‹ Les législateurs religieux: Manou, Moïse, MahometChapitre 37 sur 117 · DU MARIAGE ET DES DEVOIRS DU PÈRE DE FAMILLE · texte numérisé non relu

DU MARIAGE ET DES DEVOIRS DU PÈRE DE FAMILLE

(Du repos funéraire).

« L'étude de la sainte Écriture, des mystères, des cérémonies et des sacrifices doit durer, sous la direction suprême du gourou, neuf ans, dix huit ans ou trente-six ans, suivant le degré d'intelligence ou d'aptitude du brahmatchari*.

« Après avoir étudié les livres saints dans l'ordre établi, en s'arrôtant spécialement sur telle ou telle partie, suivant sa caste, le brahmatchari, le jeune xchatria et le vaysia peuvent entrer dans la catégorie des pères de famille*.

1. Et selon que Tétudiant en théologie veut parvenir au premier, au deuxième ou au troisième degré d'initiation.

2. Ses études du premier degré terminées, l'étudiant entre dans Tordre des grihastas ou pères de famille. Après le don de la génisse il peut se marier. Les membres des trois castes sont obligés de prendre ce premier degré d'initiation. Le sondra ne peut y prétendre en aucun cas.

96 MANor.

« Connaissant tout ce qui se rapporte aux devoii-s, et sachant interpréter la Sainte Écriture, il peut quitter la maison de son père spirituel, qui, sur le seuil, le couronne de fleurs, appelle la bénédiction d€S dieux sur sa tète, et lui fait cadeau d'une génisse.

« Le dwidja — deux fois né — doit alors, avec l'assentiment de son gourou, prendre son bâton et son aiguière, et se mettre à la recherche d'une femme de la même caste que lui, qui brille par ses qualités, et qui soit pourvue des signes prescrits.

« 11 ne peut épouser une femme descendant en ligne directe d'un de ses aïeux paternels ou maternels, jusqu'au sixième degré. 11 ne peut avoir aucune union charnelle avec des femmes parentes de son père ou ayant avec lui une origine commune.

« Qu'il évite toute union avec une femme appartenant à une famille qui n'accomplit pas ses devoirs religieux, dans laquelle le nombre des filles est bien plus grand que celui des fils*, qui ignore la sainte Écriture, ou dont les membres sont affligés de diffbr^ mités, comme la phthisîe, la dyspepsie, l'épilepsie, les hémorrhoïdes, la lèpre et l'élépbantiasis.

1. Cette recommandation vient de la croyance que le pèro de famille ne voit le swarga (ciel) s'ouvrir devant lui que par les prières et les cérémonies accomplies par son fils sur sa tombe. De là la nécessité d'avoir un fils.

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« Il faira ces familles, quelles que soient leur puis* sance, leur renommée, leurs richesses.

« Qu'il cherche une femme belle de formes, dont le nom soit agréable à prononcer, qui ait la démarche d'un cygne ou d'un jeune éléphant, la voix douce, dont le corps soit couvert d'un léger duvet, dont les cheveux soient soyeux, les dents petites et régulières, les membres d'une souplesse délicate.

« Une belle femme fait la joie de la maison^ conserve l'amour de son mari et lui donne des enfants bien constitués.

« Qu'il n'épouse pas une fille qui n'a pas de frère*, ou dont il ne connaît pas le père ^.

« Le premier mariage du dwidja ne peut avoir lieu que dans sa propre caste. Si la nécessité l'oblige à ime seconde union ^, il peut la choisir dans les castes inférieures.

1. Son premier-né pourrait être malgré lui adopté par son beau -père, pour raccomplissement des cérémonies funéraires, et, dans ce cas, s'il venait à ne pas avoir un second âls, il serait obligé lui-môme d'avoir recours à Tadoption.

2. Ne connaissant pas le père, il ne pourrait comparer sa généalogie à celle de sa femme, et il s'exposerait à épouser une femme qui serait sa parente à un degré prohibé.

3. La nécessité de se procurer un fils qu'il n'a pu avoir de sa femme légitime.

« En cas de nécessité et pour assurer l'accomplissement des cérémonies funéraires sur sa tombe, le brahme peut contracter une seconde union, avec le consentement de sa première épouse^ avec une femme xchatria ou vaysia.

« Le xchatria avec une femme vaysia ou même soudra, le vaysia avec une soudra. Le soudra n'épouse jamais qu'une soudra.

« Aucune tradition ne fait mention d'un brahme^ même en cas de nécessité, ayant épousé une femme de la caste impure.

« Le brahme qui épouse une soudra est dégradé sur-le-champ, et il rabaisse sa famille à la condition servile ^ 11 est rejeté parmi les tchandalas ou gens des classes mêlées.

« Des sages, comme Sanaca et Brighou, ont pré-

1. « Il est rejeté parmi les tchandalas ou gens des classes mêlées. »

Cette expression de tchandala se rencontre si souvent dans Manou que nous croyons utile de donner quelques explications sur ces gens des classes mêlées et le chemizi parcouru par quelques-unes de leurs migrations les plus curieuses, émigrations sur lesquelles nous nous fondons pour donner à la Chaldéo-Babylonie l'Inde pour ancêtre.

La division du peuple en quatre castes, les brahmes, les xchatrias, les vaysias et les soudras, fit naître dans l'Inde un droit pénal dont nous retrouvons des vestiges chez toutes les nations de l'antiquité et même dans les codes

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tendu que le brahme époûsenr d'une soudra n'était dégradé que par la naissance d'un enfant mâle, mais les éminents richis Atri et Gotama, fils d'Antathja, déclarent que Tunion seule suffit.

modernes. Cette forme de pénalité »*appela, dans l'Inde, le rejet de la caste.

A Athènes, le bannissement avec privation de ses droits de citoyen.

A Rome, la diminution de tête.

Dans les codes modernes, la mort civile.

Par le rejet de la caste, Thomme perdait dans Tlnde non*seulement ses droits sociaux, mais encore ses droits naturels. Il n'était plus rien non-seulement pour les gens de son village et de sa caste, mais encore pour sa femme, ses enfants et tous ses parents. Du jour où le rejet de la caste était prononcé, sa succession était ouverte.

On lui interdisait Teau, le riz et le feu, non qu'il ne conservât le droit de se nourrir, mais il était défendu à qui que ce fût, sous peine de subir la môme flétrissure, do lui fournir aucun de ces objets, d'observer à son égard les droits de l'hospitalité.

Le tuer n'était pas un crime.

La société indoue n'avait pas encore inventé la prison, les tortures, la mort... elle resta stationnaire pendant plusieurs milliers d'années devant ce mystérieux problème de la vie sans oser y toucher, n'admettant d'autre droit pour la société que celui de chasser de son sein celui do ses membres qui refusait de se soumettre à ses lois.

CSette coutume engendra bientôt toute une catégorie d'individus qui reçurent le nom de tchandalâs ou gens des ckuses mêlées.

« Il est donc prescrit que le brahme qai épouse unesoudra, s'il n'en a pas d'enfant, devra, après sa

Les parîahs actuels descendent des tchandalas.

Lorsque Tlndou était frappé par un arrêt de rejet de caste, il n'entraînait pas dans sa chute, à moins de complicité, sa femme et ses enfants ; mais si ces derniers voulaient par dévouement le suivre dans sa disgrâce, ils étaient dégradés par ce seul fait et rejetés dans la classe impure, de même tous les enfants qui lui naissaient, soit de sa femme, soit d'unions passagères, appartenaient à la classe des tchandalas.

Cette classe n'avait aucune existence légale. La loi ne reconnaissait pas plus les liens de parenté de ses membres que ceux des animaux; les malheureux décastés étaient moins protégés même que ces derniers, puisqu'on pouvait les blesser et les mettre à mort Impunément.

Gomme toutes les races abandonnées à la vie de nature, les tchandalas se développèrent avec une extraordinaire rapidité. Issus des criminels de toutes les castes, môme des castes brahmes et xchatrias, ils ne tardèrent pas à former un ensemble beaucoup plus intelligent, plus capable que la moyenne des soudras et même des vaysias; peu à peu, ils se réunirent en villages dans les contrées incultes et jugées inhabitables jusqu'alors; ils cultivèrent la terre, élevèrent des troupeaux, et chacun ajant conservé la caste précédemment possédée dans la société qui les avait chassés, ils ne tardèrent pas à former une petite nation, s'élevant à côté de la grande et sur son modèle, et ayant elle aussi ses brahmes, prêtres, ses xchatrias, chefs, ses vaysias, négociants, et ses soudras, cultivateurs. Les plus anciens historiens indous, Vina-Snati et Véda-Vyasa par exemple, leur attribuent Vinvention de la brique.

HOISE « — MAHOMET. 101

mort, aller se parifier dans le naraca ; mais s'il en a une fille, il est dégradé de sa caste.

Les brahmes ne pouvaient accepter cette situation qui deyait infailliblement conduire à des luttes séculaires le jour où les tchandalas seraient assez forts pour braver ceux qui les avaient rejetës de leur sein.

La persécution commença.

Un premier édit du brahmatma Yati-Hichi défendit à tous les gens des classes mêlées d*habiter dans les villages.

Ils se firent nomades et vécurent avec leurs troupeaux, mais sans s'éloigner du centre commun de ralliement, c'està-dire de leurs fours à briques. Ils continuèrent à se développer et à croître avec une extraordinaire rapidité.

Toutes les provinces de l'Inde avaient leurs tchandalas gouvernés par ceux d'entre eux qui étaient d'origine brahme etxchatria. De plus, quoique parlant des langages diiférents suivant les latitudes, tous les groupes tchandalas possédaient les mêmes mœurs, les mêmes croyances que les Indous, car les brahmes chassés de leur caste avaient doté les classes mêlées d'un cuite et d'une discipline religieuse semblables à ceux des castes régulières. Bientôt ils se hasardèrent à bâtir quelques modestes édifices en terre et pierre sèche, servant de pagodes et d'écoles... Malgré tous les obstacles, malgré la loi civile et religieuse, une nouvelle nation se formait dans la nation.

Le brahme Vamana, le vainqueur de Prithou, homme intelligent autant qu'habile, conseillait à Tartaxchatria Aristanata, dont il avait consolidé le trône par ses victoires, d'admettre tels quels dans les castes tous les groupes tchandalas et de leur restituer les droits dont avaient joui leurs ancêtres. Si cet avis eût prévalu, toutes les persécutions et les révolutions serviles qui ensanglantèrent Plnde

t02 MÀNOU,

« Le brahme doit toujours être assisté de 13» femme, dans les sacriiices aux dieux, les offrandes aux pitris, et dans raccomplissement des devoirs

pendant des siècles eussent été évitées. Mais déjà, à cette époqae, la logique, la justice et le sens commun étaient de peu de poids dans les conseils du gouvernement, et Ton ne songea à se défendre des tchandalas qu'en leur infligeant les plus odieux traitements.

Environ huit mille ans avant notre ère (on m'a souvent reproché avec peu de bonne foi mes dates,., ai-je besoin de dire que ce sont les dates de la chronologie brahmanique? ai-je tort de les préférer aux dates fantaisistes que l'Europe veut imposer à l'Inde?), l'artaxchatria — grand roi — Pratichta lança contre eux l'édit connu dans Tlnde sous le nom de Arta — l'acte juste, par lequel il leur défendit l'exercice du culte de Brahma et la lecture des Védas.

Voici cet acte que nous avons traduit de l'Avadana-Sastra ou recueil des récits historiques.

« Manou a dit : les tchandalas naissent de l'adultère, de rinceste et du crime. Ils ne peuvent avoir pour vêtements que les habits des morts, pour plats que des pots brisés, pour parure du fer, pour culte que celui des mauvais génies et qu'ils vaguent sans cesse d'un lieu à un autre.

Les sages ont de tous temps confirmé ces décisions. Il est interdit aux tchandalas de faire aucunes cérémonies funéraires en Vhonneur des mânes des ancêtres^ de se réunir en villages^ d'observer entre eux les différences de castes et d'y attacher des privilèges^ d'offrir les sacrifices et les oblations à Veau et au feu^ de faire les ablutions prescrites.

Il leur est interdit de prononcer le nom de Brahma^ Vêtre existant par lui-mime, et le mystérieux monosyllabcy de lirCf de copier et d'enseigner le Yéda, d'écrire de gauche à droite^.

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d'hospitalité. Gomment voudrait-il que les dieux et les mânes acceptassent des oblations^ que les voyageurs de sa caste qui viennent se reposer sous son

qui est le mode réservé atix hommes'vertueux des quatre castes et pour la transcription de VÈcriture sacrée.

Pour les actes entre eux, ou constater les louages de service pour l'enlèvement des immondices et des cadavres en putréfaction, et pour leurs marchés de briques, il leur •st interdit d^écrire de la main droite et autrement que de droite à gauche. La main droite est la main pure réservée aux sacrifices aux dieux et aux oblations que les gens des castes reconnues ont seuls le droit d'offrir. »

« Que cela soit sous peine de mort.

« TeUe est la loi. »

Ces distinctions de main droite et de main gauche, et d'écriture de gauche à droite et de droite à gauche, sont encore observées dans toutes les provinces du sud de riiide, bien que les castes se soient multipliées à Tinâni ; les castes supérieures les ont imposées aux castes inférieures, et un pariah qui voudrait les transgresser aujourd'hui se ferait assommer par les gens de bonne caste. Retenons bien ce fait :

De VvnJterdiction de la main droite et de V écriture de gauche à droite^ faite aux gens des classes mêlées par Manou et ledit de Pratichta,

Rien n'y fit : les tchandalas se bâtissaient des cases de feuillage qu'ils renversaient à la moindre alerte, vivaient et priaient en commun, fabriquaient des ouvrages de poterie et des briques qu'ils allaient vendre aux abords des cités, car l'entrée leur en était interdite, et le besoin de leur aide était tel pour cet ouvrage pénible,* qu'un karana

104 M AN ou.

toit acceptassent une nourriture oflTerte par une impure soudra ?

« Pour le brahme qui s'est uni à une soudra et qui en a eu un fils, il n'est pas d'expiation connue sur cette terre.

(buUo, rescrit, ordonnance) du brahmatma Yati-Richi avait déclaré :

€ Qu'il était permis de se servir de la brique fabriquée par les hommes des classes mêlées^ car la terre était si pure qu'elle ne pouvait être souillée par l'attouchement des tchandalas. »

(Avadana-Sastra^ !'• partie.)

Enfin ces pauvres proscrits, par tous les moyens dont ils pouvaient disposer, reconstruisaient peu à pou entre eux le pacte social décliiré par leurs ancêtres.

Ils n'avaient pas le droit de posséder la terre, aussi la vente des objets qu'ils manufacturaient, leur vie sobre, leurs économies de plusieurs siècles, finirent par concen* trer dans leurs mains une partie de la ricliesse monnayée de rindoustan. Malgré l'interdiction de l'eau, du riz et du feu qui pesait toujours sur eux, ils parvenaient à se procurer, en secret, le riz, le safran, et tous les objets nécessaires à leur nourriture et à la toilette de leurs femmes. Ils s'étaient rapprochés des villes, aux cases en feuillage avaient succédé des abris en briques construits sur un autre modèle que celui de leurs oppresseurs, pour ne pas exciter leurs persécutions. Insensiblement ils ruinaient les bases légales de leur proscription. En deux mille ans, ils étaient arrivés à former presque le tiers de la nation, et le jour approchait où il allait être nécessaire de compter avec

MOISB — MAHOMET. 105

« Apprenez maintenant quels sont les différents modes de mariage en asage dans les quatre castes,

et que les sages ont reconnus comme bons ou mauvais.

« Ils sont au nombre de huit : * ,

Le mode de Brahma ;

eux, lorsque, sous rartaxchatrla Agastya, la persécution recommença avec de telles rigueurs, qu'en quelques mois ils furent rejetës dans la condition misérable que la loi leur avait primitivement faite.

Les montagnards de THimalaya ayant, pour la seconde fois, fait irruption dans les plaines de Tlndoustan, et détruit Asgartha, la ville du soleil, Agastya, après avoir été à deux doigts de sa perte, finit par les anéantir, et jugea Foccasion bonne pour s'emparer de toutes les richesses amassées par les tchandalas. Il accusa ces derniers d'avoir favorisé les envahisseurs et rendit coup sur coup une série d'édits qif il fit exécuter par ses soldats.

Le premier, connu sous le nom de karana-karaya, Tédit d'impôt royal,

« Confisque tout ce qui sera trouvé en possession des tchandalas, par ce motif qu'ils n'avaient pas le droit de rien posséder. »

{Avadana-Sastra, 1" partie.)

Le second, appelé karana-kuhanaya, l'édit sur les choses de terre cuite,

€ Ordonne que les tchandalas soient désormais employés uniquement aux travaux de briques et de poterie, pour le compte des vaysias dont ils deviennent les esclaves ; et que, divisés en escouades, ils soient immédiatement employés à

106 MÀNOU.

Celai des dieux inférieurs (dévas) ; Celui des richis (saints) ; Celui des pradjapatis (créateurs) ; Celui des assouras (génies malfaisants) ; CelQi des gandharbas (musiciens célestes) ;

entourer les villes de murs en briques, à construire des pagodes et des forteresses sans autre salaire que leur nourriture. »

{Avadana-Sastray 1" partie.)

Le troisième, appelé karana-munkundakaja, l'édit sur les légumes impurs,

« Ordonne que la seule nourriture qu'il sera permis de leur donner consistera en ail et oignons (munkundaka, oignons), les livres sacrés défendent qu'il soit donné aux tchandalas ni grains, ni fruits portant grains, ni feu ni eaux. »

{Avadana^Sastra^ !'• partie.)

La môme ordonnance porte :

« Qu'ils ne pourront prendre de l'eau pour leur subsistance, ni dans les fleuves, ni dans les sources, ni dans les étangs, mais seulement aux abords des marécages et des abreuvoirs, et dans les trous faits dans la vase par les pas des bestiaux. » (Id,)

Défense fut faite également :

« De laver leur linge et de faire leurs ablutions, l'eau croupie, qui leur était concédée, ne devait être employée qu'à éteindre leur soif. »

Il fut interdit aux femmes soudras d'accoucher les

moïse — MAHOMET. 107

Celui des rakchasas (géants précipités dans les cieux inférieurs après leur révolte contre Brahma) ;

Et enfin celui de6 pisàtcbas (vampires).

« Voici quels sont les modes que chaque caste doit adopter, les chances heureuses qui y sont attachées.

femmes tchandalas, et à ces dernières de s'aider entre elles, etc..

{Avadana-Sastra, !'• partie.)

On aurait de la peine à sgouter foi à toutes ces horr.eurs, si Tantiquité de TOrient n'était pleine de pareils actes.

Tout, comme on le voit, fut combiné de façon à amener le plus rapidement possible Textinction de cette race, que les moyens ordinaires n'avaient pu empêcher de croître.

Excès de travail au soleil et devant le feu des fours à briques, des légumes crus pour toute nourriture — Teau bourbeuse pour boisson — défense de procéder à aucuns soins de propreté — interdiction d'aider aux femmes enceintes à se délivrer. Un pareil traitement aurait raison en quelques années de la nation la plus robuste et la plus énergique.

Le premier résultat de ces atroces dispositions que TAvadana-Sastra signale, fut amené par la défense faite à ces malheureux de procéder à aucune ablution corporelle.

En peu de temps, presque tous ces malheureux furent atteints de plaies purulentes aux parties génitales. Gomme en cet état ils ne pouvaient travailler, Agastja rendit l'ordonnance appelée karana-nistrincaya, Tédit du couteau, par lequel :

< Tout homme et tout enfant mâle en naissant furent

et les qualités bonnes ou mauvaises qui en résultent pour les enfants.

« Il est des sages qui permettent les siji premiers mariages aux brahmes et les quatre derniers aux autres castes, moins le mode des géants, interdit aux soudras.

astreints à la circoncision, et toute femme dut subir l'ablation des petites lèvres vaginales... »

{Avadana-Sastray !'• partie.)

Toutes ces prescriptions, exécutées à la lettre sous Agastja, avaient eu pour résultat, à la mort de ce prince, de diminuer d'une bonne moitié le nombre des tcbandalas.

Sous les successeurs de cet homme de fer, les rigueurs se relâchèrent un peu, et les malheureux, quoique plongés dans le plus dur esclavage, purent se procurer une nourriture moins malsaine, et reconstruire leurs primitives cases de branchages.

Nous les retrouvons, environ quatre mille ans avant notre ère, possédant des troupeaux et vivant à peu près tranquilles à condition de ne pas bâtir de maison, de ne pas se réunir on village, et de se soumettre aux prescriptions de Manou.

€ La demeure des tchandalas doit être hors des villages; ils ne peuvent avoir des vases entiers, et ne doivent posséder pour tout bien que des chiens et des ânes.

€ Qu'ils aient pour vêtements les habits des morts, pour plats des pots brisés, pour parure du fer. Qu'ils vaguent sans cesse d'un lieu à un autre.

« Qu'aucun homme fidèle à ses devoirs n'ait de rapports avec eux ; ils doivent n'avoir d'affaires qu'entre eux et ne se marier qu'entre leurs semblables.

« D'autres n*accordent aux brahmes que les quatre premiers, aux xchatrias que le mode des géants, aux yaysias celui des musiciens célestes, et aux soudras le plus vil, celui des vampires.

« Le présent code n'accorde au brabme que les quatre premiers modes :

« Qae la nourriture qui leur est accordëe ne leur soit donnée que sur des tessons^ et qu'ils ne circulent pas la nuit dans les villages et les villes.

« Qu'ils n'y entrent de jour que leur besogne, portant les signes prescrits par le roi pour qu'on les reconnaisse. Qu'on les charge de transporter les morts qui ne laissent pas de parents.

« Qu'ils exécutent les sentences de condamnation à mort.... >

Ils étaient devenus exécuteurs des hautes œuvres lorsque, pour ne pas augmenter le nombre des gens des castes mêlées^ la répression pénale par la mort et les tortures avait remplacé le rejet de la caste, qu'on n'avait conservé que pour les crimes religieux d'une gravité exceptionnelle, comme la divulgation des mystères par un initié.

A Tépoque des luttes brahmaniques et bouddhistes, environ quatre mille ans avant notre ère, pris entre des ennemis aussi acharnés contre eux les uns que les autres, les tehandalas^ au rapport de rAvadana-Sastra :

€ EtnigrtrerU en foule par le pays du Sind et d*Aria {Iran) avec leurs troupeaux^ route qu*avaient déjà parcourue Harakola et ses guerriers,.. » Gomme on le voit, c'est le chemin dcTËuphrate et du Tigre, le chemin de la Chaldée et de la Babylonie.

Celui de Brahma; Gelai des dévas ; Celui des richis ; Celui des pradjapatis.

« Aux zchatriaSy que le sixième et le huitième mode ;

L'cmigratiou la plus considérable notée par la tradition historique do TAvadana eut lieu sous la conduite d'Artaxa- Phasical.

Une foule de souverains babyloniens conservèrent cette expression à la suite de leurs noms, signe frappant do leur origine indoue.

Le mot pal en sanscrit signifie chef de tribu, de là le mot paî/î, qui prend lo sens de tribu, village. La route suivie fut celle du Sind que prirent ensuite toutes les émigrations, ca, dans ces immenses plaines qui s'étendent le long de la mer d'Oman et du golfe Persique, les tcliandalas étaient à Tabri, eux et leurs troupeaux, des poursuites de leurs oppresseurs, qui, du reste, ne voyaient peut-être pas sans plaisir le Ilot des castes serviles qui menaçait de les envahir se déverser sur des contrées étrangères.

Il est un principe fatal qui préside au développement des nations, et auquel les peujiles modernes ne se soustrairont pas plus que leurs ancêtres do l'antiquité. L'esclavage naît de Tégoïsme humain, dans toute société; le travail du bas voit ses résultats de bien-être profiter surtout au sommet ; les heureux du hasard se liguent pour conserver leur situation, mais il arrive un jour où l'esclave ne veut plus travailler pour le maître... Toutes les émigrations antiques sont nées de là, à part quelques vaincus ambitieux qui, comme Manou-Véna,Hara-Kala etiodha, allèrent coloniser

MOISÈ — MAHOMET. 1H

Celai des gandharbas ;

Gelai des rakchasas.

« Aax vaysiaSy qae le sixième mode :

Celui des gandharbas (musiciens célestes).

« Aux soudras, que le cinquième mode :

Celui des asouras (mauvais génies) .

rÉgjpte, FAsie-Mineure, et les contrées du Nord, à la saito de luttes sanglantes. La plupart des tribus tchandalas et autres qui quittèrent l'Inde furent des émigrations de déshérités, allant chercher d'autres cieux où il leur fût loisible de vivre libres, d'avoir une famille et de posséder.

L'organisation de la société indoue, toile qu'elle résulte des prescriptions de Manou dont nous ayons donné la traduction, ne laissait aucune place à l'homme décasté, au tchandala, au pariah ; au fur et à mesure que le nombre de ces pauvres gens s'est augmenté, ils sont allés demander un peu d'air, de soleil et de liberté à ces immenses plateaux de l'Asie centrale parsemés d'oasis et de déserts, contrée où ils ne rencontrèrent pas les conditions de la vie qui pouvaient leur permettre de constituer des nations durables et de jouer un grand rôle dans l'histoire de riiumanité.

La nature du sol les força à continuer cette vie nomade qui avait été leur lot dans l'Inde, et ils la continuent aujourd'hui dans le Bélouchistan, les déserts do Karman, le Kurdistan, et en Arabie jusqu'aux rives de l'Euphrate et du Tigre.

La loi du passé est la loi du présent, l'homme obéit aux nécessités de la terre. Nul grand royaume, nulle nation puissante n^eût pu s'établir, ni dans le passé, ni dans le

« Si on père, après avoir amplement pourva sa fille de vêtements et de bijoux, la donne à an dwidja versé dans la science des livres saints^ vertueux et jouissant d'une bonne réputation, et qui soit de la môme caste que lui, ce mariage est dit :

Le mode de Brahma !

présent, dans la contrée comprise entre la mer Caspienne, TEuphrate, le golfe Persique, la mer d'Oman et Tlndus, et aucun peuple n'y jouera dans Tavenir un grand rôle historique, à moins qu'un bouleversement géologique qu'on ne peut prévoir ne vienne changer les oasis rabougries, les steppes et les déserts sans fin de ce pays en terres riches* et fertiles.

Regardez toutes ces immenses contrées qui se nom i ■

Désert do Karinn,

Désert de Khorassan ou désert Salé,

Désert do Kouhistan, . Désert do Kerman,

Désert de Zerrah,

Désert de Djalk,

Désert de Lora, Désert de Saravan,

Pour ne nommer que les plus importants, et dites-nous s'il n'est pas absurde, à tous les points de vue ethnographiques, de faire vivre là des civilisations puissantes, ancêtres des Ghaldéo-Babyloniens et de tous les peuples que la science officielle appelle les Sémites.

Vous avez fait de la science avec la Bible et vous ne voulez pas en démordre, mais vos inventions sont aussi surannées que les livres sacrés du judaïsme, l'histoire des familles humaines qui se rattachent à la race blanche veut, aujourd'hui, autre chose que lès conceptions de ca-

moïse MAHOMET. . 113

• Lorsque le brahme prêtre olFre le sacrifice du sarvaméda, et qu'un père, s'approchant pendant la cérémonie, consacre sa fille à celui qui officie, ce mariage est dit, par les sages :

Le mode des dévas !

binct, et des compilations approuvées par la Rome orthodoxe...

Les émigrations des déshérités, des tchandalas indous, apportant dans ces contrées leurs langues différentes par tribus, leurs croyances religieuses uniques, leurs habitudes d'écriture de droite à gauche, la circoncision imposée qui avait fini par passer dans les mœurs, leurs habitudes nomades, leurs connaissances des travaux de briques et de poteries... voilà la véritable source des nations dites sémitiques qui se sont développées dans la mesure du possible sur les plateaux de l'Asie centrale et les rives du TEuphrate et du Tigre.

Quant à toutes ces grandes luttes assyriennes et babyloniennes, exagérées par cette tradition orientale qui ne connaît pas de bornes sur le terrain de l'emphatique épopée, ce ne furent que des guerres de tribus se disputant les bords plus favorisés de TEuphrate, et la possession des camps retranchés de Ninive et de Babylone, qui donnaient la suprématie passagère à la peuplade qui les possédait.

Ainsi également toutes ces guerres interminables entre Athènes, Sparte, Gorinthe, Mégaro, etc., ne furent que des disputes de village.

Voilà la vérité historique.

Il est temps de voir juste à travers toutes ces exagérations antiques, immortalisant des révolutions de bourgade, et livrant à l'admiration de la postérité des hommes qui,

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