MAXOU
« Lorsqu'un père accorde sa fille suivant les règles prescrites, à un homme qui lui a fait présent d'un ou de plusieurs couples de taureaux pour les sacrifices religieux, ce mode est dit :
Le mode des richis !
comme Alcibiade, Vèqu'woquù ami du savetier Socrate, faisaient couper la queue à leur chien pour amuser la foule...
Il faudi^a faire la réduction de tout cela, et tout en gardant une admiration raisounée pour le développement artistique et littéraire, qui procédait de Tlnde et s'est continué sur le sol de la Grrôce, ramener une foule do petits hommes et de petits faits à une taille que Plutarque et consorts ont par trop exagérée. •
Aucun des peuples de Tantiquité ne s'est développé isolément et en un jour, et tout dans le domaine artistique, littéraire, philosophique et scientifique, doit être, comme les anneaftx d'une chaîne, rattaché au berceau commun. De même que nous avons aujourd'hui sur toutes matières un fond commun de conceptions européennes^ do même l'antiquité eut un fond commun de conceptions indo-asicUiques.
Les prétendus Sémites, eux-mêmes, furent si bien des esclaves tchandalas émigrés qu'ils ne purent jamais s'élever au-dessus des conceptions vulgaires qu'ils avaient emportées de la mère-patrie. Les tchandalas ignoi-ants n'avaient guère vu dans le culte indou que les manifestations extérieures abandonnées à la plèbe, rien dans ce que nous ont laissé les Chaldéens, leurs descendants, ne prouve que sur le terrain religieux ils se soient élevés aux croyances philosophiques et spirituelles des brahmes. M. Lenormand lui-même va nous en donner une preuve en même temps
moïse — ^ MAHOMET. 115
« Lorsqu'un père accomplit les cérémonies d'usage, en disant aux deux nouveaux époux : « Vous êtes unis; allez et pratiquez les devoirs prescrits, » ce mariage est dit :
Le mode des pradjapatis (les créateurs) !
qu'il constate, peut-être sans s'en douter, la filiation indoue des Ghaldéens.
L'éminent assyriologue, citant la description suivante do récrivain anglais M. J. Roberts, du caractère superstieux des basses castes indoues, l'applique également aux Ghaldéens.
« Le peuple indou a affaire à tant de démons, de dieux et de demi-dieux, qu'il vit dans une crainte perpétuelle de leur pouvoir. Il n'y a pas un hameau qui n'ait un arbre ou quelque place secrète regardée comme la demeure des mauvais esprits. La nuit, la terreur de l'Indou redouble, et ce n*est que par la plus pressante nécessité qu'il peut se résoudre, après le coucher du soleil, à sortir de sa demeure. A-t-il été contraint de le faire, il ne s'avance qu'aveclaplus extrême circonspection et l'oreille au guet. Il répète des incantations, il touche des amulettes, il marmotte à tout instant des prières, et porte à la main un tison pour écarter ses invisibles ennemis. A-t-il entendu le moindre bruit, l'agitation d'une feuille, le grognement de quelque animal, il se croit perdu ; il s'imagine qu'un démon le poursuit, et dans le but de surmonter son effroi il se met à chanter, à parler à haute voix; il se hâte et ne respire librement qu'après qu'il a gagné quelque lieu do sûreté. »
Ce tableau est des plus ûdèles. Nous avons été à même
116 M AN ou.
« Si le prétendu reçoit la femme' qu'il a choisie en raison des cadeaux et des présents qu'il a faits aux parents, ce mode est dit :
Le mode des asouras !
de le constater pendant les longues années que nous avons habité l'Inde.
Il ne nous est pas arrivé une seule fois de faire une excursion de nuit, sans que les Indous que nous rencontrions sur une route déserte, ne se missent à suivre notre voiture au pas de course, en s'appuyant sur un point quelconque du véhicule, pour diminuer par la compagnie les terreurs de la route.
Lorsque nous les interrogions, ils nous répondaient à voix basse et en tremblant, que la nuit, les esprits des eaux, des forêts et de l'air venaient tourmenter les hommes pour obtenir d'eux des cérémonies de purification funéraires.
A propos de la description de l'auteur anglais, M. Lenormand s'exprime ainsi :
« Cette description des Indous modernes s'applique trait pour trait aux anciens Ghaldéens, et peut donner une idée de Tétat de terreur superstitieuse où les maintenaient constamment les croyances que nous venons d*esquisser. Contre les démons et les mauvaises influences de tout genre dont ils s'imaginaient être entourés à chaque moment de leur existence, quels étaient les secours que leur offrait la magie sacrée, etc. ?... »
Les inscriptions laissées par les Ghaldéens ne permettent de relever que les plus grossières superstitions; la ressemblance des mœurs do ces peuples avec les mœurs du bas peuple dans Tlnde, que M. Lenormand constate, est une
moïse MAHOMET. 117
« Quand Tunion d'un jeune homme et d'une jenne fille est le fruit d'an choix mutuel, cette union^ née de Tamour et qui a pour but Tamour, est dite :
lue mode des musiciens célestes !
preuve de plus en faveur du svstème que bous avons exposé.
Nous ne ferons à i' imminent assjriologue qu'une légère querelle.
Pourquoi dit-il :
Cette description des Indous modernes s'applique trait pour trait aux anciens Chaldcens? Par cette opposition des mots modernes appliqués aux Indous, et d^ anciens appliqués aux Chaldéens, voudrait-il, sans oser le dire, laisser supposer au lecteur que les Indous auraient pris ces coûtâmes des Chaldéens? M. Lenormand, bien qu'il ait inventé les Accadlens pour repousser l'influence indoue à Tégard de la Chaldéo-Babylonie, n*a certainement pas eu l'intention de dicter un pareil anachronisme... Mais comme il pourrait se faire que ces oppositions do mots — modernes et anciens — pussent faire naître celte opinion, nous dirons que cette croyance aux esprits et la science des incantations et des exorcismes forment le fond de la théologie vulgaire des Indons, et que les Védas, Manou et les Pouranas, et tous les ouvrages religieux de l'Inde ancienne sans exception, témoignent hautement de ces croyances. Qu'on nous permette de ne pas mettre notre bien mince autorité dans la balance avec celle de M. Lenormand, et de nous adresser à l'illustre William Jones, et à Loiseleur-Deslongchamps, son traducteur. Ces deux indianistes, dans une note sur Manou, à propos des vampires et des rakchasas ou esprits mauvais, s'expriment ainsi :
fl8 MANOU.
« Quand on enlève de la maison de son père une-
€ Les rakchasâs sont des gi^nies malfaisants qui sont de plusieurs sortes :
« Les uns sont de grands ennemis des dieux, comme Ravana, dans le poëme épique de Ramayana ; les autres sont des espèces d'ogres et de yampires avides de chair humaine, hantant les forêts et les cimetières, comme Flidimbha dans le curieux épisode du Mahabharata publié par M. Rapp. Los rakchasâs viennent sans cesse troubler les sacrifices des pieux ermites qui sont forcés d'appeler à leur secours des princes célèbres par leur valeur. Ainsi dans le Ramayana, liv. I", le mouni Viswamitra vient réclamer l'assistance de Rama, fils du roi Dasaratha, et dans le drame de Sacountala, les ermites appellent à leur secours le roi Douchmanta. l,e nombre des rakchasâs est incalculable et ne cesse de se renouveler, les âmes criminelles étant souvent condamnées à entrer dans le corps d'un rakchasa et à y être logées plus ou moins longtemps, selon la gravité de leur faut^»
Nous pensons que le mot de modernes, appliqué à ces coutumes indoues, n'était pas dans la pensée de M. Lenopmand, sans cela il serait obligé d'adresser la même ôpîthôte à Manou, aux Védas, au Ramayana, au Mahabharata, etc., c'est-à-dire à tous les monuments écrits les plus anciens de la pensée humaine.
En présence de toutes ces preuves, il n'est pas contestable que cette foule mêlée dont parle Eschyle, cette multitude d'hommes de diverses nations, parlant des langages différents, et unis cependant par les mêmes mœurs et les mêmes croyances religieuses, qui, selon le chaldéen Bérose, vinrent coloniser la Ghaldéo-Babylonie, ne soient partis»
moïse MAHOMET. 119
jeune fille qui résiste, qui appelle à son secours; que
de rinde aux époques signalées par les traditions de l'Avadana-Sastra.
Ghaldéens, Assyriens, Babyloniens, Syriens, Phéniciens et Arabes doivent donc leur origine aux différentes tribus de tchandalas qui émigrôrent de Tlndoustan à des époques dîâerentes, pendant les longues et sanglantes luttes des brahmes et des bouddhistes.
A lenr tour, les Hébreux furent le produit d'une émigration chaldéenne.
L'Egypte fut la seule de ces contrées qui fut colonisée par les castes élevées de Tlndoustan, aussi son état social, ses croyances, son culte, ses traditions furent-ils de simples reproductions, des copies des usages de la mère-patrie. Mêmes influences sacerdotales, mêmes divisions de castes, même impossibilité d'en sortir, même droit pénal qui, comme dans Tlnde, produisait cette foule de décastés et de mêmes peuples qui, ainsi que le constate la Bible, s'enfuirent de l'Egypte avec les Hébreux.
Et c'est ainsi que nous repoussons, môme à titre de classification, toute conception touranienno et sémitique, pour n'admettre qu'une seule conception, la conception indoue, qui fut le résumé de toutes les traditions antédiluviennes, et que nous appelons pour les contrées occidentales :
Traditions indo-européennes;
Et pour les contrées orientales :
Traditions indo-asiatiques.
L'Occident fut peuplé par des émigrations de guerriers, ce qui fait, pour nous servir d'une expression de Manou, d'un usage encore général dans l'Inde, que nous sommes dts gens de main droite, c'est-à-dire issus des hautes castes, et ayant le droit de nous servir de la main droite réservée
Ton brise la clôture^ et. que Ton tue ou blesse ceux qui s'y opposent, le mariage est dit :
Le mode des géants t *
aux sacrifices, pour manger et écrire de gauche à droite dans le sens de récriture des livres sacrés.
L'Orient fut peuplé par les tchandalas, gens sans caste et dits de main yauclie, et comme tels soumis à la circoncision, à tous les travaux des castes serviles et à Tobligalion de travailler, de manger et d'accomplir la plupart des actes de la vie de la main gauche.
Sur le terrain ethnographique les plus petits faits ont souvent une importance considérable. Xous croyons qu'il n'est pas inutile de remarquer, qu'encore aujourd'hui les populations européennes ont conservé la main droite comme agent principal de tout travail, tandis que tous les prétendus Sémites se servent de la main gauche.
Les habitudes de l'esclavage, de l'isolement, la privation des femmes souvent imposée aux tchandalas pour arrêter le développement de la race, avaient fait naître chez eux des vices contre nature que Sodome et Gomorrhe n'eurent pas seules en partage, car tous les peuples dits sémitiques en furent et en sont encore infectés.
Ces ignobles et dégradantes coutumes sont considérées avec horreur dans l'Inde comme des vices de pariahs, et on n'a pu les remarquer chez les nations européennes qu'à titre d'exception.
Tout concourt donc, les grandes lignes comme les points do détails les plus inQmes, à donner à ce svstème force de loi historique t
1. Continuons ces curieux rapprochements à l'aide desquels l'avenir écrira l'histoire du passé, lorsque les biblio-
moïse — MAHOMET. 121
« Lorsqu'on s'empare d'une femme après l'avoir endormie, à l'aide d'une liqueur préparée à cet effet, ou par le pouvoir du fluide pur, — agasa — ou quand sa raison est égarée, ce mariage détestable est dit:
Le mode des vampires !
« Le mode des mauvais génies et celui des vampires ne doivent jamais être employés par les hommes vertueux des trois premières castes.
« Que le brahme s'en tienne au mode de Brahma, et le xchatria à celui des géants !
thèques des pagodes de Tlride n'auront plus de secrets pour nous.
Manou nous indique que ce mode de mariage estait spécialement celui des xcliatrias,' c'est-à-dire des guerriers.
Une pareille coutume existe également dans toute rOcéanie : les guerriers partent en pirogues et vont enlever dans les îles voisines les jeunes filles dont ils veulent faire leurs épouses.
A Sumatra, chez les Battas, peuplade guerrièie, un homme est déshonoré s'il n'enlève pas, le fer à la main, au milieu de sa famille, la femme qu'il veut épouser.
Le Kalévala, épopée des Finnois, offre de nombreux exemples d'une sembloble coutume.
Voici un extrait que nous empruntons à la belle traduction de M. Léouzon-le-Duc :
« Lemmikaïnen était parti à la recherche d'une épouse...
« Une vierge, une belle vierge qu'aucun prétendant
n'avait pu fléchir, qu'aucun homme n'avait pu charmer,
« Le mariage d'un brahme doit toujours être accompagné de libations d'eau à Swayambbouva , l'être existant par lui-même, à Nari, la mère immortelle, à Sourya, le dieu du feu, aux trois Mondes et aux quatre Éléments.
« Dans les autres castes, les mariages s'accomplissent suivant les usages reçus et la volonté du père de famille.
« Sachez de moi maintenant, ô brabmes qui m'é-
lui résista; c'était la belle Kylliki, la gracieuse fleur de Soari.
€ Le joyeux Lemmikaïnen, le beau Kankomiali usa cent paires de chaussures, cent paires de rames, à courir après elle, à chercher à la captiver.
«. La belle Kylliki lui dit : Pourquoi restes-tu, misérable, pourquoi, vilain oiseau, rôdes-tu dans cette île, t'enquérant des jeunes filles, épiant les ceintures d'étain? je ne serai libre que lorsque j'aurai usé le mortier à piler le grain, que lorsque j'aurai usé le pilon hors de service.
<ç Que m'importent les folles cervelles et les libertins turbulents? Je veux pour époux un homme comme moi, sérieux et digne, je veux, pour ma fiôre beauté, une beauté plus fière encore, je veux, pour ma noble taille, une taille encore plus noble.
« Un peu de temps s^écoula, un demi-mois à peine, et voilà qu'un jour, un beau soir, les jeunes filles de Soari folâtraient et dansaient joyeusement sur la lisière d'une foret, au milieu des bruyères fleuries, Kylliki était à leur tète comme la plus illustre et la plus belle.
moïse MAHOMET. 123
coûtez, quelles sont lés qualités que Manou lui-même a assignées à ces différents mariages.
« Le fils né d'une union accomplie selon le mode de Brahma, par une vie honnête et des pratiquais pieuses, délivre du péché et de V enfer dix de ses ancêtres paternels ou maternels, dix de ses descendants et lui-même.
€ Tout à coup Lemmikaïnen vint les surprendre ; il cHait dans son traîneau attelé de son fougueux étalon ; il enleva KjUiki et la força de se placer à côté de lui sur son tapis d'écllsses.
< Puis il fit claquer son fouet, il en frappa les ilancs du coursier, et partant aussitôt, il dit : Gardez-vous bien, ô jeunes filles, de jamais me trahir; gardez-vous bien do dire que je suis venu ici et que j'ai enlevé la belle vierge.
< S'il vous arrivait de le raconter, un grand malheur fondrait sur vous, je provoquerais vos fiancés au combat, je précipiterais les jeunes hommes sous les coups du glaive, et je les ensorcellerais de telle sorte que vous ne les verriez, que vous ne les entendriez plus, ni durant les jours, ni durant les mois de cette vie terrestre, se promener sur ces routes fleuries, fouler aux pieds ces bois défriches par le feu... »
Cet enlèvement fut la cause de luttes interminables, et les guerriers du Kalévala semblent n'avoir d'autres occupations que celles d'enlever les jeunes filles des peuplades rivales.
Le traducteur, relevant cette singulière coutume, dont il semble ne pas trouver l'explication dans le poème, s'exprime ainsi :
4c Un trait que je relèverai dès maintenant, parce qu'il
« Celui qui est né d'une union contractée selon le mode des dieux, sauve du naraca — enfer — sept de ses ancêtres, sept de ses descendants et lui-même.
« Celui qui doit le jour à un mariage célébré selon le mode des richis (saints) en sauve cinq dans la ligne ascemlante et cinq dans la ligne descendante et lui-môme.
suffirait à lui seul pour établir lo fondement historique du poëmo finnois, c'est la recherclie en mariage des filles de Pohja par les héros de Kalévala. Gomment expliquer une telle recherche entre deux parties animc3es Tune contre l'autre d'une hostilité aussi flagralito?
« Le savant Gastrcn nous apprend qu'elle avait sa raison d'être dans une institution commune à tous les peuples de race finnoise. En effet, ces peuples formaient jadis plusieurs tribus divisées par un antagonisme fécond en luttes sans cesse renaissantes. Or il était interdit aux hommes do prendre leurs femmes dans colle à laquelle ils appartenaient. De là, par conséquent, ces aventures, ces violences, ces épreuves étranges qui préludaient chez les Finnois à la conclusion dos mariages, et dont les ruiiot — chants — ont perpétué le souvenir.
« Les chants h'roïques des Ostiaks, des Samoïèdes et des Tatars, etc., roulent aussi la plupart sur ce sujet ; et encore aujourd'hui, parmi les peuplades d'origine finnoise de la Sibérie, l'usage d'enlever la jeune fille que Ton vont épouser est généralement répandu.
« Il est donc démontré que les héros du Kalévala vivaient sous l'empire de l'institution dont il s'agit : autrement n'eussent-ils pas choisi leurs femmes dans leur propre tribu, de préférence à cette région de Pohja qu'ils
« Celui qui provient de Tunion accomplie selon le mode des créateurs, en sauve trois dans chacune des branches et lui-même.
avaient en horreur? Cet accord de tons les peuples finnois et d'un grand nombre de ceux qui leur sont unis mt'me par une affinité éloignée sur un fait aussi capital, nous fournit un indice certain de la haute antiquité du Kalëvala. »
Lia question que M. Léouzon-le-Duc a posée : Gomment expliquer la recherche des filles de Pohja par les héros de Kalëvala, alors que les deux tribus éprouvaient Tune pour l'autre la haine la plus vigoureuse ?... n est résolue ni par les explications qu'il donne, ni par celles qu'il emprunte au savant Gastren.
Gastren résolut la question par la question, un peu à la manière du médecin de Molière qui trouve qu'une fille est muette parce qu'elle ne peut pas parler...
Pourquoi les fils de Kalévala enlevaient-ils les filles de Pohja? dit M. Léouzon-le-Duc.
Parce que c'était une institution commune aux peuples de race finnoise, répond Gastren...
Tout le poème du Kalévala constate que c'était une institution des Finnois, puisque la majeure partie de cet ouvrage est consacrée à chanter ces enlèvements. Nous n'avons donc pas besoin qu'on vienne nous dire assez naïvement que les Finnois enlevaient les filles des tribus rivales, parce que c'était une coutume delà race finnoise... ce que le traducteur du Kalévala recherche, ce qu'il nous importe de connaître, c'est le pourquoi de la coutume, c'est rorigine même de l'institution.
Nous avons vu que les mœurs finnoises ne sont pas les seules à présenter de pareilles singularités. La plupart des
« Da ces quatre mariages, naissent des hommes vertueux, renommés par leur science des livres sacrés, la pureté de leurs mœurs, et l'estime dont ils jouissent pendant toute leur vie.
peuples de l'antiquité et des tribus de TOcéanie ont possédé et possèdent encore des coutumes identiques. 11 est donc logique d'assigner à ces coutumes une origine commune.
Les Finnois, comme tous les peuples do rOccident qui furent en possession de ces usages, sont des Indo- Européens.
Les Océano-Polynésiens et les Battas de Sumatra, dont les mœurs et les croyances religieuses sont des copies serviles de celles de l'Inde, sont incontestablement des Asiatiques séparés du foyer commun par les derniers diluviums.
Il faut donc remonter jusqu'à la coutume indoue pour avoir l'explication que nous cherchons :
« Lorsqu'on enlève, dit Manou dans le texte qui nous occupe, de la maison de son père, une jeune fille qui résiste, qui appelle à son secours ; que l'on brise la clôture, et que l'on blesse, ceux qui s'y opposent, ce mariage est dit : le mode des géants, » — c'est-à-dire de la caste royale et des guerriers.
Le brahme Gollouca-Batta, que William Jones, le grand indianiste anglais, a illustré, le commentateur de Manou le plus renommé dans l'Inde, s'exprime ainsi sur ce sloca :
« Primitivement les xchatrias — ou guerriers de la caste royale — se glorifiaient de n^accepter pour femmes que les princesses que, par leur valeur, ils avaient faites
moïse MAHOMET. 127
« Us dépassent leur dixième décade (cent ans), ces hommes doués des meilleures qualités ; ils sont aimés
captives à la guerre. Un jeune xcliatria qui à seize ans n'avait pas encore trouvé roccasion d'enlever quelque belle ûlle célèbre par sa beauté, son origine, ses richesses, en combattant ceux qui cherchaient à s'y opposer, n'était pas considéré comme parvenu à Page viril. Plus tard, quand les différentes peuplades de Tlndoustan se réunirent, se disciplinèrent sous la domination des brahmes, les querelles intestines s'apaisèrent, mais les xchatrias conservèrent au nombre de leurs privilèges le droit d'enlever, même par la force, les jeunes filles dont ils voulaient faire leurs épouses. C'est ce que Manou appelle le mode des géants ou des guerriers. Peu à peu, avec le relâchement des mœurs et l'augmentation de la puissance royale, les xchatrias prirent l'habitude d'en user ainsi même pour se procurer des concubines... »
Collouca-Batla.
(Commentaire sur Manou.)
L'enlèvement de^ Sabines par les guerriers de Romulus ne fut également que le résultat de mœurs identiques, communes aux tribus du Latium. On ne trouvera rien d'hypothétique à cette opinion si l'on veut bien se souvenir que l'Italie a été colonisée par des peuplades asiatiques, et que le latin est un des dérivés les plus directs et les plus purs du sanscrit.
L'importance de cette preuve est extrême, car les études ethnographiques ont établi que les populations qui émigrent modifient beaucoup plus vite leur langue que leurs usages.
Ç Chez les nations civilisées qui s'appliquent à fixer leur
des dieux, qui voient en eux le sommet des transformations humaines^.
« Les quatre derniers mariages ne produisent que des fils dissipés, querelleurs, menteurs, qui ignorent la sainte Écriture et les devoirs qu'elle prescrit.
« Des mariages honnêtes et recommandables, naissent des enfants recommandables et honnêtes; mais les mauvais mariages ne voient qu^une postérité méprisable.
« La cérémonie de l'union des mains par les deux anneaux soudés que l'on brise* n'a lieu que quand les deux éponx appartiennent à la même caste ; pour les autres cas, la règle suivante est imposée.
parlo'y les modifications du langage marchent également avec une singulière rapidité. En Franco le peuple ne comprend déjà plus Rabelais, dans un siècle il ne comprendra plus Molière...
La coutume chez les peuples anciens, signe de patrie, de famille et de croyance religieuse, résistait aux conquêtes, aux invasions, aux émigrations les plus lointaines.
Le droit de jambage exercé au moyen âge parles bandits.féodaux, qui s'attribuaient l'homme et la terre par la conquête, fut un souvenir des usages des ancêtres indous et des privilèges de la caste dos xchatrias ou des chefs.
Voilà ce que nous dit un texte de Manou !
1. Ils ont fini leurs transmigrations et n*ont plus à craindre une renaissance terrestre.