‹ Les lésions du corps thyroïde dans la maladie de BasedowChapitre 1 sur 15 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il est certaines questions qui ont le privilège de rester fort longtemps au premier plan de l’actualité médicale. Ce sont celles qui, sans rebuter les chercheurs par des difficultés trop apparentes, ne se laissent néanmoins pénétrer que lentement. Sans cesse on croit tenir la solution du problème qu’elles posent et on s’aperçoit que le problème était complexe, qu’on ne l’a résolu que partiellement. Il faut faire de nouveaux efforts pour atteindre un but qui se recule encore, et que l’on poursuit néanmoins d’autant plus passionnément, qu’on le sent plus proche de jour en jour.

La maladie de Basedow est une de ces questions attirantes et complexes. Elle a fait naître d’innombrables travaux et jamais plus que dans ces dernières années. Ceux-ci permettent-ils de clore le débat? Pas encore. Du moins ont-ils permis d’accomplir des pas décisifs vers la connaissance et la compréhension complètes des faits pathologiques dont il s’agit.

On ne s’étonnera donc pas, qu’après avoir été à l'ordre du jour du Congrès des Aliénistes et Neurologistes de

France en 1895, le goîlrc exophtalmique reparaisse à celui du Congrès de 1914. Mais il faut néanmoins donner dès maintenant des raisons un peu précises de cette faveur, montrer en quoi et pourquoi le sujet du remarquable rapport présenté au Congrès de Bordeaux par Brissaud se distingue du sujet de ce rapport-ci, malgré l’analogie des titres.

Il y a vingt ans, la palhogénie thyroïdienne de la maladie de Basedow étail nouvelle encore, et appuyée sur si peu de faits, qu’elle n’avait guère que la valeur d’une hypothèse intéressante.

Gauthier (de Charolle) en septembre 1885, Mobius quelques mois plus tard, avaient les premiers, pour expliquer la maladie, incriminé un trouble du fonctionnement thyroïdien. Et cette théorie naissante, basée principalement sur l'antagonisme clinique du myxœdème , maladie nettement thyroïdienne et du goitre exophtalmique , maladie peut-être thyroïdienne , cherchait encore péniblement en 1895 à faire ses preuves.

Les chirurgiens allemands, après l’heureuse thyroïdectomie pratiquée en 1880 par Filiaux dans un cds de goîlre exophtalmique, avaient obtenu quelques succès analogues.

Les examens anatomo-pathologiques de Joffroy et Achard relevaient la présence de lésions thyroïdiennes dans la maladie, lésions que Benaut et Greenfield décrivent comme spécifiques.

Cliniquement l’ingestion exagérée de substance thyroïdienne chez un myxœdémateux avait déterminée chez une maladie de Béclère des symptômes assez nets de la maladie de Basedow.

Enfin, Ballet et Enriquez avaient reproduit, dans une certaine mesure, le syndrome de Basedow ptfr l’hyper- Ihvroïdisation expérimentale du chien.

Mais ces faits, auxquels on pouvait en opposer d’autres (pii semblaient contradictoires, étaient loin de suffire à imposer la théorie thyréogène; ils ne lui permettaient que d’être sérieusement envisagée et discutée.

On comprend ainsi l’esprit dans lequel fut écrit le rapport de Brissaud et la forme sous laquelle se posait

la question à celte époque: Le corps thyroïde et la

maladie de Basedow. C’est-à-dire: le corps thyroïde jouet-il un rôle dans la maladie de BasedowV

Brissaud, neurologiste éminent, était avant tout frappé par tout ce qui donne au goitre exophtalmique le caractère d’une affection nerveuse. Dans l'enchaînement des mécanismes qui vont de la cause première de la maladie à ses effets ultimes, c’est-à-dire aux symptômes par lesquels elle se manifeste, il constatait avec raison que le trouble nerveux était un de ces mécanismes. S'il voulait bien admettre ({de le trouble thyroïdien pouvait être en certains cas le mécanisme précédant et créant le trouble nerveux ce qui était sa manière de concilier les bulbaires et les thyroïdiens il ne lui paraissait nullement démontré que le mécanisme thyroïdien ne manquait jamais et qu’il était au moins aussi indispensable que le mécanisme nerveux.

L’intéressante discussion qui suivit le rapport de Brissaud mil au jour des faits nouveaux comme les recherches histologiques de Renaut et les résultats thérapeutiques obtenus par Ballet et Enriquez à l'aide du sérum d'animal élhyroïdé. Mais elle ne put modifier sensiblement les conclusions un peu hésitantes de Brissaud.

Depuis cette époque, un labeur considérable a été fourni par les auteurs de tous pays sur le goitre exophtalmique. Une bibliographie complète des publications consacrées à ce sujet dans ces vingt dernières années formerait un véritable volume et on se sent tout d’abord un peu perdu devant un lel amas de matériaux disparates. Il semble difficile d’en extraire des éléments assez concordants pour construire une étude anatomo-physiologique de la maladie de Basedow douée de quelque homogénéité et scientifiquement exacte. Mais ce n’est là qu'une apparence qui disparait quand on a pénétré dans celle abondante documentation de façon à examiner de près toutes les connaissances nouvelles quelle apporte.

Pour sérier les questions, on peut dire que les travaux modernes nous ont apporté des éléments instructifs de deux ordres: des méthodes et des faits.

Des méthodes. — Nos investigations anatomiques d’abord ont subi des perfectionnements de technique et surtout les pièces dont nous disposons aujourd’hui ont une toute autre valeur que celles de nos devanciers. Les lésions thyroïdiennes du Basedow n’étaient étudiées autrefois (pie sur des corps thyroïdes d’autopsie. Les interventions chi rurgicales devenant de plus en plus fréquentes ont fourni aux histologistes un matériel de choix qui leur a permis de faire la part des altérations cadavériques, et surtout d’examiner des corps thyroïdes aux différents stades de la maladie, principalement dans ses débuts, alors que les images histologiques sont pures et peu conlplexes. De plus, les méthodes de recherches physiologiques, particulièrement dans le domaine des glandes vasculaires sanguines, ont pris également une importance dont a profité le goitre exophtalmique. Enfin, la chimie biologique a pris une extension considérable et a été appliquée d’une façon intéressante à l’analyse comparative des produits de sécrétion normaux et pathologiques du corps thyroïde.

Des faits. — Les faits nouveaux ont eu ici une portée considérable. En se multipliant, en prenant individuellement une valeur plus grande, grâce à l’observation plus rigoureuse (pii en était faite, ils ont fourni les bases de statistiques extrêmement précieuses. Quand on ne possède que peu d’observations semblables pour juger une question scientifique, il est vraiment très dangereux, à moins d’avoir un sens inné de la généralisation, de se prononcer. Mais la vérité se dégage pour ainsi dire d’elle même quand la série des points concordants s’est suffisamment agrandie.

C’est ce qui est arrivé pour le goitre exophtalmique, particulièrement en ce qui regarde les lésions qu’on y trouve. On a ainsi étudié toutes les glandes vasculaires sanguines dans cette maladie. Et il n’en est guère qui n’aient été, dans un cas ou dans l’autre, trouvées plus ou moins altérées. Ces recherches ont même contribué à faire naître des théories pluriglandulaires un peu hâtives et aventurées. Mais le nombre des observations anatomiques a du moins et justement mis en valeur — et ceci est sur-

tout l’œuvre de ces dix dernières années — un point essentiel, autrefois discuté, c’est la constance et, moins sûrement mais très probablement aussi, une certaine spécificité des lésions thyroïdiennes dans le goitre exophtalmique. Ces observations, et ceci est plus récent encore, tendent à montrer qu’une autre glande vasculaire sanguine, le thymus, est très souvent trouvée anormale, dans la même maladie.

On peut d’ors et déjà prendre une idée du chemin parcouru depuis le Congrès de 1895. Nous n’en sommes plus à nous demander si le corps thyroïde joue un rôle dans le Basedow. Nous savons qu’il en joue un, mais nous voulons plutôt à l’aide de l’anatomie et de la physiologie pathologique chercher à savoir quel est ce rôle et quel est — en certains cas tout au moins — celui de cet autre élément de l’appareil thyroïdien: le thymus.

Dans ce but, nous ferons une revue critique aussi complète que possible de tous les documents qui se rapportent à notre sujet et à l’aide des faits bien étudiés et solides que cette revue nous aura fournis, nous tâcherons d’établir un état exact des circonstances anatomo-pathologiques que nous possédons à l’heure actuelle sur la maladie de Basedow. On pourra mieux juger ainsi des inconnues que la question comporte encore.

Enfin, comme nous sommes non des biologistes, mais des médecins, des hommes de l’art plus que des savants, et que nos études doivent toujours se montrer pourvues de conséquences pratiques, nous examinerons les conclusions thérapeutiques qu’on peut tirer de l’anatomo-pathogénie basedowienne.

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