KARMA N
Fig. ;i. — Basedow-type (Cas n° 12) ; fort grossissement du point x de la figure précédente.
A, Cellules épithéliales cylindriques très hautes ; B, Travées épithéliales pleines ; C, Végétations papillomateuses inlra-acineuses ; D, Colloïde pâle granuleuse ; I)’, Colloïde foncée rappelant la coloration normale ; E, Conjonctif adulte’gréle ; F, Cellules à protoplasma éosinophile, à contours plus nets, à noyaux plus volumineux.
Dans ces follicules, le centre clair parfois énorme occupe la plus grande partie de l’organe; les lymphocytes adultes ne forment que deux ou trois assises autour de la masse centrale à gros noyaux clairs. Quelques pariicularités distinguent cependant ces follicules de ceux que l’on observe habituellement dans le tissu hématopoiétique: au lieu d’un plasmode central dont les zones d’attraction
nucléaire ne commencent à se différencier qu’à la périphérie pour former des lymphocytes isolés, on voit que les grands noyaux du centre sont aréolés d’une zone protoplasmatique chromophobe, mais à contours distincts.
On trouve parfois entre ces grands éléments clairs, des cellules ou des vestiges cellulaires qui paraissent nettement avoir un caractère épithélial.
Les karyokinèses ne sont pas fréquentes dans les centres clairs que nous venons de décrire. Il en existe parfois et nous en avons vu quatre dans un même centre germinatif.
B. — VALEUR ET SIGNIFICATION MORPHOLOGIQUES DES FAITS ANATOMIQUES DÉCRITS
1° L’hémogénéité des préparations, -constante dans tous les cas de Basedow-type examinés, nous paraît intéressante parce qu’on ne la rencontre guère dans les goitres banaux qui la plupart du temps sont caractérisés par la grande diversité de structure des différents points étudiés, et l’inégalité des acini.
On ne l’observe pas non plus dans les goitres basedowifiés qui présentent la structure complexe des goitres banaux sur des zones souvent étendues, avec par place seulement la structure basedowienne.
2° La lobulation a frappé beaucoup d’observateurs ; quelques-uns ont même étayé sur elle, nous l’avons vu, toute une doctrine pathogénique, faisant du Basedow une cirrhose thyroïdienne. Nous ferons remarquer que l’ordination lobulaire n’est pas conditionnée par l’hypertrophie conjonctive comme dans les cirrhoses vraies, celle du foie par exemple. Au contraire, nous avons souvent vu une ordination lobulaire des plus nettes sans que l’on puisse déceler l’enveloppe conjonctive au lobule. 11 nous semble que le lobule basedowien soit produit par la prolifération excentrique d'un ou de plusieurs ncini, sans qu’on puisse faire intervenir dans sa production aucun phénomène de sclérose.
3° L’état cylindrique des cellules thyroïdiennes tout à fait remarquable dans le Basedow et qui existe dans tous les cas, est à rapprocher de ce que I on observe dans l’hyperplasie glandulaire simple, telle qu’on l’observe dans l'hypertrophie compensatrice secondaire à l’ablation des 4/5 de la glande. Les images histologiques sont à ce point de vue tellement identiques qu’on ne saurait distinguer leur origine basedowienne ou compensatrice à un fort grossissement.
4° Les végétations papillaires intra-acineuses, fait constant dans le Basedow vrai, est plus ou moins marqué suivant les cas; il paraît d’autant plus accentué que la marche de l’affection a été plus rapide. Il n’est pas spécial au Basedow, car on l’observe dans toutes les proliférations compensatrices thyroïdiennes: hyperplasie compensatrice après ablation des 4/5 de la glande, sclérose thyroïdienne sénile, strumites scléreuses dans les goitres à longue évolution. Il témoigne simplement de l’activité de la prolifération épithéliale; on le voit souvent, en certains points de goitres banaux, aussi prononcé que dans le Basedow, mais jamais réparti d’une façon aussi uniforme que dans cette maladie.
5° La chromophobie et la ductilité de la substance colloïde. fait constant, nous paraît des plus importantes; elle témoigne d’une modification dans la structure chimique de la substance sécrétée par la glande. Elle est d'autant plus prononcée que la marche de l'affection est plus rapide, si bien que dans les cas aigus les acini paraissent vides à un faible grossissement. Dans l’hypertrophie compensatrice, la colloïde présente des réactions colorantes et une morphologie analogues.
6° Les travées pleines, qu’on observe fréquemment 10 cas sur 15), nous paraissent surtout abondantes dans les cas à marche subaiguë. Elles ne sont pas du tout spéciales au Basedow; mais ce qui est particulier à celle affection, c’est qu'ici les cellules des travées pleines ont le caractère volumineux, chromophile à noyau clair, des éléments de l’acinus basedowien type.
7° Acini thyroïdiens à type normal. On en trouve en petit nombre, isolés ou agminés, jusqu’à former tout un
lobule dans la plupart des cas de Basedow. Dans certains cas même (4 cas sur 15) ils peuvent être volumineux el former de véritables petits kystes colloïdes. Nous voyons là un vestige de l’état de la glande avant la transformalion basedowienne. Il semble que cette transformation se fasse progressivement et par îlots, au moins au début de la maladie. En tout cas, on trouve toutes les formes de transition entre l’acinus normal et l’acinus basedowien: par exemple, il est fréquent d’observer des acini à colloïde encore foncée rétractile bordée partiellement ou en totalité par des cellules qui prennent déjà le type cylindrique.
8° Lobules adénomateux. — Ces lobules existent fréquemment à l’état d’ébauche dans les cas de Basedow. Dans 3 cas sur 15 ils étaient particulièrement volumineux et nombreux. Le fait nous semble intéressant au point de vue de l’évolulion néoplasique possible de la maladie, mais ne paraît jouer aucun rôle au point de vue de la pathogénie des phénomènes basedowiens proprement dits.
9° Ilots éosinophiles. — Nous avons observé ces îlots qui n’ont été jusqu’ici signalés que par Mac Callum et A. Rocher, dans 7 cas sur 15. Les cellules qui les composent sont remarquables non seulement par leur affinité tinctoriale, mais encore par les contours nets de leur protoplasme parfois spongiocytaire, et par leur monstruosité nucléaire, si bien qu’elles sont faciles à reconnaître quelle que soit la coloration employée. On pourrait, à cause de la similitude morphologique, les rapprocher des îlots éosinophiles normaux dans les parathyroïdes. Mais nous ne croyons pas qu’il s’agisse d’inclusion de tissu parathyroïdien, et ce qui nous permet, croyons-nous, de soutenir avec vraisemblance cette opinion, c’est que l’on observe souvent des acini dont le revêtement est en partie composé par des cellules basedowiennes cylindriques typiques, en partie par ces cellules éosinophiles atypiques. Nous croyons qu'il s’agit d’une variation de la cellule thyroïdienne elle-même, propre au Basedow. En tout cas nous ne l’avons jamais observée en dehors de cette maladie.
10< Karyokinèses. — Nous n’avons observé de karyokynèse incontestable que dans un seul cas de Basedow, cas
remarquable par son évolution particulièrement rapide (cas n° 7). Le fait nous paraît intéressant étant donné par ailleurs les signes incontestables de prolifération du tissu épithélial dans tous les cas de Basedow.
Il est bon de remarquer que dans l’hyperplasie compensatrice après ablation des 4/5 de la glande, malgré une multiplication de quatre et cinq fois en volume et en poids du vestige thyroïdien laissé en place, nous n'avons pas non plus trouvé de karyokinèses.
ll n Traînées et amas lymphoïdes. Nous avons observé ce fait dans 14 cas sur 15. Or, c'est loin d'être un fait banal puisque sur 50 goitres non basedowiens examinés, nous ne l’avons trouvé que 2 fois et que sur 60 corps thyroïdes non goitreux provenant de malades ayant succombé à des affections diverses, nous ne l’avons trouvé qu’une fois. Dans nos 13 cas de Basedow ces amas étaient 8 fois nombreux et volumineux, 5 fois seulement rares et de petite taille. Il y aurait très vraisemblablement une relation à établir entre l’étal du thymus et l’état des amas lymphoïdes intrathyroïdiens dans chaque cas particulier. Malheureusement, nous n’avons pu faire jusqu'ici que deux fois l’examen du thymus. Dans ces cas, il y avait un thymus énorme (45 et 47 gr.) et présentant une structure témoignant d’une grande activité cellulaire, les amas lymphoïdes étaient plutôt rares et petits.
12° Centres clairs. Dans 6 cas sur 15, nous avons observé non seulement des amas lymphoïdes volumineux, mais encore des centres clairs visibles aux plus faibles grossissements à l’intérieur de ces amas lymphoïdes. Dans ces centres clairs nous avons trouvé des vestiges de cellules épithéliales de nature incontestablement thyroïdienne. Il nous semble qu’il s'agit non d’une métaplasie du tissu thyroïdien, mais d’un phénomène d’inclusion simple (pie l’on peut expliquer par l’hypothèse suivante:
Au début de la transformation basedowienne de la glande il n’existe pas de tissu lymphoïde. Ce tissu s’édifie par métaplasie des éléments conjonctifs fixes formant soit les travées conjonctives, soit le stroma interacineux, par un processus que l’on observe fréquemment dans le tissu
conjonctif interstitiel et que Rubens Duval et Fage ont notamment bien étudié dans le tissu cellulaire de l’aisselle chez les malades atteints de cancer non ulcéré du sein. C’est le même processus que celui que Neisse a étudié au cours du développement normal de la parotide chez le fœtus humain, et qui aboutit à la formation des ganglions intra-parotidiens.
Au cours de l’édification du follicule lymphoïde, des acini glandulaires se trouvent isolés de leurs voisins par la métaplasie de tout le tissu conjonctif qui les enveloppe, perdent leur connexion vasculaire et dégénèrent. Mais si 1 on examine le tissu avant que cette dégénérescence soit complète, on est surpris de trouver au centre de follicules lymphoïdes typiques des acini glandulaires parfaitement reconnaissables et qui rappellent l’envahissement d’un ganglion par un épithélioma glandulaire. Ces figures singulières sont constantes dans les ganglions parotidiens des nouveaux-nés. Celles que nous avons souvent observées dans les follicules lymphoïdes de nos corps thyroïdes base dowiens sont identiques; nous croyons pouvoir les expliquer par une même histogénèse.
13° Lésions du stroma et des vaisseaux. Dans la plupart des cas que nous avons observés, nous n’avons trouvé ni lésion ni inflammation du stroma, ni vascularite. Fait intéressant, si l’on songe que certains auteurs ont voulu faire du Basedow une maladie du stroma thyroïdien. une forme particulière de sclérose ou de cirrhose thyroïdienne.
Dans un seul cas nous avons trouvé quelques grosses travées conjonctives, mais sans vascularite et sans sclérose inter ou périlobulaire. Dans 4 cas, nous avons observé des hémorragies et des éléments diapédésés dans le stroma, mais ces lésions n’ont dans l’espèce aucune signification, car nous ne les avons trouvées qu’à la périphérie des fragments, et il s’agissait de pièces opératoires, dans lesquelles les ligatures artérielles avaient précédé l’extirpation chirurgicale du goitre. Dans une seule de nos observations il existait des signes de strumite en évolution.
Fig. 6. — Thyroïde normale du chien. — Cbienneadultenorraale, âgée de 3 ans, dogue, pesant 20 kilogrammes. Le corps thyroïde était formé de deux ' lobes distincts sans région isthmique. Ces deux lobes, de volume égal, atteignaient chacun j les dimensions d’une amande.
— .1, épithélium thyroïdien formé de cellules cubiques à C noyau sphérique central, à protoplasma granuleux très chromophile, tapissant la paroi des acini ; B, colloïde épaisse, ho- A mogène, très rétractile, souvent fissurée sous l’action des réactifs; Cet C stroma interacineux formé de cellules conjonctives ou fibroblastes adultes et de fibres de collagène.
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Fig. 7. — Hyperplasie compensatrice che: le chien. — Thyroïde régénérée de la même chienne, six mois après une exérèse presque complète. A l’opération, on a laissé une masse glandulaire ne dépassant pas le volume d'un petit pois. Cette masse setait régénérée et au moment de la seconde intervention atteignait le volume d'une noisette. —.4, épithélium formé de cellules cylindriques claires à noyau basal, tapissant la pa roi des acini ; B, colloïde ductile homogène chromophobe, peu rétractile, non fissurée ; C, stroma conjonclivo-vasculaire adulte interacineux ; D. amas plein formé de cellules epithéliales thyroïdiennes non diffé-
Fig. 8. — Hyperplasie dans la maladie de llascaou’-Type. Femme. 33 ans. Pièce opératoire Cas n° 9. — La malade présentait une hyperplasie totale du corps thyroïde apparue en même temps que les autres signes du syndrome. — .1, épithélium formé de cellules cylin- 1 driques claires à noyau basal l tapissant la paroi d’acini de vo- 1 lume normal : B, colloïde duc- I tile homogène, peu chromo- I pluie, ayant une légère tendance îà se fissurer sous l’action des i reactifs ; C, stroma conjonctivov vasculaire adulte; JD, amas plein i formé de cellules épithéliales t thyroïdiennes non dillérenciées.