Intelligence, conscience et volonté
4. Les cinq organes des sens, l'ouïe, l'odorat, le goût, la vue, le toucher. Les philosophes indous, comme Platon, reconnaissent un sixième sens, celui des appétits sexuels.
de laquelle il allait tirer Tunivers, est venu le nom de Sarira — composé de six molécules — dont les sages désignent la forme visible du générateur céleste.
« C'est dans cette source immense que se transforment les principes matériels de la vie et le souffle immortel qui ne périt pas dans l'être, et où tout ce qui est animé reçoit ses facultés et ses attributs.
« Par ces particules subtiles douées de forces d'agrégation et de transformation, unies au principe de volonté, ont été formés tous les êtres de ce monde périssable émané de l'impérissable.
« Chacun de ces êtres acquiert la qualité de celui qui le précède, de sorte que plus un être est éloigné dans la série, et plus il a de qualités ^
* Le souverain maître, dès le début, assigna à tous les êtres vivants une existence particulière, des fonctions spéciales et un nom, ainsi qu'il est établi par le Véda^.
1. Gomme on le voit, la théorie de Darwin sur l'origine des espèces forme la base même des traditions génésiques de l'Inde.
2. Le Vriddlia-Manava, ou ancien Manou, dont les lois, dans la forme classique que nous possédons actuellement, ne sont qu'un abrégé, n'avait pas établi la division des castes. Ce sloca est évidemment d'interpolation sacerdotale, et date de la puissance brahmanique qui basa sa domination sur cette institution.
« Il produisit d'abord la troupe des dévas*, mandataires sans cesse agissants de sa pensée, puis la foule des génies invisibles, et enfin la prière et le sacrifice, souvenir du commencement de toutes choses.
« Du feu, du soleil et de l'air il tira, comme règle suprême du sacrifice, les trois livres immortels du Véda, le Rig, — l'Yadjous, — le Sama, émanation de sa pensée révélée ^.
« Et il créa le temps et ses divisions, les constellations, les planètes, les mers, les fleuves et les terrains accidentés par les montagnes et les plaines.
« Il créa aussi , car tout devait émaner de lui , la parole, la dévotion austère, les vertus et les vices, et il créa la volonté.
« Pour la volonté il permit à Tâme humaine de distinguer, parmi les actions, le juste de l'injuste, et toute créature fat soumise à la souffrance et à la joie, qui sont les deux choses opposées.
« C'est avec les particules périssables, émanées des
1. Dévas, — sortes de demi-dieux agissant sous la direction de l'Etre suprême.
2. De ce que l'Atharva-Véda n'est pas nommé dansée sloca, plusieurs indianistes ont cru pouvoir soutenir qu'il était postérieur aux autres ; ce livre, d'après l'avis des brahmes pundits et du savant Golbrook, est aussi ancien que les trois autres.
cinq éléments qui composent la forme manifestée du grand Tout, que tout a été formé.
« Tout être qui a reçu dès la création une fonction du maître souverain, l'accomplit fatalement à chaque renaissance successive*.
« Les qualités qui lui ont été spécialement départies, la bonté ou la cruauté, la douceur ou la barbarie, le culte de la vérité ou l'hypocrisie, vertus ou vices, d'elles-mêmes s'emparent de lui chaque fois.
« Ainsi que les saisons reviennent périodiquement prendre leur cours, de même les êtres animés exercent toujours les fonctions qui sont de leur nature.
« La suprême essence manifestée, pour perpétuer l'espèce humaine, tira de sa bouche le brahme^ de son bras le xchatria, de sa cuisse le vaysia^ et de son pied le soudra"^.
1. C'est la doctrine de la transmigration des âmes ou métempsycose.
2. Les interpolations sacerdotales, dans le Vriddha-Manava, s'accentuent de plus en plus.
La société védique portait sans le savoir dans son sein un germe fatal qui devait la transformer et la conduire peu à peu, par l'exploitation de l'idée de Dieu, à l'esclavage le plus complet sous le sceptre de ses prêtres.
Lorsque la réunion de plusieurs familles ayant un auteur commun a donné naissance à la tribu, à la peuplade, les cérémonies du culte, des sacrifices, la garde des traditions
moïse MAHOMET. Il
* Or, ayant divisé son corps en deux parties, Nara, l'esprit divin, devint moitié mâle et moitié femelle.
sacrées sortirent des attributions du père de famille, pour être confiées à une classe spéciale d'hommes, qui reçurent le nom de brahmes, c'est-à-dire serviteurs de Brahma.
Les brahmes épars dans les villages formant autant de sociétés indépendantes qu'il y avait de temples à desservir, ne tardèrent pas à se réunir, à se discipliner, et, grâce à l'empire qu'ils avaient acquis sur le peuple par leurs austérités et leurs vertus, à s'emparer de la direction civile, politique et religieuse de l'Inde entière.
Eu abrégeant le Livre de la Loi, ils firent intervenir Brahma, pour donner à l'établissement des castes une origine divine.
Chaque homme, et ce fut la règle inflexible, ne put, ni pour service rendu, ni pour action d'éclat, ni pour tout autre motif, sortir de la caste où il était né, et, dès lors, nulle ambition ne venant l'agiter, nul espoir d'une situation meilleure n'étant offert comme stimulant à son énergie, rindou, dont chaque pas, chaque mouvement, de la naissance à la mort, fut compté, réglementé par des habitudes et des lois, se plongea dans cette vie de rêve, de superstitions religieuses et de fanatisme qui est encore celle qu'il mène aujourd'hui et qui lui fait repousser tout changement comme un mal, tout progrès comme un crime.
Les brahmes se préparèrent ainsi une nation facile à gouverner. Longtemps, sous leur direction habile, fleurirent les sciences, les arts et les lettres, mais le jour où leur pouvoir fut menacé par les insurections du dehors, ils furent impuissants à galvaniser pour la lutte ce peuple dont ils avaient fait un troupeau d'esclaves.
et en s'unissant à cette partie femelle — l'immortelle déesse Nari — il engendra Viradj *.
Les lois fatales de l'histoire nous montrent toujours l'invasion et la ruine à la suite du despotisme.
L'Inde est morte de ce sloca de Manou que nous étudions, et elle attend un réveil qui ne viendra jamais, car l'Angleterre achève l'œuvre des brahmes.
L'Egypte, la Grèce, la Judée, Rome même conservèrent longtemps ces divisions de castes qu'elles tenaient de leurs ancêtres des bords du Gange.
1. Voilà la vieille trinité primordiale constituée, trinité antévédique dont il fut longtemps défendu d'expliquer les mystères.
Le Germe qui a fécondé le Principe-mère divin^ la matrice ou l'œuf d'or reçoit le nom de Nara, ou Esprit, ou Verbe, émané de l'essence primordiale. C'est cet Esprit que nous venons de voir flotter sur les eaux et recevoir le nom. de Narayana, celui qui se meut sur les eaux.
Ce Nara, ce Verbe sorti de la matrice d'or, divise son corps en deux parties. Tune mâle et l'autre femelle, Nara et Nari, et Nara s'unissant à Nari, tous deux engendrent Viradj. Telle est l'origine de la trinité initiale. Brahma ou Nara le père, Nari la mère, Viradj le fils.
Nous disons Brahma ou Nara, car VEsprit, le Verbe se confondait dans Brahma.
Dans cet extraordinaire symbole, Nara le père et Nari la mère créaient sans cesse, s'épuisaient à soutenir Viradj le fils, c'est-à-dire l'univers. Suivant la belle expression de Huinboidt. qui avait l'intuition de l'Inde ancienne :
MOIS'E — MAHOMEr, 13
« Et sachez, illustres brahmes, que ce code de lois a été produit au milieu des dévotions austères par le divin mâle Viradj.
« Ils se sacrifiaient constamment pour la création. » Telle est cette étrange conception sous laquelle se cachait un naturalisme des plus élevés. Dans les représentations vulgaires des temples, Nara affectait la forme d'un taureau et Nari celle d'une génisse. L'éther et l'air étaient les champs immenses de leur amour constant ; le feu et le soleil le symbolisaient.
D'où les trinités védiques :
Agni — Indra — Sourya Agni — Vaya — Sourya.
Plus tard la trinité se manifesta sous un autre aspect ; à mesure qu^une réaction brutale dans les mœurs tendait à faire la femme l'esclave de l'homme, le principe mère disparut du culte vulgaire comme dieu créateur, et la trinité initiale et les trinités védiques furent remplacées parla trinité brahmanique.
Brahma le créateur, Vischnou le conservateur, Siva le transformateur.
Les mythologies de l'Egypte et de la Ghaldée ont le même point de départ.
« Le point de départ de la mj^thologie égyptienne, dit V illustre Champollion, est une triade formée des trois parties d'Amon-Ra, savoir : Ammon le mâle et le père, Moutli la femelle et la mère, et Khons, l'enfant.
« Cette triade sMtant manifestée sur la terre, se résout en Osiris, Isis et Horus. Mais la parité n'est pas complète, puisque Isis et Osiris sont frères. C'est à Kalalischi que j'ai
« Au milieu des sacrifices, Viradj produisit d'abord
enfin trouvé la triade finale, celle dont les nombres se fondent exactement dans les trois membres de la trinité initiale : Horus, en effet, y porte le titre de mari de la mère (comme Nara dans Vlnde, sorti de la matrice d'or, il s'unit erisuite à elle), et le fils qu'il eut de sa mère, Malouli, est le dieu principal de Kalabschi ; cinquante bas-reliefs nous donnent sa généalogie. Ainsi la triade finale se formait d'Horus, de la mère, Isis, et de leur fils Malouli, personnages qui entrent exactement dans la triade initiale : Ammon le père, Mouth la mère, et Khons le fils. »
(Lettres de GhampoUion le jeune.)
De même en Chaldée :
« Le Dieu suprême, le premier et unique principe d'où dérivent tous les autres dieux, était Ilou, dont le nom signifie le Dieu par excellence...,
« Au-dessus d'Ilou, la source universelle et mystérieuse, venait nne triade composée des trois premières manifestations antérieures et visibles, qui occupait le sommet de l'échelle des dieux, dans le culte populaire : Anou, Nouah, Bel.
« Anou, rOannès des Grecs, le chaos primordial, le dieu Temps et Monde, ^povoç ococp-o; à la fois, la matière incréée issue du principe fondamental et unique des choses.
« Nouah, l'intelligence, nous dirions volontiers le Verbe qui anime la matière et la rend féconde, qui pénètre l'univers, le dirige, le fait vivre, et est en même temps le roi de l'élément humide, en un mot Vesprit porté sur les eaux, »
(François Lenormand.)
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les dix pradjapatis, seigneurs des créatures qui sont :
On lit dans la G-enèse hébraïque :
« Les dieux (Elahim) donc, créa l'homme à son image, et à son image il les créa mdle et femelle. »
Remarquons que l'homme est ici créé mdle et femelle à l'image d'Elahim, c'est-à-dire des dieux mdle et femelle^ et que la femme n'a pas encore vu le jour, elle ne sera formée d'une côte de l'homme qu'après le repos du sepiièruc jour.
Il y a là évidemment d'une part copie maladroite dos vieille-s traditions de l'Orient, et invention plus maladroite encore (car elle prouve que ces vieilles traditions n'étaient pas comprises) de la légende de la femme formée de la côte de l'homme, à moins qu'il ne faille voir là qu'une traduction défigurée de la tradition appliquée à l'homme du dieu qui divise son corps en deux parties.
Aucune discussion ne pourrait s'élever qnani à la traduction du mot Elahim, les Dieux, emplojé par la Genèse.
En hébreu, le singulier Elah signifie Dieu.
Et le pluriel Elahim, les Dieux.
Nous en appelons à tous les hébraïsants, sans craindre le moindre démenti.
Or, tout ce passage de la Genèse emploie cette expression d'Elahim, qui signifie les Dieux et non celle d'Elah, qui signifierait Dieu.
De plus, le pluriel Elahim, les Dieux, gouverne toujours au singulier :
Elahim 6«r«, les dieux créa.
Si nous observons qn' Elahim bara (les dieux créa) l'homme mâle et femelle a son image en une seule personne^ la femme n'étant pas encore créée ou séparée de Vunité androgyne.,**^ nous en conclurons qu'Elaliim repr(^?cnt^ dans la
« Maritchi, — Atri, — Angiras, — Paiilastya,
— Poulaha, — Gratoa, — Pratchetas, — Vasichta,
— Brighou, — Narada.
Genèse hébraïque ce dieu à la double nature mâle et femelle que nous venons de rencontrer dans les genèses indoue, égyptienne et chaldéenne.
Ce qui, n'en déplaise aux chrétiens et aux juifs, permet de retrouver la vieille tradition trinitaire de l'Inde, tradition dont les rédacteurs du Pentateuque ont subi l'influence.
Et alors nous avons :
Représentant le Père.
Et l'Esprit d'Elahim qui comme le Nara indou, le Khons égyptien et le Nouah chaldéen flottait sur les eaux la Mère.
Et qui représente le produit, c'est-à-dire. . le Fils.
Voilà ce que valent les prétentions manothéistes des Hébreux. Il suffit au surplus de lire le dernier Livre des Rois, chap. xxii et xxiii, pour voir, par l'œuvre de destruction de Josias, à quel point le monothéisme dit mosaïque est de fraîche date.
Même légende en Océanie :
« Dans le principe, il n'y avait rien, et le Dieu suprême Jhoiho-Taaroa habitait dans le vide. Il créa d'abord les eaux, dont il reconnut les abîmes, et le dieu germe Tino se mit à flotter à la surface.
(Tradition des Orero océaniens).
M. de Bovis, officier de marine distingué, quia recueilli également cette tradition, en donne une traduction qui difl'ère peu de la nôtre.
« Dans le principe, il n'y avait rien et le vide était
A leur tour, ces personnages puissants^ engeu-
Dicii ; il y eut ensuite une masse liquide recouvrant les abîmes, et le Dieu type, source de la race humaine, flottait sur les eaux. »
Jlioiho divise ensuite son corps en deux parties :
L'une mâle Taaroa*
L'autre femelle Ina.
De leur union naît, Oro.
Et la trinité océanienne se trouve fondée ainsi ; danâ toutes les vieilles traditions du monde, le Verbe germe a flotté sur les eaux.
De même se forme la trinité finnoise.
Ukko, dieu primitif, dieu père.
Luonnotar, vierge mère.
Waïnamoïnen, le fils.
A peine la vierge mère est-elle née du germe primitif qu'elle se met à flotter sur les eaux, comme les vierges créatrices de l'Inde, de la Giialdée, de l'Égjpte et de la Judée.
Partout le dieu Un engendre le dualisme mâle et femelle, et de l'union de ces deux principes naît le fils qui complète la trinité.
Toutes les religions du monde sont parties de Vunitè pour arriver à la trinité par le dualisme. Eupression de cette trinité naturelle, qui indique que l'humanité s'est créée, comme elle se conserve par le père, la mère^ Venfant.
1. Les pundits du sud de l'Inde ne sont point d'accord sur la signification exacte à donner à ce sloca; d'après l'opinion la plus générale cependant, ces dix pradjapatis ou seigneurs des créatures seraient dix chefs de dynasties antédiluviennes.
drèrent les sept richis primitifs \ les génies du ciel d'Indra et les puissants maharchis.
« Puis ils créèrent les yakchas, les râkchasas, les pisâtchas, les gandharbas, les apsaras, les asouras, les nagas^ les sarpas, les souparnas et les pitris ancêtres du genre humain^,
« La foudre, les éclairs, les nuages, Tare d'Indra, avec mille couleurs^, les météores, les bruits surnaturels des cieux, les comètes et les diverses étoiles,
« Leskinnaras, les singes, les poissons, les oiseaux de toutes espèces, les animaux sauvages et domestiques et les fauves à la dent double,
« Les vers, les sauterelles, les mouches, les punaises, les poux, les moustiques, et tous les corps inanimés.
« C'est ainsi que ces sages magnanimes développèrent, par la prière et les sacrifices, tous les êtres mobiles et immobiles dont Viradj avait créé les espèces.
« Sachez, maintenant, quelles sont les fonctions assignées à tous les êtres différents et comment ils naissent et se reproduisent.