abord il fût le moins puissant de tous.
« Les hommes peu sains d'esprit, les muets, les aveugles, les sourds, ceux qui bavardent comme certains oiseaux, les gens trop âgés, les malades et les
estropiés, les étrangers et les femmes ne doivent jamais être admis dans le conseil.
« Quand les affaires de l'Étal lui laissent quelques heures de repôs^ qu'il s'entretienne avec les brahmes, ou réfléchisse seul sur la vertu, la richesse, le plaisir^
« Sur le moyen d'acquérir ces choses si opposées sans hlesser la justice, sur l'éducation de ses fils et le mariage de ses filles,
« Sur le cas où il doit envoyer des ambassadeurs, sur les entreprises qu'il projette, sur la fidélité de ses mandataires chargés de surveiller les chefs de province, sur les moyens de faire régner la paix entre tous dans l'intérieur de son palais.
« Qu'il médite sur les huit choses importantes dont doivent s'occuper les rois *, sur les cinq espèces d'espions qu'il doit employer ^ et sur les dispositions réelles des rois voisins à son égard,
« Sur la situation des rois étrangers qui, n'ayant que des royaumes peu importants, désirent les aug-
1. Les huit choses importantes dont parle Manon touchent aux revenus^ aux dépenses, missions des surintendants et des émissaires, défenses, délibérations, affaires judiciaires, sentences, peines.
2. Ces cinq espions à employer sont : les jeunes gens hardis, des ermites qui ont été chassés de la caste, des cultivateurs sans ressources, des marchands ruinés et de faux péni^ lents.
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menter, sur les préparatifs du prince qu'on sait amoureux de conquêtes, sur la situation des neutres, mais surtout sur celle de son allié et de son ennemi.
« Le roi doit toujours tenir pour ses ennemis tous les princes dont les royaumes bornent le sien, ainsi que leurs alliés, et il aura pour amis et alliés tous ceux qui sont les voisins immédiats de ses ennemis. Sera neutre le prince qui ne se trouve dans aucune de ces deux situations.
« Qu'il s'arrange de façon à exercer une grande influence sur tous ces princes, soit par une conduite habile en employant les trois moyens^ soit par la force des armes.
* Qu'il soit toujours prêt à employer une des six ressources prescrites.
« Ayant bien pesé toutes les chances de la situation, qu'il se conserve toujours la faculté d'attendre l'ennemi ou de l'attaquer, de faire la paix ou la guerre, de réunir des forces ou de les diviser, de combattre seul ou d'avoir des alliés.
« Que le roi sache bien qu'il y a deux espèces d'alliances et de guerres, deux modes de camper ou de marcher et de se mettre sous la protection d'un puissant souverain.
« Il y a deux sortes d'alliances, l'une qui a pour but de procurer des avantages définis avec des gages donnés d'avance, l'autre qui repose sur des avan-
tages à conquérir. Il y a encore celle où les deux princes agissent de concert, et celle où ils opèrent individuellement.
« La guerre est de deux espèces, on la fait pour soi, ou pour venger une injure faite à un allié, mais, dans un cas comme dans l'autre, la seule préoccupation est de vaincre l'ennemi.
« L'attaque et la marche effective seront également de deux sortes, selon que le roi marche seul ou avec ses alliés.
« Le campement a lieu dans deux circonstances, lorsqu'on a subi de graves pertes résultant de fausses combinaisons, ou lorsque, étant assez fort, on veut laisser à son allié le mérite de vaincre et les dépouilles de l'ennemi.
« Pour assurer son attaque ou sa défense^ le roi doit diviser son armée en deux corps se soutenant l'un l'autre ; le système de la division des forces, tout en conservant la possibilité de les réunir facilement, a été proclamé ce qu'il y a de mieux par les savants dans Tart des six combinaisons.
« Le roi doit se mettre sous la protection d'un roi puissant dans deux cas, lorsqu'il est accablé par le nombre, ou lorsqu'il suppose d'avance que plusieurs ennemis se réunissent secrètement pour l'attaquer.
« Si le roi, attaqué à l'improviste par ses ennemis, est certain d'être le plus fort dès que ses préparatifs
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seront terminés, bien que cela doive d'abord lui causer quelques pertes, qu'il entame immédiatement des négociations pour gagner du temps.
« Mais si son armée est réunie et dans la situation la plus florissante, s'il est sûr de sa puissance, qu'il poursuive la guerre.
« Il ne doit accepter de protection d'un autre souverain juste et puissant que quand, attaqué de tous côtés par les forces ennemies, il n'a ni le temps de négocier, ni la force de résister.
« Si cette protection devait cependant lui coûter trop cher et le soumettre à son protecteur, comme un novice à son gourou, qu'il ne craigne pas, malgré sa faiblesse,' de faire plutôt une défense désespérée.
« Un prince instruit autant qu'habile doit employer ses talents à ne permettre qu'aucun prince, parmi ses alliés, les neutres ou les ennemis ne lui soit supérieur.
« Qu'il pèse avec prudence les avantages et les désavantages de tout ce qu'il veut entreprendre, qu'il considère surtout l'issue probable des choses et la compare à l'état présent.
« Le roi qui voit toujours dans l'avenir l'utilité et les désavantages d'un projet, qui sait se décider promptement pour ou contre, et comprend l'impor-
tance de chaque événement, n'est jamais surpris par l'ennemi.
« Etre toujours prêt, afin de ne laisser prendre aucun avantage sur soi, ni par ses alliés ni par les neutres, ni par les ennemis, voilà toute Thabileté d'un roi à la guerre.
« Dès que le roi a déclaré la guerre et qu'il s'est mis en campagne, c'est vers la capitale de son ennemi que doivent tendre tous ses efforts.
« Il doit, s'il se peut, ne commencer aucune expédition dans d'autres mois que ceux de Margasîrcha, de Phâouna et de Tcliaitra, suivant le genre des troupes qu'il conduit avec lui.
* Cependant, si, dans la saison défavorable, il se voit près d'être surpris ou qu'il soit sûr de vaincre, il peut commencer la campagne.
« Après avoir bien préparé son entreprise, ses munitions, ses approvisionnements, lancé une nuée é'eS' pions en pays ennemi, et tout arrangé pour la sûreté de son royaume,
« Qu'il ait des pionniers pour ouvrir trois espèces différentes de chemins dans les plaines, les bois et les marécages et qu'il divise son armée en six corps, suivant les lois de l'art militaire, et, ceci fait, il peut s'avancer vers la capitale ennemie.
« Qu'il se méfie de ces princes amis communs des deux parties et qui, sans se mêler à la lutte^, donnent
des conseils des deux côtés. Qu'il se méfie également des gens qui, au moment de la guerre^ reviennent à son service après l'avoir abandonné.
« Les troupes en marche doivent être disposées en colonnes, en carré, en losange avec le centre considérable et les extrémités plus faibles, en triangle, et toujours de façon à être prêtes à combattre à la moindre apparence de danger.
« Que le roi se place toujours au centre d'une compagnie de ses gardes, rangée en bataille comme une fleur de lotus.
« Partout où il suppose qu'il pourra être attaqué, il doit placer un commandant et un général éprouvé. Lui-même se portera de ce côté, dès le début de l'attaque.
« Dans tous les endroits convenables, doivent se trouver des postes isolés de soldats dévoués et fidèles, incapables de désertion, pour observer Tennemi, le harceler et l'attaquer au besoin.
« Qu'il divise son armée en compagnies de soldats plus nombreux, plus faciles à commander que des forces considérables, et, après les avoir rangés selon les nécessités du moment et la situation du terrain. qu'il engage le combat.
« Dans les plaines, la lutte doit commencer par les chars et les chevaux. Dans les lieux marécageux et
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abondants de cours d'eau^ avec des éléphants et des bateaux pleins de soldats armés.
« Dans les jungles couvertes d'arbres et d'herbes avec des archers ; dans un lieu découvert, avec des fantassins armés de sabres et de boucliers.
« Qu'au premier rang soient placés des gens de Courou-Kchetra, de Matsya, de Panichala * et de Soûrasena, car là sont nés les hommes courageux ; que Ton place ensuite tous les autres soldats d'après leur taille et leur adresse,
« Avant le combat et quand tout est disposé pour Tattaque, que le roi examine avec soin tous les préparatifs, qu'il parle alors à ses soldats et les encourage.
« Qu'il ne perde de vue aucun des corps de son armée quand elle est aux mains avec l'ennemi, qu'il observe comment tous se comportent et qu'il fasse secourir ceux qui faiblissent.
« Si l'ennemi est réfugié dans une place forte, il doit l'entourer, ravager toute la campagne, détruire les provisions, tarir les sources, couper l'herbe et affamer son adversaire.
« Qu'il détruise tout, comble les fossés, mine les remparts et harcèle centinuellement l'ennemi , et chaque nuit fasse de fréquentes attaques.