ÉTUDE MACROSCOPIQUE
I. Myocarde. — Louis, Stokks, Bouillaud ont fait des descriptions très exactes des altérations (pie le canir varioleux présente èi l’œil nu. Ordinairement volumineux et gorgé de caillots cruori(]ues récents et très mous, il revêt dans la majorité des cas l’aspect d’une chair musculaire bouillie. Les parois ont perdu toute consistance. Elles sont flascpies et ridées. Louis (iHap) avait bien étudié le ramollissemeut du cunir dans les fièvres. « Le^ cœur, disait-il, a habituellement une teinte livide. La consistance est extrêmement molle, surtout au niveau des cavités gauches : jfréquemmeut le ventricule de ce cêité se déchire sous la traction la plus légère... Le ramollissement de l’organe est si considérable, cju’en saisissant le coeur par les gros vaisseaux et en le retournant, la pointe en l’air, il retombe sur la main, (pi’il recouvre comme le chapeau d’un gros cham-
pignon. » Dans les varioles hémorragiques très graves à courte évolution, on rencontre presque toujours, sous le péricarde, de petites ecchymoses ponctuées, généralement distribuées par îlots. A la cou]>e, on amène par le raclage, une sérosité d’apparence œdémateuse en quantité variable, suivant le cas.
Si l’on sectionne un camr total par tranches, à l’aide d’un couteau suffisamment long et mince, et qu’on prenne soin d’en éponger avec un linge la surface de section, on verra parfois, tranchant sur la coloration générale « feuille morte » de l’organe, des îlots sombres, à contours très nettement délimités, de la dimension d’une lentille à celle d’une grosse noisette. L’examen histologique de ces points, relaté au cours de ce travail, nous a démontré qu’il s’agissait là de foyers de nécrose commandés par des oblitérations multiples des petites coronaires et disséminés au hasard dans féjiaisseur des ventricules. Sur trente-cinq autopsies, nous les avons rencontrés dix fois, et toujours il s’agissait de varioles graves, hémorragiques ou continentes d'end)lée, semblables à celles ((ui font l’objet des observations II, III et IV.
II. Péricarde. — Axdkal, Gintk.vc, Maiîtineau, Desnos et Hugiiakd ont vu des péricardites varioleuses. Bhouardel a trouvé cette lésion fréquemment associée aux cardiopathies varioliques. Barthélémy la considèi’e comme une rareté : il en relate deux cas. Dans l’iin, l’épanchement était séro-purulent, dans l'autre, franchement hémorragique. Kartii et ^’ILC()Q ont signalé à la base du c<eur des fausses membranes blanchâtres.
épaisses, de consislanee ferme et élastique, et dont la surface était d’apparence papillaire, rugueuse, mamelonnée. Enfin, Ei{.\est a vn des pustules vario-
liques sur le feuillet pariétal du péiâearde.
Dans nos autopsies, nous n’avons jamais constaté de lésions pidegmasiques du péricai'de. Nous avons trouvé constamment, à l’examen microscopique, une petite quantité de sérosité dans le péricarde, de (Jo à i5o‘ grammes environ. Elle était claire, jaunâtre ou rosée, dans les cas de variole hémori-agi(pie. Mais ce n’était là que le résultat de la transsudation séreuse agoni(jue due à la stase sanguine dans les veines coronaires et les veines péricardiques.
III. Endocarde. — L’endocardite varioleuse a été signalée par Si.monkt, puis par lIouii.i..u'i). Après eux. Duhoziez et Mahti.nk.vu ont étudié les déterminations endocardiaques de la variole. Desnos et IIuciiAin), Hhol'akdel, après l’épidémie de iHyo, Moulinieiî, ont décrit l’endocardite varioleuse. Elle se manifesterait, de préférence, au niveau de la mitrale et s’accompagnerait le ])lns souvent d’endaortite ou de péricardite (Dhouardei.) . ,1’ai entendu le professeur TinriEH avouer ne jamais l’avoir constatée, et on pourrait concevoir (pielques doutes sur son existence, si Desnos et IIucuAiiD n’avaient pu en vérifier — (pialre fois seulement — les lésions à 1 autopsie. Pas un seul de tous les c(curs varioleux <pie nous avons examinés sur la tahle d’ampliitliéàtre ne présentait la trace d’une endocardite, même légère. Quoi (pi’ilen soit, nous appu vaut sur un travail de Cl'UScii.mann, nous contestons, pour le
lO
moment, la possibilité d’ime clélermination endocardiaque du germe encore indéterminé de la variole. Nous ne nions pas la production possible, au cours de cette maladie^ d’une endocardite de nature infectieuse, mais nous pensons qu’on doit, pour l’expliquer, invoquer une association microbienne surajoutée, surtout quand celte endocardite survient pendant la période de suppuration de la variole, ou évolue — comme c’est d’ailleurs la règle — à la façon des endocardites septiques infeclantes,
KTUDE MICllOSCOPIQUE'
Avant d’enirer dans le détail de la description histo-
‘ -Voici quelques renseignements sur la technique employée.
Pour chaque C(cur, plusieurs fragments prélevés en dill'érents points de l'organe et toujours pourvus d'endocarde et du feuillet viscéral du péricarde, ont été fixés par les mélanges suivants :
i“ Liquide de Muller.
2® Solution aqueuse de bichromate de potasse à 3 pour loo.
3® Acide osmique à
lOO.
4“ Sublimé en solution aqueuse saturée (5 pour lOo).
5“ Formol (formol lo j>arlies, eau salée physiologique 90 parties).
On peut indéfiniment conserver les pièces dans un mélange fait avec :
.-\lcool à 80. ... 90 parties
(ilycérine .... 10 —
Le hichromate, excellent pour l’étude des détails de structure de la fdîre musculaire, fixe mal les noyaux. Ces derniers sont mieux fixés par le sublimé el surtout par le formol. Les pièces ont été infiltrées de paraffine et coupées au microtome mécanique de Minot. N'ous avons constamment employé la coloration à l'hématéine et à l'éosine. Les méthodes de et de M’eigert
nous ont permis de déceler des colonies microhiennes dans le myocarde.
Toutes nos autopsies ont été praticpiées de v-ingt-(juatre à trente-six heures après la mort, pendant les mois de janvier, février et mars 1900, alors que la température, relativement basse, retardait autant ipie possible la marche des phénomènes cadavériques.
logique, nous tenons à faire quelques remarques importantes ;
Les lésions de la myocardite varioleuse sont distribuées en foyers souvent très étendus. Il est exceptionnel que l’examen du cœur, pratiqué en des points variés de l’organe, fournisse des résultats absolument identiques.
Certaines lésions, toujours légères, visibles au microscope, ne se sont jamais manifestées cliniquement.
Les lésions de la myocardite varioleuse sont de toute intensité, depuis le simple état granuleux jusqu’aux foyers de nécrobiose, tels que nous les décrirons ])lus loin.
Des myocardes, histologiquement indemnes, ont fourni le tableau des myocardites aiguës. Ce fait d’observation s’explique parfaitement : les nerfs du cœur, profondément altérés, provoquent une paralysie du muscle sans lésion de ce dernier, de même qu’une section du sciati(pie, ])ar exemple, ])rovoque une paralysie des muscles qu'il innerve, sans que la texture de ces derniers en soit en rien modifiée — temporairement du moins.
A. Myocarde.
La description des altérations de la cellule cardiaque dans l’intoxication diphtérique a été faite, en iHqq, jiar MM. .MoLL.um et llroAun. Notre maître, M. le professeur Ren.\ut, a fait de l'étude de la myocardite typhique l’objet de son rapport au Congrès de Lille
(le On veiTa combien les points de ressemblance
entre les lésions du comr clans la variole, la diphlérie et la fièvre typhoïde sont nombreuv. Un tissu normal donné réagit, en elFet, loujours de la même façon. De même (]ue le tissu conj.onctif, par exemple, s’enllamme, et, quelle cpie soit la cause de rintlammatioii, eu liu de compte, ne fait jamais ([u’un abcès, de même, le myocarde n’a qu’un mode réactionnel : celui de la myocardite, dont les lésions sont identicpies, <pie l’agent pathogène ait été le bacille d’Knianii, celui de Lofi'ler, ou le virus varioleux. Seule, l’intensilé des lésions, et leur mode de distribulion commandé |>ar le mode même de distribulion dans le myocarde des toxines ou des germes pathogènes, soni contingents.